Herman Van Rompuy lors de la conférence de presse le 19 octobre 2012 à Bruxelles

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Les dirigeants européens se sont engagés dans la nuit de jeudi à vendredi à mettre en oeuvre en 2013 la supervision des banques de la zone euro, étape-clé dans leur stratégie de sortie de crise.Au terme d'une nouvelle nuit de réunion à Bruxelles, les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 ont trouvé un compromis sur un sujet qui empoisonnait les relations entre Paris et Berlin depuis des semaines.Mais l'Espagne, qui comptait sur une mise en place rapide du dispositif pour recapitaliser directement ses banques, risque de faire les frais de cette remise à plat.Ce sommet s'est tenu alors que des dizaines de milliers de Grecs sont descendus dans la rue jeudi pour protester contre l'austérité, lors de manifestations émaillées de violences, notamment à Athènes où un sexagénaire a été victime d'une crise cardiaque.Pour la supervision bancaire, "l'objectif est d'avoir un accord sur le cadre législatif d'ici le 1er janvier 2013. Le travail pour la mise en oeuvre opérationnelle aura lieu dans le courant de l'année 2013", selon les conclusions du conseil européen. Lors du sommet de juin, qui avait débouché sur des avancées pour tenter de sortir de la crise de l'euro, les Européens s'étaient mis d'accord pour "examiner" les propositions de la Commission sur ce sujet d'ici fin 2012.La Commission et certains Etats, dont la France, avaient aussitôt poussé pour que le mécanisme de supervision bancaire soit mis en oeuvre dès début 2013. Mais l'Allemagne avait rapidement émis des réticences, jugeant ce calendrier irréaliste.Après plusieurs heures de discussions, la France et l'Allemagne ont fini par trouver un compromis."On a décidé aujourd'hui de préciser le calendrier", a souligné le président de l'UE, Herman Van Rompuy, devant la presse, ajoutant que la BCE "s'était engagée à travailler le plus vite possible pour une mise en place de ce mécanisme au cours de l'année 2013".Berlin obtient une mise en place graduelle du mécanisme. "Nous avons toujours dit que la qualité devait passer devant la rapidité", le but étant "une supervision bancaire digne de ce nom", s'est félicitée la chancelière allemande Angela Merkel.De son côté, Paris a obtenu que la supervision s'applique aux 6.000 banques de la zone euro, et pas seulement aux plus importantes, selon une source gouvernementale française. Cela signifie qu'à terme, les banques régionales allemandes seront elles aussi soumises au mécanisme de supervision, contrairement à ce que souhaitait Berlin. La question de la supervision bancaire est très sensible car c'est la condition pour qu'une recapitalisation directe des banques par le nouveau pare-feu de la zone euro, le MES, voie le jour sans alourdir la dette du pays.Ce mécanisme doit empêcher que les crises bancaires ne se transforment en crise de la dette. Il intéresse de près l'Espagne qui doit renflouer son secteur bancaire et a obtenu pour cela une ligne de crédit de 100 milliards d'euros.Mais avec le compromis trouvé au sommet, Madrid voit s'éloigner la possibilité de bénéficier très rapidement de cette recapitalisation directe."Elle aura lieu en 2013, mais quand, on ne le sait pas encore", a affirmé le chef du gouvernement italien, Mario Monti. Moins optimiste, un diplomate européen a estimé que "les banques espagnoles ne seront pas recapitalisées avant fin 2013, probablement 2014".Un calendrier qui convient parfaitement à Mme Merkel: des élections législatives en Allemagne sont prévues en septembre 2013. Or, la chancelière, qui remettra son mandat en jeu, doit composer avec une opinion de plus en plus hostile à l'idée d'aider les pays de la zone euro en difficulté.Quant à l'Espagne, elle "a déjà pris en compte le fait qu'elle ne bénéficiera pas d'une recapitalisation directe de ses banques", a réagi un diplomate espagnol. "Nous avons évalué que le renflouement de nos banques représentera 4% du PIB. Nous pouvons gérer cela sans problème", a-t-il ajouté. La situation de la Grèce a été évoquée à la marge: les dirigeants de la zone euro se sont fendus d'un communiqué où ils ont "salué les progrès" du pays pour "remettre sur les rails son programme d'ajustement". Cela laisse entendre que la Grèce va obtenir de ses créanciers (UE, BCE et FMI) la tranche d'aide de 31,5 milliards d'euros dont elle a un besoin urgent.

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