Grève SNCF-Le gouvernement offre une porte de sortie à la CGT

le , mis à jour à 23:46
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    * Le gouvernement tente de fissurer le front syndical 
    * El Khomri rencontrera Martinez le vendredi 17 juin 
    * Des perturbations prévues vendredi pour le début de l'Euro 
 
 (Avec déclarations de Hollande, rencontre Khomri-Martinez, 
communiqués SNCF, détails) 
    par Emmanuel Jarry 
    SARAN-PARIS, 9 juin (Reuters) - François Hollande et Manuel 
Valls n'excluent pas des réquisitions pour acheminer les 
supporters de football vers les stades qui accueillent l'Euro, 
notamment vendredi, pour le coup d'envoi de la compétition au 
Stade de France, près de Paris. 
    Les cheminots grévistes ont reconduit jeudi leur mouvement 
pour un 10e jour de grève consécutif. Mais le gouvernement tente 
de glisser un coin dans le front présenté jusqu'ici par la CGT 
cheminots et Sud-Rail, à la pointe du conflit contre la réforme 
du code du travail et un nouveau cadre social pour la SNCF. 
    La ministre du Travail, Myriam El Khomri a ainsi offert une 
porte de sortie au secrétaire général de la CGT en l'invitant à 
la rencontrer le 17 juin, trois jours après la journée nationale 
de mobilisation du 14 contre son projet de loi. 
    "C'est ce que nous réclamons depuis des mois, il était 
temps", a déclaré à Reuters Philippe Martinez. "C'est mieux 
quand on se parle."    
    La SNCF a fait état de 7,9% de grévistes jeudi et prévoit 
une amélioration du trafic vendredi, avec quatre TGV sur cinq, 
sept TER sur 10, un Transilien et train Intercités sur deux. 
    L'attention se concentre sur les lignes B et D du RER 
censées amener le soir des dizaines de milliers de personnes à 
Saint-Denis, où la France affrontera la Roumanie. 
    Les dirigeants de Sud-Rail font état de 100% de conducteurs 
de la ligne D ayant annoncé leur intention de faire grève, comme 
une proportion très importante de leurs collègues de la ligne B. 
    "L'ouverture de l'Euro va en remobiliser certains", a ainsi 
dit à Reuters Eric Descamps, secrétaire fédéral de Sud-Rail. 
     
    "MESURES NÉCESSAIRES" 
    Cela contraint, selon eux, la direction à faire appel à des 
cadres et au "pool fac", des conducteurs mobilisables à tout 
moment face aux aléas, afin d'assurer la desserte du stade. 
    Interrogés sur d'éventuelles réquisitions, le chef de l'Etat 
et le Premier ministre ont dit que ce n'était pas d'actualité, 
sans pour autant exclure totalement cette éventualité. 
    "Pour l'instant, nous n'en sommes pas là", a déclaré 
François Hollande en marge d'une visite à Tulle (Corrèze), en 
appelant à la responsabilité des syndicats engagés dans ce 
conflit.  
    L'Etat "prendra toutes les mesures qui sont nécessaires", a 
cependant ajouté le président de la République. "Dans la journée 
de demain, s'il doit y avoir des décisions, elles seront 
prises."   
    Manuel Valls avait lancé un message analogue un peu plus 
tôt, lors d'un déplacement à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). 
    "Maintenant c'est le temps de la fête (...) et je suis 
déterminé à ce que les choses se passent dans les meilleures 
conditions", avait-il dit. "Je n'exclus aucune hypothèse." 
    Dans l'après-midi, Philippe Martinez, en déplacement dans le 
Loiret, a pour sa part assuré que son intention n'était pas de 
gâcher la fête de l'Euro. 
    "Je ne suis pas sûr que bloquer les supporters, empêcher la 
tenue de matches de football soit la meilleure image qu'on peut 
donner de la CGT", a-t-il dit. "La CGT et ses organisations 
souhaitent que l'Euro se passe comme une fête populaire, que ce 
soit dans les stades comme dans les 'fan zones'." 
    La CGT distribuera des tracts en plusieurs langues pour 
expliquer sa position, a précisé le dirigeant de la CGT, qui a 
déclaré ne pas vouloir céder sur la loi Travail. 
     
    SORTIR PAR LE HAUT 
    Il a cependant redit qu'il laissait les salariés "décider de 
la reprise du travail" ou de la poursuite du mouvement. 
    Manuel Valls a jugé ces propos "responsables" et assuré que 
le dialogue restait "ouvert", même si le cap est maintenu. 
    Confirmation en a été donné par l'annonce du rendez-vous 
donné par Myriam El Khomri à Philippe Martinez, dont la ministre 
du Travail a dit ces derniers temps attendre des "propositions". 
    Le dirigeant de la CGT paraît pour sa part soucieux de 
sortir par le haut de cette épreuve de force. "Si demain on nous 
dit qu'on suspend le projet de loi et qu'on discute, il n'y a 
plus de grève", a-t-il ainsi répété jeudi. 
    Manuel Valls a en revanche dit condamner des "propos tout à 
fait irresponsables" de Sud-Rail, qu'il a appelé "à la raison". 
    Des cadres et militants de ce syndicat se sont dits prêts, 
jeudi, à bloquer la desserte du Stade de France. Ses dirigeants 
contactés le soir par Reuters ont cependant nuancé ces propos. 
    "Bloquer l'accès aux stades n'est pas un mot d'ordre chez 
nous", a ainsi dit Eric Descamps. "Il n'y a aucune volonté de 
bloquer l'Euro ou l'acheminement des supporters", a confirmé un 
autre secrétaire fédéral de Sud-Rail, Eric Meyer. 
    Selon la SNCF, plus d'une cinquantaine de trains sur les 
lignes B et D du RER seront dédiés vendredi à la desserte du 
Stade de France. "Compte tenu du renforcement du plan de 
transport de la RATP, il n'y a pas d'inquiétude majeure pour 
l'acheminement des spectateurs", ajoute-t-on de même source. 
    Dans un communiqué diffusé jeudi soir, la SNCF recommande 
cependant aux supporters d'"anticiper leur déplacements". 
 
 (Avec Mourad Guichard à Saran, édité par Jean-Stéphane Brosse) 
 
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