Haïti-Le gouvernement de "consensus" décrié par l'opposition

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par Amelie Baron PORT-AU-PRINCE, 20 janvier (Reuters) - Le nouveau gouvernement nommé dimanche soir par le président haïtien Michel Martelly pour tenter de sortir le pays de la crise politique ne correspond pas à sa promesse de "consensus", ont estimé lundi des dirigeants de l'opposition. Le président haïtien s'était engagé vendredi, dans un message à la nation, à user de ses prérogatives pour former un gouvernement de consensus à la suite de la dissolution du Parlement, tout en confiant le poste de Premier ministre à un ancien maire de Port-au-Prince, Evans Paul. ID:nL6N0UW02N La nouvelle équipe, dont la liste a été dévoilée sur son compte Facebook, compte plusieurs ministres déjà en poste, dont les ministres de la Santé, du Tourisme, de l'Education, des Affaires étrangères, de la Défense et des Travaux publics. Michel Martelly a également nommé plusieurs alliés à des postes clefs, dont Yves Germain Joseph, nouveau ministre de la Planification, et Carel Alexandre, qui devient secrétaire d'Etat à la Sécurité publique. Dans son discours à la nation, Michel Martelly a appelé vendredi les manifestants antigouvernementaux à ne troubler l'ordre public d'ici la tenue de nouvelles élections. Haïti a vécu plusieurs semaines de manifestations dénonçant la corruption du gouvernement sortant et les dérives autocratiques de Michel Martelly. "Il n'y a pas l'ouverture promise", a dit à Reuters Simon Desras, ancien président du Sénat, notant qu'un seul membre de l'opposition fait partie de la nouvelle équipe au pouvoir. "Ceci ne résout pas la crise et, ce qui est pire, (cette nouvelle équipe) est source de nouveaux problèmes. CRAINTES DE TROUBLES Simon Desras a estimé que la nomination Carel Alexandre au poste de secrétaire d'Etat à la Sécurité publique était particulièrement "préoccupante". Carel Alexandre a été par le passé chargé de la sécurité au palais présidentiel avant d'être, sous la pression des Etats-Unis et d'organisations de droits de l'homme, poussé vers la sortie en raison de ses liens avec un groupe d'anciens officiers de police corrompus, ont dit des sources. Yves Germain Joseph est également un ancien haut responsable du palais présidentiel où il fut un proche de feu le dictateur Jean-Claude "Baby Doc" Duvalier, décédé l'an dernier. Les nouveaux ministres et secrétaires d'Etat du nouveau cabinet ministériel ont prêté serment ce lundi au cours d'une cérémonie au Palais national, à l'exception de Carel Alexandre, mystérieusement absent. L'histoire d'Haïti est émaillée de coups d'Etat, de violences et de dictatures. La dissolution du Parlement, déplorée par le vice-président américain Joe Biden, fait craindre à certains que le pays est à nouveau sur un pente dangereuse. Michel Martelly n'a pas le droit de briguer un nouveau mandat et il a dit vendredi qu'il n'avait pas l'intention de se représenter. Mais ses détracteurs l'accusent d'entretenir la crise actuelle pour mettre le pied à l'étrier au candidat de son choix lors du scrutin présidentiel prévu à la fin de l'année, possiblement sa femme Sophia Martelly. Pays le plus pauvre des Amériques, Haïti, toujours marqué par le tremblement de terre dévastateur de janvier 2010, dépend largement de l'aide financière des Etats-Unis. (Henri-Pierre André et Benoît Van Overstraeten pour le service français)

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