Hassan Rohani affirme les droits de l'Iran en matière nucléaire

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HASSAN ROHANI DIT L'IRAN PRÊT À PLUS DE TRANSPARENCE
HASSAN ROHANI DIT L'IRAN PRÊT À PLUS DE TRANSPARENCE

par Yeganeh Torbati et Jon Hemming

DUBAI (Reuters) - Le nouveau président iranien, le modéré Hassan Rohani, a déclaré lundi que l'Iran était prêt à plus de transparence en matière de nucléaire et à améliorer ses relations avec les Etats-Unis et le reste du monde, tout en réaffirmant son droit à enrichir de l'uranium.

Les pays occidentaux, qui ont imposé à l'Iran des sanctions de plus en plus draconiennes au fur et à mesure des avancées du programme nucléaire iranien, soupçonnent Téhéran de chercher à se doter à terme de l'arme atomique, ce que nie le pays, qui affirme n'avoir que des visées civiles.

"Nos programmes nucléaires sont totalement transparents, mais nous sommes prêts à faire preuve d'une plus grande transparence encore et à démontrer au monde entier que les mesures prises par la république islamique d'Iran s'inscrivent totalement dans le cadre international", a déclaré le nouveau président lors de sa première conférence de presse depuis sa victoire au premier tour de l'élection, vendredi.

Malgré les sanctions internationales, le programme nucléaire iranien se poursuit, a fait savoir l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Hassan Rohani était le chef des négociateurs iraniens quand Téhéran a conclu avec la "troïka" européenne (Allemagne, France et Grande-Bretagne) la suspension de ses activités en matière d'enrichissement de l'uranium entre 2003 et 2005. "Cette période est révolue", a-t-il dit lundi.

"VIEILLE BLESSURE"

Les Etats-Unis, a-t-il souligné, doivent reconnaître les droits de l'Iran en matière nucléaire et s'engager à ne pas se mêler de ses affaires intérieures avant que des discussions directes entre les deux pays puissent être envisagées.

Interrogé sur cette éventualité, le successeur de Mahmoud Ahmadinejad a répondu : "La question des relations entre l'Iran et l'Amérique est une question difficile et compliquée. C'est une vieille blessure qu'il va falloir (...) guérir."

Le nouveau président a fixé trois conditions à des négociations directes avec Washington. "D'abord, les Américains doivent dire qu'ils ne s'immisceront jamais dans les affaires intérieures de l'Iran. Deux, ils doivent reconnaître les pleins droits de la nation iranienne, y compris ses droits nucléaires et trois, ils doivent renoncer à une politique d'oppression envers l'Iran", a-t-il déclaré.

Washington et Téhéran ont rompu leurs relations diplomatiques pendant la longue prise d'otages à l'ambassade américaine, en 1979-1980. Les Etats-Unis ont fait savoir dimanche qu'ils considéraient l'arrivée au pouvoir de Hassan Rohani comme un "signe potentiellement porteur d'espoir".

Hassan Rohani, qui a le soutien à la fois du Guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei et de l'ex-président réformateur Mohammad Khatami, doit maintenant constituer un gouvernement, qui devrait être opérationnel pour le mois d'août.

"Votre gouvernement (...) poursuivra les objectifs nationaux (...) sur la voie d'un sauvetage de l'économie du pays, d'une relance de l'éthique et d'une interaction constructive avec le monde avec de la modération", a-t-il ajouté.

Ce proche du poids lourd de la politique iranienne, le pragmatique Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, va avoir la difficile tâche de répondre à la demande publique d'ouverture tout en ne s'aliénant pas les conservateurs.

"SOUVIENS-TOI ROHANI"

Témoin des difficultés qui attendent le nouveau chef de l'Etat, sa conférence de presse a été brusquement interrompue après un appel lancé à la libération d'un des leaders réformateurs emprisonnés, Mirhossein Moussavi, 71 ans, battu par Mahmoud Ahmadinejad à la présidentielle de 2009 au terme d'un scrutin jugé frauduleux et assigné à résidence depuis 2011.

"Souviens-toi Rohani, que Mirhossein doit être (présent)", a lancé un homme dans l'assistance après s'être brusquement levé sous l'oeil des caméras de télévision.

L'homme a été poussé dehors par le service de sécurité tandis que Rohani descendait de l'estrade. La télévision publique a ensuite diffusé de la musique et des images d'électeurs se rendant aux urnes.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a estimé que l'élection présidentielle iranienne, tout en étant le signe du mécontentement populaire, n'apporterait aucun changement dans la politique nucléaire de Téhéran.

La politique nucléaire, a souligné Benjamin Netanyahu, n'est pas du ressort du nouveau président mais du Guide suprême. De ce fait, estime-t-il, la pression internationale pour inciter l'Iran à modérer ses ambitions nucléaires doit être maintenue.

Rien n'est prévu pour la reprise des discussions entre l'Iran et les puissances occidentales après dix sessions de discussions depuis le début 2012, a rappelé mardi le directeur général de l'AIE, Yukiya Amano.

Il a dit ne voir "aucun impact" des sanctions internationales sur l'activité nucléaire iranienne.

"Il y a une augmentation régulière de la capacité et de la production", a-t-il déclaré dans une interview à Reuters.

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui se trouvait en visite en Irak, a insisté sur la confiance nécessaire à atteindre dans le dossier nucléaire.

Avec Marcus George, Zahra Hosseinian et Ahmed Rachid; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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