Gu Kailai condamnée à la peine de mort avec sursis

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PEINE DE MORT AVEC SURSIS POUR GU KAILAI
PEINE DE MORT AVEC SURSIS POUR GU KAILAI

par John Ruwitch

HEFEI, Chine (Reuters) - Un tribunal chinois a condamné Gu Kailai, épouse de l'ancienne étoile montante du PCC Bo Xilai, à la peine capitale assortie d'un sursis à exécution de deux ans pour le meurtre de l'homme d'affaires britannique Neil Heywood, a annoncé lundi un porte-parole du tribunal.

Ce verdict signifie que Gu passera probablement sa vie en prison si elle ne commet pas d'infraction pendant deux ans. Il vient également clore un chapitre du procès le plus retentissant organisé en Chine depuis celui de la "bande des Quatre" il y a plus de 30 ans.

Le domestique de Gu Kailai, Zhang Xiaojun, a également été reconnu coupable de complicité et condamné à neuf ans de prison, a précisé Tang Yigan, porte-parole du tribunal, lors d'une conférence de presse.

"Le tribunal a jugé Bogu Kailai (son nom officiel) coupable de meurtre et l'a condamnée à la peine de mort avec une suspension de deux ans, la privant de ses droits civiques pour le restant de ses jours", a déclaré Tang.

"Je pense que le verdict est juste et reflète pleinement le respect tout particulier du tribunal spécial pour le droit, les faits et notamment la vie", a déclaré Gu dont les propos ont été enregistrés pendant le procès.

L'intéressée, debout et les mains croisées devant elle, n'a montré aucune émotion lors de sa déclaration, faisant une pause comme si elle cherchait les mots adéquats.

La capacité de jugement de Gu a été affectée par des "troubles psychologiques", a-t-il ajouté, précisant que ni Gu Kailai ni Zhang Xiaojun ne feraient appel du jugement.

Quatre policiers ont également été reconnus coupables d'avoir voulu couvrir le meurtre de Neil Heywood pour protéger Gu Kailai. Ils ont été condamnés à des peines allant de cinq à onze ans de prison.

"Nous respectons la décision du tribunal", a déclaré He Zhengsheng, avocat de la famille Heywood, qui, avec un autre témoin avait révélé peu auparavant l'énoncé du verdict aux journalistes, seuls les médias officiels ayant été autorisés à assister à l'audience.

Personnalité énigmatique, Gu Kailai, 53 ans, avait reconnu lors de son procès éclair du 9 août avoir empoisonné Heywood en novembre après un litige commercial qui avait poussé le Britannique à menacer son fils, selon les comptes-rendus des médias officiels.

Le tribunal, qui n'a jamais mentionné pendant le procès, a jugé qu'il y avait bien eu menaces mais que ces dernières n'avaient pas été mises à exécution.

CONDAMNATION DE BO ?

Le scandale a coupé court à la carrière de son mari Bo Xilai, ancien chef du PCC de la municipalité de Chongqing, qui espérait intégrer le comité permanent du bureau politique, saint des saints de la politique chinoise, dont la composition sera connue à l'automne lors du XVIIIe congrès du PCC.

Ce verdict pourrait être le prélude à sa condamnation formelle de Bo Xilai, qui n'a pas été vu en public depuis mars et fait l'objet d'une enquête pour violations présumées de la discipline du parti, une accusation qui recouvre celle de corruption et d'abus de pouvoir.

Lorsque la direction du parti aura statué sur ces chefs d'accusations, Bo Xilai pourrait faire l'objet de poursuites pénales liées au meurtre de Neil Heywood.

Selon des sources de police à Chongqing, il aurait en effet tenté d'étouffer l'enquête lancée sur sa femme après avoir appris les soupçons qui pesaient sur elle.

Bo Xilai a été écarté de ses fonctions en mars à la suite de la défection en février de son bras droit Wang Lijun, "super-flic" de Chongqing qui avait pris brusquement la fuite et trouvé refuge dans le consulat américain de Chengdu, où il avait dévoilé les accusations de meurtre.

La chute de Bo a suscité plus de divisions que jamais en vingt ans au sein du Parti communiste chinois. Pour ses partisans de gauche, Bo était considéré comme un personnage charismatique et mobilisateur, qui avait tenté d'imposer le contrôle d'une croissance génératrice d'inégalités.

Mais il s'était fait des ennemis parmi ceux qui le considéraient comme un opportuniste, soucieux d'imposer sa politique au pays.

A Pékin, l'ambassade de Grande-Bretagne a salué lundi le procès de Gu, même si elle s'est prudemment refusée à commenter le verdict.

Dans un communiqué envoyé par courriel, elle a salué le "fait que les autorités chinoises avaient enquêté sur la mort de Neil Heywood et jugé ceux qu'elles avaient identifiés comme responsables".

Le communiqué précise que la Grande-Bretagne a insisté constamment auprès des autorités chinoises "pour que les procès soient conformes aux standards internationaux en matière de respect des droits de l'homme et que la peine de mort ne soit pas appliquée".

avec Samuel Shen à Hefei, Chris Buckley et Benjamin Kang Lim à Pékin; Hélène Duvigneau et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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