Greenpeace dévoile une partie des documents sur le TTIP

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    * Greenpeace affirme que le principe de précaution est 
menacé 
    * La Commission européenne assure qu'il n'en est rien 
    * Le gouvernement français menace de bloquer le processus 
 
    par Caroline Copley 
    BERLIN, 2 mai (Reuters) - La conclusion du partenariat 
commercial transatlantique (TTIP) entre l'Union européenne et 
les Etats-Unis altérerait les normes de sécurité alimentaire et 
environnementale européennes, a estimé lundi Greenpeace, qui 
s'appuie sur des documents confidentiels portant sur une partie 
des négociations. 
    Selon ses partisans, le TTIP -- ou Tafta en français -- 
pourrait générer 100 milliards de dollars d'activité 
supplémentaire des deux côtés de l'Atlantique chaque année. 
    Pour Greenpeace, en revanche, ce traité accorderait trop de 
poids aux multinationales au détriment des consommateurs et des 
gouvernements. 
    Greenpeace Pays-Bas a publié lundi 248 pages de "textes 
consolidés" qui portent sur 13 chapitres, soit près de la moitié 
de l'accord, sur le site TTIP-leaks.org. Ces documents datent de 
début avril et ont été rédigés avant un cycle de négociations 
organisé la semaine dernière à New York. 
    "Nous avons fait cela pour lancer le débat", a expliqué 
Jürgen Knirsch, spécialiste des traités commerciaux chez 
Greenpeace, lors d'une conférence de presse, ajoutant que les 
documents démontraient qu'il fallait suspendre les négociations. 
    "La meilleure chose que la Commission européenne puisse 
faire, c'est dire: 'désolé, nous avons fait une erreur'." 
     
    TEMPÊTE DANS UN VERRE D'EAU 
    Pour la Commission européenne, ces documents reflètent les 
positions des négociateurs et pas la conclusion des tractations. 
    Cecilia Malmström, commissaire européenne au Commerce, a 
qualifié les révélations de Greenpeace de "tempête dans un verre 
d'eau" et déclaré que les Européens ne renonceraient à aucun de 
leurs principes dans le seul but de signer un accord avec les 
Etats-Unis avant la fin du mandat de Barack Obama. 
    "Si ce n'est pas acceptable, il nous suffit de dire 'désolé, 
mais nous devons le geler' et attendre le prochain gouvernement. 
Bien sûr, nous allons perdre du temps, mais nous ne pouvons 
accepter un 'TTIP allégé' ou quelque chose qui ne soit pas assez 
bon", a-t-elle ajouté. 
    Le représentant américain au Commerce, (USTR), a lui aussi 
rejeté les conclusions tirées des divulgations de Greenpeace, 
qui sont, selon son porte-parole, au mieux "trompeuses", au pire 
"tout à fait erronées". 
    Le gouvernement français avait, avant même la publication de 
documents par Greenpeace, menacé de bloquer la négociation menée 
au nom des Vingt-Huit par la Commission européenne.   
    Pour le Premier ministre Manuel Valls, les positions de 
l'Union européenne et des Etats-Unis sont encore trop éloignées 
pour conclure un accord avant la fin de l'année, objectif 
affiché par Barack Obama et l'exécutif européen.   
    La délégation socialiste au Parlement européen a estimé 
lundi que les documents publiés par Greenpeace, notamment sur 
l'abandon présumé du principe de précaution, devaient inciter 
les Européens, et la France, à prendre leurs responsabilités. 
    "L'Union européenne, dès lors, doit s'interroger et 
envisager de suspendre les négociations", dit-elle dans un 
communiqué, jugeant que la Commission avait "démissionné". 
     
    DIVERGENCES PROFONDES 
    Pour le Parti de gauche, en campagne contre le projet de 
traité depuis des années, la preuve est faite que les garanties 
données par l'exécutif européen ne sont pas respectées. 
    "Les négociations doivent s'arrêter et ce traité être 
abandonné", peut-on lire dans un communiqué. "Le climat, la 
biodiversité, la justice sociale ne sont pas compatibles avec 
ces règles de libre marché que les oligarchies veulent imposer 
sur toute la planète." 
    Selon Greenpeace, les documents montrent que les divergences 
sont désormais profondes entre les deux rives de l'Atlantique. 
Mais, pour Cecilia Malmström, il n'y a rien d'extraordinaire à 
dire qu'il existe de désaccords et que l'Union est aussi ouverte 
que possible dans les négociations. 
    Jürgen Knirsch estime que les documents démontrent que les 
Etats-Unis veulent remplacer le "principe de précaution 
européen", qui interdit la commercialisation de produits 
potentiellement dangereux lorsque leurs effets sont inconnus ou 
contestés, par une approche plus souple. 
    Cecilia Malmström garantit de son côté que le principe de 
précaution fait partie de l'acquis communautaire et que les 
allégations de Greenpeace sont fausses, appelant les 
gouvernements européens à faire preuve de pédagogie sur le sujet 
auprès de leurs citoyens. 
    En Europe, où la méfiance est de mise vis-à-vis des 
importations de produits agricoles américains, en raison du 
recours intensifs aux organismes génétiquement modifiés (OGM), 
on assure que la position défendue par la Commission n'a pas 
changé. 
    Les négociateurs se sont fixé pour objectif d'élaborer les 
textes consolidés d'ici juillet avant d'aborder les questions 
les plus délicates dans le courant du deuxième semestre. 
 
 (Avec la contribition d'Yves Clarisse, Nicolas Delame pour le 
service français) 
 
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