Grèce et Chine défient la toute-puissance des banques centrales

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LA TOUTE-PUISSANCE DES BANQUES CENTRALES DÉFIÉE EN GRÈCE ET EN CHINE
LA TOUTE-PUISSANCE DES BANQUES CENTRALES DÉFIÉE EN GRÈCE ET EN CHINE

par Mike Dolan

LONDRES (Reuters) - Dans un monde où les banques centrales sont censées avoir réponse à tous les problèmes économiques, le délitement de la Grèce et le krach boursier en Chine viennent rappeler qu'elles ne peuvent pas toujours faire de miracle.

La formule du président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi qui avait affirmé en 2012 que l'institution "ferait tout ce qu'il faudrait" pour sauver l'euro résume sans doute le mieux cet activisme sûr de lui et tout-puissant des banques centrales que les marchés ont tant apprécié depuis l'éclatement de la crise financière internationale de 2007-2008.

Pourtant, même ceux qui sont persuadés qu'elles peuvent "faire tout ce qu'il faut" pour sauver l'euro, enrayer les récessions, créer des emplois, insuffler de l'inflation ou soutenir les marchés actions, doivent reconnaître que cela ne fonctionne pas toujours.

Draghi, lui-même, avait pris soin il y a trois ans de souligner que les pouvoirs de la BCE sont limités par son mandat, une précision qui prend tout son sens au vu des développements de la crise grecque.

La BCE n'entend évidemment pas pousser la Grèce hors de l'euro. Mais "faire tout ce qu'il faut" pourrait bien ne pas suffire à préserver l'intégrité de la zone euro si le mandat de la BCE ne lui permet plus d'approvisionner en liquidités d'urgence un système bancaire grec au bord de l'asphyxie.

Le gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Christian Noyer, a clairement prévenu mercredi qu'en l'absence d'un accord politique entre la Grèce et ses partenaires européens qui permette de maintenir Athènes au sein de la zone euro, la BCE serait contrainte de cesser son soutien aux banques grecques. Mais un accord politique échappe au contrôle de la BCE.

"RENDEMENTS DÉCROISSANTS"

En Chine aussi, la banque centrale qui a longtemps fait preuve d'une étonnante capacité à piloter au plus près la deuxième économie mondiale, voit sa détermination et son efficacité mises à rude épreuve.

Après avoir alimenté une envolée des indices boursiers depuis près d'un an grâce à une politique monétaire de plus en plus accommodante, la Banque populaire de Chine (PBOC) essaye désespérément avec les régulateurs financiers d'enrayer leur plongeon de 30% en trois semaines qui a amputé la capitalisation boursière chinoise de près de 3.000 milliards de dollars.

Les baisses des taux d'intérêt et de taux des réserves obligatoires annoncées fin juin et à nouveau le week-end dernier, une ligne de liquidité directe à la société publique de financement des investissements sur marge n'ont pas permis d'enrayer le mouvement baissier.

Sachant que 85% des transactions sur les marchés chinois sont le fait de petits porteurs, les répercussions de la chute des indices sur la confiance des consommateurs risquent d'être problématiques pour une économie dont le rythme de croissance est tombé sous les 7% l'an pour la première fois depuis la crise financière.

"Si la PBOC échoue à soutenir ses marchés actions, elle sera la première grande banque centrale à échouer dans une tentative d'influencer des marchés d'actifs ciblés", souligne Stephen Jen du fonds spéculatif SLJ Macro Partners.

"Les investisseurs pourraient se demander si les banques centrales ne se rapprochent pas d'un point d'inflexion avec des rendements décroissants de leurs opérations."

SUR-SOLLICITÉE

Déjà les économistes de la Banque des règlements internationaux, habituellement présentée comme la banque centrale des banques centrales, ont prévenu qu'une perte de contrôle par les banques centrales constituait l'une des menaces les plus inquiétantes pour le système financier international.

Dans le 85e rapport annuel de l'institution publié le 28 juin, ils soulignaient que "la politique monétaire a(vait) été sur-sollicitée depuis trop longtemps, ajoutant que les banques centrales sont aujourd'hui dramatiquement à court de munitions pour affronter un éventuel krach sur les marchés financiers ou un ralentissement économique mondial inattendu.

"La probabilité de turbulences va encore s'accroître si les conditions extraordinaires actuelles sont prolongées. Plus on tend un élastique, plus il se contracte violemment", écrivaient-ils.

Craignant que des taux directeurs proches de zéro pendant une période prolongée n'entraînent des distorsions dans les choix d'investissement voire une instabilité sociale en accroissant les inégalités via les effets de richesse, les banques centrales américaine et britannique ont manifesté leur intention de normaliser leur politique monétaire.

Mais leur capacité à faire tout ce qu'il faut dans ce sens pourrait bien être beaucoup plus réduite qu'elle ne l'a été dans la longue phase d'assouplissement monétaire.

Qu'un krach boursier en Chine ou une sortie de la Grèce de la zone euro enclenchent une nouvelle crise financière qui ébranle l'économie mondiale, la Réserve fédérale comme la Banque d'Angleterre pourraient bien se retrouver piégées avec des taux à zéro pour de longues années encore faute de les avoir remontés pendant l'une des plus longues période de marchés haussiers jamais enregistrée.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison)

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