« Hausse des droits d'inscription dans l'enseignement supérieur : doit-on s'y opposer ? » par André Cartapanis du Cercle des économistes

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En France, un étudiant doit débourser 183 euros en droits d'inscriptions pour une licence.
En France, un étudiant doit débourser 183 euros en droits d'inscriptions pour une licence.

Suivre des études coûte-t-il trop cher en France ? La question revient souvent dans l'actualité. Pour tenter d'y voir plus clair dans ce débat, André Cartapanis pèse le pour et le contre, arguments à l'appui.

En France, les droits d'inscription à l'université restent particulièrement bas : 183 euros en licence, 254 euros en master, 388 euros pour la préparation d'un doctorat. Certains Etablissements ont cependant augmenté significativement leurs droits : de 850 à 1.850 euros pour les ingénieurs de Mines-Télécom ; de l'ordre de 4.000 euros pour certains masters à l'université Paris-Dauphine... Ces hausses répondent aux besoins de financements croissants liés à l'intensification de la concurrence mondiale entre les universités, aux besoins en équipements de recherche, à l'exigence d'internationalisation des cursus. Or l'Etat n'a pas les moyens d'accroître significativement ses dotations. D'où l'impératif d'une diversification des ressources, du côté des entreprises mais aussi des étudiants sous la forme d'une hausse de leurs contributions.

Cela soulève de nombreuses oppositions. Pourquoi ? Le premier argument est celui de la sélection par l'argent. Mais on peut conditionner la hausse des droits d'inscription à la multiplication et à l'augmentation des bourses, sur critères sociaux et de mérite. Comme l'a fait Sciences Po Paris, on peut aussi moduler les droits en fonction des revenus des familles. Mais surtout, contrairement aux idées-reçues, le maintien des droits à des taux très bas n'a pas garanti l'égalité d'accès aux filières d'excellence. La pénurie de ressources financières hypothèque la qualité moyenne de l'enseignement supérieur au détriment, d'abord, des milieux défavorisés dont les enfants ne peuvent pas compléter leur formation, en France ou à l'étranger, dans des cursus d'excellence d'accès très onéreux, ce que font les étudiants issus de milieux plus favorisés.

Le second argument tient au changement de logique qu'impliquerait une libéralisation de la fixation des droits d'inscription et une hausse de leur niveau. A en croire certains, cela généraliserait la concurrence entre les Etablissements d'enseignement supérieur, certains fixant leurs droits à des niveaux élevés grâce leur réputation, à la qualité de leurs professeurs ou de leur recherche, tandis que d'autres seraient acculés à des droits beaucoup plus bas en offrant des formations moins prestigieuses, accueillant ainsi, par défaut, les étudiants les moins fortunés ou n'ayant pas accès aux bourses. D'où la fin des diplômes nationaux, la hiérarchisation des universités, l'enracinement des inégalités d'accès à l'enseignement supérieur...

On ne saurait se contenter du statu quo et de la paupérisation de l'enseignement supérieur français. Il appartient à l'Etat de maîtriser les effets pervers éventuels d'une hausse des droits en jouant un rôle de régulation et de péréquation de ces moyens financiers supplémentaires, en conservant la certification nationale des diplômes. En un mot : en fixant des règles de nature à éviter un enseignement supérieur à deux vitesses.

André Cartapanis

André Cartapanis est professeur à Sciences Po Aix. Membre du Cercle des économistes, il est chercheur au GREDEG (CNRS et Université de Nice-Sophia Antipolis) et au CHERPA (Sciences Po Aix). Il est également expert auprès de l'Agence Nationale de la Recherche et de l'Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur. Il a été Doyen de la Faculté des Sciences Economiques d'Aix-Marseille et Président de l'Association Française de Science Economique.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • canddide le mercredi 14 mai 2014 à 15:10

    cour des comptes, pardon!

  • canddide le mercredi 14 mai 2014 à 15:05

    plus de 500 000 euros par an pour l'ancien président de science po, même la cours des compte s'en est émue!

  • vmcfb le mercredi 14 mai 2014 à 09:22

    Il faut tout simplement donner accès à tous à deux ou trois années post bac, puis facturer aux étudiants à prix coutant les prestations offertes: la Nation n'a pas vocation à financer des redoublants, ni des jeunes qui s'engagent sur des voies pour en changer ensuite. A charge pour les familles, ou les banques, de financer les étudiants qui rentrent en quatrième année de médecine ou de droit, ou en Ecoles d'ingénieur (après deux ou trois ans de classes prepa): responsabiliser les jeunes,

  • sanch121 le mardi 13 mai 2014 à 14:01

    P.S. Sciences Po n'est pas sur le même référentiel à l'évidence.....

  • sanch121 le mardi 13 mai 2014 à 09:25

    Comme très souvent certains parlent sans savoir... La rémunération des dirigeants des universités (président et vice-présidents) ne sont pas fixées par le CA mais par l'indice de rémunération associé au grade de la personne, que cette personne soit président ou pas ne change rien. Pour finir: pas de jetons de présence au C.A. bien sûr !

  • canddide le lundi 12 mai 2014 à 22:15

    si c'est pour donner des salaires exorbitants aux dirigeants des universités comme c'est le cas à science po, aucune hésitation faut faire payer les étudiants!

  • pier4564 le lundi 12 mai 2014 à 19:23

    remboursement des bourse en cas d'échec comme au pays bas

  • M6437502 le lundi 12 mai 2014 à 17:00

    Et Sciences Po est citée en exemple !!!D'une grande Ecole on a fait un foutoir qu'il sera prudent de ne pas citer dans un CV.

  • pallach le lundi 12 mai 2014 à 15:59

    L'enfer est pavé de bonnes intentions ! Les étudiants et leurs parents se méfient à joute titre du résultat probable : forte augmentation des droits et quelques petites bourses pour faire social. La grande masse des étudiants sera perdante.

  • Raf07Ard le lundi 12 mai 2014 à 13:31

    ... le cas en classes préparatoires aux grandes écoles. Mais pour cela il faut accepter l'idée que l'on ne doit pas venir à la fac pour chauffer les bancs et permettre au ministère d'afficher un pourcentage élevé de diplômés du supérieur. Ce qui ne veut pas dire que notre économie n'ait pas besoin d'un nombre croissant de cadres de haut niveau.