Guéant et Le Roux à couteaux tirés dans l'affaire de l'IGS

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PARIS (Reuters) - Claude Guéant a décidé jeudi de poursuivre en diffamation Bruno Le Roux pour l'avoir mis en cause dans une affaire d'enquête truquée de la "police des polices" mais le porte-parole du candidat socialiste à la présidentielle François Hollande n'entend "pas céder à l'intimidation."

Bruno le Roux avait accusé mercredi le ministre de l'Intérieur d'être "au coeur" d'une manipulation au sein de l'Inspection générale des services (IGS) visant à écarter des fonctionnaires jugés trop à gauche.

Des policiers réputés proches du PS ont été accusés à tort de corruption peu avant l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007 avant d'être innocentés et les socialistes dénoncent un système clanique.

"Je n'ai rien à voir avec cette histoire", a répliqué Claude Guéant lors des questions d'actualité au Sénat, en reprochant à la gauche de chercher à "déstabiliser des ministres" à des fins électorales.

"Je demande au garde des Sceaux de poursuivre en diffamation monsieur Bruno Le Roux. Il y a des limites à tout. Il y a des choses qui sont insupportables", a ajouté le ministre de l'Intérieur.

Bruno Le Roux lui a immédiatement répondu.

"Il n'est pas question de céder à l'intimidation. Depuis hier nous lui demandons des explications que ni à l'Assemblée, ni au Sénat il ne donne", a-t-il dit à des journalistes.

Le député a réaffirmé qu'il y avait soit un système où les policiers mis en cause "ont agi parce qu'on leur a demandé", soit "une ambiance qui été créée qui leur permettait de faire cela."

"Quand je regarde toutes les hiérarchies à ce moment là, M. Guéant occupait un poste qui était un poste de première responsabilité", a-t-il ajouté. "Le poste qu'il occupait au coeur d'un système mis en place autour de Nicolas Sarkozy fait que je suis en droit de lui demander des explications".

LE PRÉFET GAUDIN SE DÉFEND

Bruno Le Roux a souligné que Claude Guéant avait successivement dirigé la police, puis le cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur et enfin le secrétariat général de l'Elysée.

Le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, également réputé proche de Nicolas Sarkozy, a de son côté réfuté plusieurs "allégations" le "mettant en cause" dans l'enquête publiée mercredi dans Le Monde sur cette affaire.

Sans contester le fond du dossier, le préfet de police a usé d'un droit de réponse pour réfuter les passages le visant à titre personnel.

Michel Gaudin avait signé les arrêtés de suspension de quatre fonctionnaires mis injustement en cause. La justice cherche à savoir s'il n'a pas eu connaissance d'éléments judiciaires couverts par le secret de l'instruction. Il a été entendu comme témoin assisté par la justice.

"Je n'ai jamais eu connaissance d'éléments de procédure judiciaire pour proposer la suspension administrative de ce fonctionnaire", écrit-il dans son courrier transmis à la presse.

"Comme d'autres, j'ai été entendu comme témoin assisté dans le cadre d'une information judiciaire ouverte contre X à la suite d'une plainte. A la suite de cette audition, je n'ai fait l'objet d'aucune mise en examen", ajoute-t-il.

Michel Gaudin insiste sur le fait qu'il n'est "pas visé par une procédure".

Concernant les fonctionnaires de l'IGS mis en cause, le préfet note qu'après deux ans de procédure, "aucun de ses membres n'est poursuivi et n'a fait l'objet d'une mise en examen."

Yannick Blanc, le principal fonctionnaire visé par la manipulation, estime dans Libération, paru jeudi, que "le préfet a été lui-même intoxiqué" par des membres de l'IGS.

Gérard Bon, édité par Patrick Vignal

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