Handball: Montpellier, la vie après la tempête

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par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - "Montpellier ! Montpellier !", scande le public toulousain, debout, pour tenter de réconforter les joueurs de Montpellier pris dans la tourmente d'une affaire de match présumé truqué.

Après l'orage judiciaire, le quotidien a repris ses droits mercredi pour les joueurs héraultais, alignés en championnat à Toulouse mais privés de leur maître à jouer Nikola Karabatic et de quatre autres joueurs mis en examen la veille pour "escroquerie" (voir ).

Pour un club qui compte 36 titres et qui domine sans partage le championnat depuis cinq ans, il est des ovations qui sonnent comme un éloge funèbre.

"Je remercie le public de Toulouse parce que ça me touche mais j'ai détesté ça. Montpellier n'est pas un club qui a vocation à se faire applaudir dans les salles, mais à se faire craindre, voire même à se faire siffler", lâche le manager montpelliérain Patrice Canayer en conférence de presse.

"On n'a pas envie d'être les martyrs du handball français. Je languis qu'on arrête d'être applaudis à l'extérieur et je languis que le public nous recraigne énormément."

Amputé de ses vedettes Nikola et Luka Karabatic en raison du contrôle judiciaire imposé aux joueurs, alignant une équipe très remaniée et rajeunie, le Montpellier Agglomération Handball (MAHB) s'est incliné 34-29 sur le terrain du Fénix Toulouse.

Et le plus dur commence pour le club phare du handball français : remonter la pente.

"On est au pied de la montagne", souligne Patrice Canayer. "C'est un club à reconstruire. On va s'atteler à la tâche."

"KARABATIC S'EN RELÈVERA"

Capitaine de l'équipe de France de handball double championne olympique et partenaire de Nikola Karabatic sous le maillot bleu, le Toulousain Jérôme Fernandez a été l'un des bourreaux des Montpelliérains mercredi avec huit buts.

Il a toutefois fait part de son soutien aux Héraultais et dit espérer connaître la vérité.

"On est tous solidaires, tous les handballeurs de France. On a très envie que tout ça se termine une bonne fois pour toute et qu'on passe vraiment au sportif à 100%", a-t-il déclaré.

"On a envie que justice soit faite et qu'on sache le fin mot de l'histoire."

Les 13 personnes mises en examen dans cette affaire sont soupçonnées d'avoir empoché quelque 250.000 euros de gains après avoir parié sur un résultat défavorable de Montpellier, club phare du handball français, face à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine) en championnat de France en mai dernier.

Malgré le contexte, ou peut-être à cause de lui, plusieurs dizaines de supporters montpelliérains ont fait le déplacement pour scander leurs "Allez ! Allez ! Mont-pel-lier !" sous le dôme du Palais des sports de Toulouse, plein à craquer avec 4.000 spectateurs.

Vêtu d'un maillot floqué du nom de Nikola Karabatic, Jean-Thomas Gonzalez, 28 ans, se dit supporter du MAHB depuis l'âge de 10 ans. Mais pour lui, porter cette tunique blanche a une signification bien particulière après les événements des dernières heures.

"J'ai le maillot de Karabatic, mais c'est surtout le maillot de Montpellier que je porte", dit-il, insistant sur la symbolique d'un club plus fort que ses individualités.

Pour le jeune homme, le club comme le joueur se sortiront de cette mauvaise passe.

"C'est rude ce qui arrive à Karabatic. Il a pris position pour la promotion du hand français, et aujourd'hui tout le monde s'abat sur lui. Mais il s'en relèvera : il reste un compétiteur, c'est un gagnant. Le club aussi s'en relèvera. Parce que le MAHB ne se limite pas à un seul joueur."

Le manager Patrice Canayer déclarait lundi qu'il y aurait "immanquablement pour ce club un avant et un après".

Comme un symbole, la renaissance de Montpellier a peut-être commencé sur le terrain du Fénix.

Edité par Chrystel Boulet-Euchin et Jean Stéphane Brosse

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