Grèce: Georges et Lia, deux ans de crise et de descente aux enfers

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"Certains mois, je gagne 400 euros, d'autres rien du tout": Georges Tsouvalakis, 31 ans, charpentier, n'a plus pour vivre que la vente d'objets en bois qu'il fabrique ou de métaux récupérés. Avec sa femme, Lia et leur petite Angelina, ils font face à un avenir plus qu'incertain.Il y a deux ans, au début de la crise de la dette en Grèce, Georges était charpentier dans le bâtiment, avait deux voitures et une moto.Sa descente aux enfers est parallèle à celle de la Grèce, touchée à la fois par la crise financière et les plans d'austérité qui se succèdent.Aujourd'hui, le pays est en dépression. Le chômage touche un tiers des moins de trente ans, et un quart de la population active, alors que le taux général était de 11,8% au deuxième trimestre 2010.Pour Georges, la crise et tous ses maux ont fauché tout espoir de vie meilleure. Les chantiers de construction ont disparu. Avec Lia, 30 ans, qui était vendeuse dans une boutique de vêtements, ils gagnaient à eux deux plus de 2.500 euros par mois.Aujourd'hui, comme beaucoup de Grecs, les deux trentenaires n'ont même pas droit à des allocations chômage, ni eux ni leurs employeurs n'ayant alors cru bon de cotiser à l'assurance-chômage. Et survivent grâce à leur famille."En 2011, nous avons quitté notre maison, car nous ne pouvions plus payer le loyer. Nous sommes venus ici en espérant que ce serait pour un dépannage, mais nous y sommes toujours" dit Georges en montrant le petit deux-pièces rudimentaire qu'ils habitent dans le quartier défavorisé de Palia Kokinia, près du port du Pirée.Pour ce logement sombre appartenant à la mère de Georges, le jeune couple ne paie pas de loyer, et partage les charges d'eau et d'électricité avec le frère de Georges qui habite juste à côté, avec leur mère.La pièce commune est égayée par les seuls jouets de leur petite fille Angelina, deux ans, née avec la crise. Sur un meuble, un portrait de Georges en militaire entoure les icônes, de rigueur dans la plupart des salons grecs.Mais le réfrigérateur est vide. On ne trouve que des glaçons. Un plat de pois chiche en salade constitue le repas ce jour-là. Pour la sortie de la journée à l'épicerie du coin, Georges n'a que 10 euros. De quoi acheter un paquet de couches et du lait. Le reste attendra."Parfois, nous bénéficions de distributions gratuites de nourriture faites dans les paroisses, la plupart du temps mes parents nous aident" dit Lia. Mais son père, retraité, a également vu sa pension diminuer avec les mesures d'austérité. Aujourd'hui, elle est tombée à 370 euros.Le couple se dit très déprimé, et n'a envie de rien, sauf de partir. Loin. "Je crois qu'on recherche des charpentiers à l'étranger, en Australie, en Norvège, et en Suisse" espère Georges à voix haute. Les Grecs ont déjà connu plusieurs vagues d'émigration au cours de leur histoire tumultueuse, et la crise accélère les départs.Mais pour Georges et Lia, impossible de réunir l'argent d'un billet d'avion."Il n'y a pas d'avenir ici" lâche-t-il, "pas pour ma génération, ni la suivante". "Ce qui me manque est de retrouver nos rires, notre sourire, notre optimisme. Je ne veux pas vivre ce que je vis" ajoute Lia.Toute vie sociale a disparu. Georges passe ses journées à errer dans les rues à la recherche de matériaux à recycler ou revendre. Lia s'occupe de sa fille."Je vais chez ma belle-mère jouer aux cartes, nous regardons un film. Nous sommes prisonniers de la maison. Nous ne pouvons plus rien faire" dit Lia, qui a renoncé depuis belle lurette aux sorties au cinéma et au restaurant."Mes parents nous aident autant qu'ils le peuvent, mais ils ont aussi leurs propres problèmes. Ils ne savent pas ce que va devenir leur pension, s'ils vont continuer de la toucher ou non".

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