Grèce: le cocktail migratoire devient explosif sur les îles

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Un camp de réfugiés sur l'île grecque de Chios, le 13 octobre 2016 ( AFP/Archives / LOUISA GOULIAMAKI )
Un camp de réfugiés sur l'île grecque de Chios, le 13 octobre 2016 ( AFP/Archives / LOUISA GOULIAMAKI )

Désespoir des migrants, mobilisation de l'extrême droite, manque de soutien européen : les ingrédients sont réunis en Grèce pour rendre explosif le cocktail migratoire sur les îles où plus de 16.000 exilés sont bloqués par l'accord UE-Turquie.

Après Lesbos et Samos ces dernières semaines, la tension a gagné depuis mercredi l'île de Chios.

Un réfugié syrien a été grièvement blessé à la tête vendredi par un jet de pierre dans le camp de Souda, situé près du chef-lieu de l'île.

Mercredi et jeudi soir, des inconnus avaient déjà lancé des pierres et des engins incendiaires depuis le promontoire qui surmonte le camp, détruisant des tentes abritant au total une centaine des 800 résidents.

Les soupçons de la police se portent sur des habitants, échauffés mercredi par deux cambriolages suivis de dégradations de domiciles et voitures pour lesquels trois adolescents algériens et un quadragénaire iranien ont été arrêtés.

Des enfants de migrants jouent sur l'île de Chios le 13 octobre 2016
Des enfants de migrants jouent sur l'île de Chios le 13 octobre 2016 ( AFP / LOUISA GOULIAMAKI )

Chios, qui accueille quelque 4.000 réfugiés et migrants est "en ébullition", affirme à l'AFP un responsable policier sous couvert de l'anonymat.

La situation est similaire dans les autres îles de la zone, où s'entassent au total plus de 16.000 migrants et réfugiés.

Les griefs des insulaires s'estimant débordés par l'afflux migratoire ont été nourris par une saison touristique sinistrée.

La patience s'épuise aussi du côté des exilés, qui attendent, certains depuis des mois, l'examen des demandes d'asile qu'ils ont déposées en masse.

Un migrant est embarqué par des membres de l'agence Frontex pour être renvoyé en Turquie le 4 avril
Un migrant est embarqué par des membres de l'agence Frontex pour être renvoyé en Turquie le 4 avril 2016 dans le port de Chios en Grèce ( AFP/Archives / LOUISA GOULIAMAKI )

L'enjeu pour eux est d'éviter le renvoi en Turquie auquel les voue en principe l'accord UE-Ankara conclu en mars pour couper la route migratoire égéenne.

Mais cela les condamne à vivoter dans l'incertitude et des conditions sommaires, que l'arrivée de l'hiver et l'épuisement de leurs ressources financières rend encore plus éprouvantes.

"Sur toutes les îles, on voit que les gens sont désespérés, déçus", déclare à l'AFP Roland Schöenbauer, porte-parole en Grèce du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU.

"Il ne reste plus qu'un sentiment de révolte", met pour sa part en garde la section belge de Médecins du Monde.

- Les néo-nazis en tournée -

Des migrants entassés à bord d'une embarcation de fortune attendent d'être secourus le 4 octobr
Des migrants entassés à bord d'une embarcation de fortune attendent d'être secourus le 4 octobre 2016 en Méditerranée au large de la Libye ( AFP / ARIS MESSINIS )

Même très ralenties, les arrivées se poursuivent aussi, plusieurs dizaines par jour en moyenne. Les Syriens, Afghans et Irakiens restent majoritaires, selon le HCR.

Dans ce contexte, "nous ne pouvons pas exclure que des organisations d'extrême-droite tentent d'exploiter" les tensions, relève le même responsable policier.

Des députés du parti néonazi grec Aube Dorée ont effectué une tournée à Chios et Lesbos en début de semaine. Selon le site de leur formation politique, la troisième du pays, ils étaient accompagnés de quatre élus belges du Vlaams Belang, parti indépendantiste flamand d'extrême-droite.

La mouvance xénophobe grecque avait dans un premier temps été marginalisée par l'élan de solidarité des Grecs à l'afflux depuis 2015 d'un million de migrants, en majorité Syriens.

Elle apparaît désormais à la manœuvre, sur les îles mais aussi en Grèce continentale, où le verrouillage des frontières européennes à l'hiver 2016 a laissé plus de 45.000 autres exilés.

Le gouvernement pour sa part est d'autant plus anxieux de garder le contrôle que les tensions entre la Turquie et l'UE font planer le risque d'une reprise brutale des départs depuis les côtes turques.

Des milliers de migrants et de réfugiés débarquent au port du Pirée, à Athènes, le
Des milliers de migrants et de réfugiés débarquent au port du Pirée, à Athènes, le 1er février 2016, en provenance des îles de Lesbos et Chios ( AFP/Archives / LOUISA GOULIAMAKI )

Mais la priorité, vider les îles, est plus facile à fixer qu'à remplir. Depuis septembre, seules 350 personnes ont pu quitter les îles vers le continent car jugées éligibles à l'asile, selon le HCR.

Car s'ils s'opposent aux transferts massifs sur le continent, pour prévenir un nouveau pic de passages irréguliers, les partenaires européens n'ont jusque là envoyé qu'un quart des renforts promis pour soutenir les services d'asile grecs et accélérer les examens des demandes.

Le ministre grec à la politique migratoire, Yannis Mouzalas, avait affiché fin octobre sa "colère". "L'UE se doit de soutenir" la mise en oeuvre de l'accord UE-Turquie, "ce n'est pas une question de solidarité avec la Grèce, c'est une obligation", avait-il insisté.

Selon les médias grecs, la Belgique a même invoqué les tensions sur les îles pour annoncer cette semaine le retrait de Grèce de ses experts de l'asile. L'information n'était toutefois pas confirmée vendredi par la Grèce.

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  • M1531771 il y a 3 semaines

    Vive l'Europe hein ?!?