Hénin-Beaumont sur tous les fronts

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Hénin-Beaumont sur tous les fronts
Hénin-Beaumont sur tous les fronts

par Patrick Vignal et Chine Labbé

HENIN-BEAUMONT, Pas-de-Calais (Reuters) - La petite ville de Hénin-Beaumont sera dimanche l'objet de toutes les attentions, et pas seulement à cause du duel que s'y livrent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Théâtre de la "guerre des Fronts", cette agglomération sinistrée du nord de la France est devenue le centre du pays pour les élections législatives qui livreront leur verdict ce week-end et le dimanche suivant.

Le choc entre la présidente du Front national et le candidat du Front de gauche a placé la 11e circonscription du Pas-de-Calais sous les feux des médias mais d'autres raisons invitent à se pencher sur ce territoire du bassin minier, frappé par la fermeture des ses puits et de ses sites industriels.

Les principales questions soulevées par le cas de Hénin-Beaumont sont de savoir si l'enjeu des législatives est avant tout local ou national et si le prolongement à cette occasion des débats qui ont marqué la présidentielle y est légitime.

"Les élections législatives sont des élections nationales donc tout Français est légitime dans toute circonscription", a plaidé Jean-Luc Mélenchon devant des journalistes.

Un avis que ne partage pas le candidat socialiste Philippe Kemel, qui reproche au candidat du Front de gauche de se tromper de registre.

"On ne doit pas voler ces élections aux électeurs qui veulent qu'on réponde aux vraies questions qui les préoccupent", a déclaré Philippe Kemel lors d'un point de presse. "On ne rejoue pas ici l'élection présidentielle".

Avec un taux de chômage avoisinant les 20%, Hénin-Beaumont intéresse de près le Front national, pour lequel le vote ouvrier est une cible prioritaire.

Marine Le Pen, qui a obtenu dans cette circonscription 42% au premier tour de la présidentielle contre près de 15% pour Jean-Luc Mélenchon, y a participé à tous les scrutins depuis les législatives de 2007, en a fait un laboratoire électoral.

Les stigmates de la gestion de l'ancien maire socialiste Gérard Dalongeville, qui a conduit la ville à la faillite et à une mise sous tutelle, donnent un argument supplémentaire à la présidente du FN, qui ne manque pas une occasion d'employer l'expression "opération mains propres" pour qualifier sa campagne.

MÉLENCHON DONNÉ GAGNANT

Sur la lancée de son score de près de 18% au premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen compte notamment sur Hénin-Beaumont pour aider le FN à faire son retour à l'Assemblée nationale, dont il est écarté depuis l'abandon du scrutin proportionnel qui a suivi la vague frontiste de 1986.

L'arrivée de Jean-Luc Mélenchon a quelque peu modifié la donne puisque, selon un récent sondage Ifop, il l'emporterait au second tour avec 55% des voix contre 45% à Marine Le Pen.

Selon cette même enquête, la candidate du FN arriverait en tête au premier tour avec 34%, devançant Jean-Luc Mélenchon (29%) et Philippe Kemel (18%).

Ce dernier serait le grand perdant de l'affaire dans une circonscription qui, selon les mots de Marine Le Pen, "vote à gauche depuis 80 ans".

Pour Philippe Kemel, Jean-Luc Mélenchon est le "candidat du Parti communiste" et son parachutage dans la circonscription aura pour effet de gonfler le score du FN.

Le député socialiste sortant estime que le candidat du Front de gauche, qui avait fait de la confrontation avec Marine Le Pen l'un des principaux axes de sa campagne présidentielle, est simplement "venu se mêler au festival des caméras".

Qualifié également par Marine Le Pen de "parachuté" à la recherche d'un coup médiatique, Jean-Luc Mélenchon affirme pour sa part que le fait de venir d'ailleurs est un atout.

"Quel est l'intérêt pour quelqu'un d'avoir un député qui n'est pas du coin?", a-t-il dit. "C'est que, précisément, je ne trempe dans aucune de leurs combines, je ne participe à aucun de leurs réseaux, je n'ai rien à voir avec leurs batailles picrocholines de clochers".

LE REDÉCOUPAGE CRITIQUÉ

Depuis l'arrivée du candidat du Front de gauche, Marine Le Pen a replacé l'immigration au centre des débats, notamment avec un fameux tract présentant son rival comme le candidat des immigrés.

Pour la dirigeante frontiste, Jean-Luc Mélenchon, qu'elle qualifie d'"immigrationniste fou", n'est pas le seul à lui mettre des bâtons dans les roues. Elle accuse aussi la majorité sortante de lui avoir rendu la vie plus difficile en redécoupant la circonscription pour y inclure deux bastions socialistes, Libercourt et Carvin.

En dehors de la guerre des tracts, la "bataille homérique" avec Marine Le Pen promise par Jean-Luc Mélenchon n'a pas tenu toutes ces promesses et le duel a été plus feutré que prévu.

L'UMP peine à exister dans cette circonscription et le candidat centriste qu'elle soutient, Jean Urbaniak, se prépare à une élimination dès le premier tour.

Philippe Kemel, lui, n'a pas perdu espoir et veut croire encore que les électeurs voudront, comme les y invite son slogan de campagne, "donner une majorité au changement".

Un peu oublié dans une campagne dominée par le duel Mélenchon-Le Pen, le candidat socialiste a reçu le soutien de la première secrétaire du PS, Martine Aubry.

"Il n'y a pas ici que deux candidats, il y en a au moins trois et il y a surtout celui qui va gagner, Philippe Kemel", a-t-elle dit lors d'un bref passage à Hénin-Beaumont.

"Il est le seul qui va battre Marine Le Pen, car de toute évidence elle sera battue, et qui va défendre au Parlement le projet de François Hollande".

Edité par Yves Clarisse

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