Hermès ne relâche pas la pression sur LVMH

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HERMÈS CONTRE-ATTAQUE FACE À LVMH
HERMÈS CONTRE-ATTAQUE FACE À LVMH

par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - A ceux qui pouvaient penser que leurs relations étaient apaisées, Hermès a rappelé mardi que les conditions d'entrée de LVMH dans son capital demeuraient à ses yeux inacceptables et qu'il n'abandonnait pas la partie.

Le groupe du faubourg Saint-Honoré a créé la surprise en déterrant la hache de guerre avec une plainte déposée contre le géant mondial du luxe pour manipulation de cours, délit d'initié et complicité de délit d'initié lors de la constitution de sa participation dans Hermès.

Deux ans après les faits et après avoir verrouillé son capital au sein d'une holding familiale non cotée (H51) mais contraignante pour les actionnaires familiaux, Hermès n'a pas attendu les conclusions d'une enquête ouverte par l'Autorité des marchés financiers (AMF) en novembre 2010 pour contre-attaquer sur le terrain judiciaire.

"H51 c'est une chose, il ne faut pas croire pour autant qu'Hermès se laissera faire. Cette nouvelle procédure, c'est une façon supplémentaire de montrer que le groupe se défend face à quelqu'un de tenace et de peu amical", dit-on chez Hermès.

Pour un avocat spécialiste des fusions-acquisitions, "Hermès n'abandonnera jamais son combat contre Bernard Arnault".

Cette offensive laisse cependant nombre de questions ouvertes sur les intentions du sellier.

Selon plusieurs avocats interrogés par Reuters, elle pourrait être liée à l'état d'avancement de l'enquête de l'AMF. "Il y a certainement un lien. Hermès peut vouloir prendre les devants dans une procédure dont il pressent qu'elle ne servira pas ses intérêts", souligne l'un d'eux, évoquant l'éventuelle crainte "d'une attitude peut-être trop laxiste" de l'AMF.

"L'enquête tarde et ils peuvent avoir eu des informations selon lesquelles le dossier n'avançait pas très vite. Ils n'auraient peut-être pas porté plainte si l'AMF avait déjà transmis ses notifications de griefs à LVMH, donc transmis le dossier à la commission des sanctions", ajoute un autre juriste.

ANNULER LES CONTRATS D'EQUITY SWAPS

Dans sa riposte, LVMH a affirmé mardi attendre "contrairement à Hermès, avec une totale sérénité le résultat de la procédure en cours".

Surtout, selon un autre avocat spécialiste du droit pénal des affaires, la principale motivation d'Hermès pourrait être d'avoir accès au dossier de l'AMF et aux fameux instruments financiers ("equity swaps") - au centre du litige - qu'il voudrait pouvoir faire annuler pour fraude.

"C'est une voie détournée pour avoir accès au contenu des pièces de l'AMF. Si Hermès obtient gain de cause au pénal sur un délit d'initié, un juge sera nommé et il aura accès au dossier en tant que partie civile, le but étant d'attaquer alors pour fraude et de pouvoir faire annuler les equity swaps", note-t-il.

Hermès avait déjà lancé en 2011, sans succès, une action au civil auprès du tribunal de commerce de Nanterre puis auprès de la cour d'appel de Versailles pour obtenir la communication des contrats de ces instruments financiers.

LVMH, qui détient aujourd'hui 22,6% du capital du sellier, avait fait irruption chez son concurrent en octobre 2010, à la stupeur générale, en y prenant d'abord une participation de 14% rapidement portée à 17%.

Cette opération s'était faite sans déclaration de franchissement de seuil auprès de l'AMF, LVMH ayant eu recours à des achats d'instruments financiers avec un dénouement en numéraire qui n'étaient pas pris en compte par la législation boursière, contrairement aux débouclages en actions.

Mais peu avant l'échéance de ces "equity swaps", en octobre 2010, LVMH en avait modifié les modalités de sortie pour les déboucler en actions Hermès et non pas en cash.

Il avait ensuite expliqué avoir négocié un avenant avec ses banques pour éviter que celles-ci, qui s'étaient couvertes en achetant des titres Hermès, ne les remettent sur le marché.

LVMH avait précisé, par la voix de son vice-président Pierre Godet, qu'il ne souhaitait pas que ces actions "tombent entre certaines mains".

L'AMF avait cependant, dans la foulée, ouvert une enquête sur les modalités de cette prise de participation.

Avec Matthieu Protard et Christian Plumb, édité par Jean-Michel Bélot

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