Guerre de succession à Montpellier, dans l'ombre de Frêche

le
0
MONTPELLIER SE CHERCHE UN NOUVEAU SOUFFLE
MONTPELLIER SE CHERCHE UN NOUVEAU SOUFFLE

par Guillaume Serries

MONTPELLIER (Reuters) - A l'ombre des colonnes d'Antigone, quartier néoclassique voulu par Georges Frêche, maire de Montpellier durant 27 ans, se joue une pièce dont l'argument relève du théâtre antique, une guerre de trois pour succéder au charismatique édile décédé en 2010.

Ville de 250.000 habitants passée de la 22e à la 8e place nationale sous l'impulsion fantasque de Georges Frêche, Montpellier se cherche un nouveau souffle.

"'Montpellier la surdouée', ça a été un moment extraordinaire pour cette ville, qui jusqu'il y a une dizaine d'années a été au firmament. Et depuis, on glisse", regrette le candidat UMP Jacques Domergue, 60 ans, élu député de l'Hérault en 2002 face à Georges Frêche.

Comme l'élu UMP, le candidat officiel du Parti socialiste, Jean-Pierre Moure, et le dissident socialiste Philippe Saurel ont la tâche délicate d'endosser un bilan pour mieux proposer du neuf.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a trouvé une porte de sortie à la maire socialiste sortante Hélène Mandroux, 73 ans, qui avait refusé une primaire interne et demandé l'investiture directe aux instances nationales du PS.

L'issue du scrutin des 23 et 30 mars est si incertaine qu'une triangulaire, voire une quadrangulaire, n'est pas exclue.

Selon un sondage Ifop commandé par Philippe Saurel et publié la semaine dernière, Jean-Pierre Moure recueillerait 29% des suffrages au premier tour, suivi par Jacques Domergue (22%) et Philippe Saurel (21%). La candidate du Front national, France Jamet, est créditée de 16% des intentions de vote. Marine Le Pen, la présidente du FN, avait obtenu plus de 13% des voix à Montpellier lors de l'élection présidentielle de 2012.

"J'ai eu la chance de travailler auprès d'un grand maire de Montpellier", dit Philippe Saurel à propos des années Frêche.

"Il m'a donné ma chance, mais il a été très clair avec moi. Il m'a dit : 'Si vous voulez la ville, il faudra aller la chercher le couteau entre les dents'", raconte-t-il.

SAUREL NE VEUT PAS ÊTRE UN "SUPPLÉTIF"

Agé de 57 ans, l'ancien adjoint à la culture d'Hélène Mandroux est entré en dissidence fin 2013.

Exclu du PS, comme son mentor en son temps, ce dentiste élu dès 1995 sur les listes "frêchistes" affirme cependant conserver des contacts privilégiés avec Manuel Valls et d'autres hiérarques socialistes.

S'inscrivant lui aussi "dans le prolongement politique de Georges Frêche", Jean-Pierre Moure, 64 ans, président de la communauté d'agglomération depuis 2004, estime représenter seul "la nouveauté".

"Je ne suis pas en responsabilité à la ville de Montpellier", affirme ce maire - depuis 28 ans - d'une petite commune de l'agglomération.

Dans la dernière enquête Ifop en date, Jean-Pierre Moure perd deux points par rapport à un précédent sondage de février.

Mais cet habile man?uvrier s'est assuré les faveurs d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) en scellant très tôt un accord électoral. Sa liste réserve également quelques places au Parti communiste, au Mouvement républicain et citoyen (MRC) et au Parti radical de gauche (PRG).

Au second tour, Jacques Domergue, qui dispose d'un faible réservoir de voix au second tour, se verrait bien discuter avec Philippe Saurel pour ravir au PS une ville symbole.

"L'Allemagne, c'est l'exemple même de ce qu'il faut faire à Montpellier : on a un gouvernement de droite avec une coalition de gauche", explique-t-il. "Il faut construire un projet commun pour gérer au mieux les destinées et les deniers de la ville".

Mais pour Philippe Saurel, c'est "ni Moure ni Domergue".

"Il n'y aura pas ni avant ni après, de compromis avec les partis politiques, que ce soit le PS ou que ce soit l'UMP. Je n'ai pas pour mission de servir de supplétif", lance-t-il.

(Edité par Sophie Louet)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant