Haïti: les sinistrés de Jérémie vulnérables un mois après l'ouragan

le
0
Fabienne, 20 ans, construit un abri dans un campement pour les gens qui ont perdu leur maison dans l'ouragan Matthew, dans le quartier de Gebeaux, à Jeremie, Haïti, le 5 novembre 2016 ( AFP / HECTOR RETAMAL )
Fabienne, 20 ans, construit un abri dans un campement pour les gens qui ont perdu leur maison dans l'ouragan Matthew, dans le quartier de Gebeaux, à Jeremie, Haïti, le 5 novembre 2016 ( AFP / HECTOR RETAMAL )

Sous un abri précaire dans un camp de fortune, vivant dans une salle de classe depuis plus d'un mois ou dans une maison partiellement détruite dans la ville de Jérémie, les sinistrés sont aux abois.

Cela fait plus d'un mois que l'ouragan Matthew a ravagé la côte sud de Haïti, laissant des dizaines de milliers de personnes totalement démunies.

Marteau en main, grondant les enfants qui jouent avec les précieux clous rouillés qu'elle a pu trouver, Fabienne Jacynthe se construit un petit abri avec des tôles usagées.

"On est sur un terrain privé et le propriétaire nous a demandé de partir mais, malgré ça, on s'installe car on n'a nulle part où aller" explique la jeune mère célibataire de 20 ans. "Le père de mon fils est mort l'an dernier, je n'ai pas d'argent pour payer quelqu'un, donc je suis bien obligée de le construire toute seule" se résigne Fabienne, gardant malgré tout le sourire.

Depuis début octobre, plus d'une centaine de sinistrés occupent ce terrain vague au bord de la route qui mène à la ville de Jérémie, l'une des plus affectées par l'ouragan.

Farah dans la cour d'un lycée à Jeremie dans le sud-ouest d'Haïti, qui abrite les victimes de l&
Farah dans la cour d'un lycée à Jeremie dans le sud-ouest d'Haïti, qui abrite les victimes de l'ouragan Matthew, le 5 novembre 2016 ( AFP/Archives / HECTOR RETAMAL )

Livrés à eux-mêmes, sans aucune assistance humanitaire ou sécurité, leur vulnérabilité est extrême.

"Si vous êtes dans ces abris de fortune, il y a de véritables problèmes de protection" reconnaît John Ging, le directeur des opérations du bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha). "Nous devons garder les personnes les plus vulnérables au centre de notre attention et nous assurer, qu'en 2016, elles soient en sécurité, qu'elles ne soient ni exploitées ni violées, ni victimes de violences" insiste t-il.

Dans ce camp informel qui prend forme jour après jour, Fabienne, qui vit seule avec son fils de 3 ans mise sur la protection de ses compagnons d'infortune.

"Ici, on se soutient les uns les autres pour assurer notre sécurité car les autorités n'ont pris aucune démarche pour nous" regrette la jeune femme. "J'ai appris à gérer cette peur car la situation est comme ça, il faut qu'on fasse avec", se résigne-t-elle.

Au coeur de la ville de près de 100.000 habitants, la situation de centaines de femmes et d'enfants est tout aussi préoccupante.

Entassés dans les salles de classe du lycée public Nord Alexis, près de 3.000 sinistrés survivent depuis plus d'un mois en trouvant à manger grâce aux aléatoires distributions dans les environs.

Le bébé de Cristella Alcine dort sur une couverture posée sur le sol en béton où il est né il y a tout juste un mois.

"L'accouchement ne s'est pas bien passé du tout: les femmes qui étaient là dans la salle m'ont aidée mais j'ai pas vu de médecin" raconte l'adolescente de 16 ans assise dans la salle envahie de mouches. "On m'a dit de donner de l'eau traitée à mon bébé mais c'est pas tous les jours que j'en trouve".

Venel Lague construit un abri à Gebeaux, sur la commune de Jeremie, le 5 novembre 2016
Venel Lague construit un abri à Gebeaux, sur la commune de Jeremie, le 5 novembre 2016 ( AFP / HECTOR RETAMAL )

Inquiète pour la santé du nouveau-né, la mère de Cristella est très remontée contre les autorités face à la menace d'évacuation qui se profile.

Le ministère de l'éducation veut que les cours reprennent lundi dans l'établissement qui est aussi ciblé par les autorités pour servir de centre de vote pour les élections du 20 novembre.

"On nous a fait venir ici le dimanche avant le mauvais temps. Il faut que l'Etat se débrouille parce que si c'est pour nous jeter à la rue, il aurait dû nous laisser mourir dans le cyclone", s'énerve Mirlande Alcine.

Les toilettes du lycée sont hors service depuis deux semaines et l'éclairage installé dans la cours par la police ne fonctionne plus depuis trois jours faute de carburant mais les sinistrés ne veulent quitter les lieux sans garantie de recevoir le minimum pour réparer leurs maisons détruites.

Un garçon dans la cour d'un lycée à Jeremie dans le sud-ouest d'Haïti, qui abrite les vic
Un garçon dans la cour d'un lycée à Jeremie dans le sud-ouest d'Haïti, qui abrite les victimes de l'ouragan Matthew, le 5 novembre 2016 ( AFP / HECTOR RETAMAL )

Pragmatiques, les personnes réfugiées dans l'école récupèrent l'eau qui tombent des gouttières mais, quelques rues plus bas, cet orage qui s'abat complique encore plus les vies des habitants dont les toits ont été arrachés par les rafales de vents.

La planification urbaine étant inexistante en Haïti, comme nombre de villes du pays, Jérémie enregistre régulièrement des inondations.

Un torrent d'eau chargé d'ordures a coupé la rue principale de la ville et Marie-André Henri doit une nouvelle fois évacuer la boue qui a envahi sa petite maison.

"Le cyclone a tout détruit, emporté toutes mes affaires et là, les souliers que j'avais juste achetés pour que ma petite-fille retourne à l'école sont maintenant partis dans la mer" enrage la femme de 61 ans. "Il faut que quelque chose soit fait. On ne peut plus supporter ça" soupire Marie-André.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant