Handball: Nikola Karabatic, image écornée ou brisée?

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par Chrystel Boulet-Euchin

PARIS (Reuters) - Il en restera toujours quelque chose. Quoi qu'il advienne, Nikola Karabatic ne pourra sortir indemne de l'imbroglio qui voit la star du handball français impliquée dans une affaire de paris illicites.

A 28 ans, son image a été fortement abîmée même si jeudi, le joueur a vu son contrôle judiciaire levé et la restitution de son cautionnement ordonnée par la chambre de l'accusation de la court d'appel de Montpellier.

Celui qui faisait figure de champion exemplaire, voire de gendre idéal, élevé dans une famille dont les valeurs véhiculées par son père aujourd'hui décédé étaient portées au pinacle, est passé du statut de héros à celui de paria.

"Pour son image, c'est catastrophique (...) Il n'y a rien dans ce dossier mais cela laissera forcément des traces. Le mal est fait", résume Me Eric Dupond-Moretti, l'un de ses avocats.

Double champion olympique, du monde et d'Europe, le joueur de Montpellier -le restera-t-il?- a fait les gros titres de tous les médias, plus exposé que n'importe quel autre des personnes mises en examen, comme si, pour reprendre ses propres termes, il était devenu "l'ennemi public n°1".

Bhakti Ong, son agent, reconnaît ne pas savoir quelles seront les répercussions sur l'image de l'aîné des frères Karabatic, qui a déjà perdu le contrat qui le liait à la société d'informatique Brother.

"TEMPS MÉDIATIQUE"

"Le 'lynchage' dont il a été victime est plus lié à l'évolution des médias avec le développement d'internet et des réseaux sociaux. On ne prend plus le recul pour vérifier. Cette nouvelle donne du temps médiatique est aussi utilisée de façon positive, mais pas là", explique Bhakti Ong.

"Les médias vont désormais aussi vite à construire des idoles qu'à les déboulonner."

L'agent voit désormais deux conséquences possibles à la situation de son poulain.

"Un, il va y avoir une période de doute, on va attendre que les choses retombent. On allait renégocier certains contrats. Là, on ne sait pas. A mon sens, l'opinion publique n'a pas lâché 'Niko', il suffit de voir les réactions sur Facebook", dit-il.

"Deux, le ressac peut profiter à Niko comme cela l'a été avec Laura (Flessel, l'escrimeuse convaincue de dopage après une erreur de prescription d'un membre du staff médical et suspendue trois mois-NDLR). J'en ai discuté avec elle, ça s'est bien terminé, mais elle a quand même été montrée du doigt."

Elle avait été réhabilitée au point d'être nommée porte-drapeau de la délégation française aux JO de Londres.

"Son image (celle de Karabatic) a été salie. Il est difficile de spéculer. On l'a traité de tricheur. Aujourd'hui, on est dans la tourmente. Les partenaires sont sur la réserve", dit Ong.

"Le héros a été sali mais il n'est pas tombé. Il tient le coup. Mais le mal est fait et quand il sera blanchi, combien de temps faudra-t-il pour redorer son blason? Je n'en ai aucune idée."

STATUFIÉ?

La levée du contrôle judiciaire peut participer de l'entreprise de reconstruction mais la mise en examen demeure et le temps judiciaire, qui est bien loin du temps médiatique, ne joue pas forcément en la faveur du champion.

"Cela ne se reconstruira peut-être jamais, il y aura toujours une frange de dubitatifs. C'est une tache dans une carrière. Me demander quand cela finira, c'est comme me demander quand on va sortir de la crise économique...", conclut Ong.

Pour l'instant, la Fédération française de handball, qui dit ne pas avoir souffert de cette crise en tant qu'instance, veut croire en l'innocence de Nikola Karabatic, à l'image de Philippe Bana, le directeur technique national.

"Tout ça est totalement disproportionné. On déboulonne une statue sans que rien ne soit avéré. L'homme que je connais est un type bien, un gars bien éduqué, brillant, intelligent et qui a des valeurs de fond", dit-il.

"Il y a un décalage dans tout ça. Je le connais depuis tout petit, depuis qu'il a 14 ans, je sais de qui je parle. Les conséquences médiatiques sont inversement proportionnelles avec ce que l'on sait de lui. Je tomberais de haut si c'était vrai."

Nikola Karabatic qui, comme handballeur "a remplacé Jackson Richardson dans l'imagerie populaire", d'après Bana, risque donc de payer le prix fort, dans tous les sens du terme.

A moins qu'il ne soit un jour statufié.

Comme Zinedine Zidane dont le fameux "coup de boule" asséné à Marco Materazzi, en finale de la Coupe du monde 2006, son tout dernier match, est désormais élevé au rang des Beaux-Arts par une sculpture représentant ce geste sur l'esplanade du Centre Georges-Pompidou à Paris.

Edité par Grégory Blachier

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