GRAPHES-La production industrielle mondiale sans ressort

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3 septembre (Reuters) - La croissance de la production industrielle mondiale n'a pas accéléré depuis le début de l'année et le poids de la Chine dans son évolution risque de ne rien arranger. L'indice mondial des directeurs d'achat pour le secteur manufacturier calculé par JP Morgan est certes ressorti à 52,6 au mois d'août contre 52,4 le mois précédent, au-dessus de la barre de 50 séparant les phases de contraction et d'expansion et indiquant une progression de l'activité pour le 21e mois consécutif. Sa légère hausse semble toutefois insuffisante pour redonner du tonus à une production mondiale sans ressort depuis 2011. Graphique sur l'évolution de la production industrielle mondiale en volume et de l'indice mondial PMI manufacturier : http://bit.ly/1un59R6 Ce manque d'allant n'est pas sans conséquence sur les marchés du pétrole, des matières premières industrielles et même des actions tant l'évolution de la production industrielle en volume exerce, en particulier depuis la crise financière, une force de rappel sur celle de ces différents actifs. Graphique sur l'évolution de la production industrielle mondiale en volume et celle des cours du Brent, de l'indice CSCB des métaux industriels et de l'indice MSCI World: http://bit.ly/1oDhB9G Philippe Waechter, économiste de Natixis Asset Management, décompose l'évolution de la production industrielle mondiale en quatre phases depuis le début des années 2000. Pendant la première qui s'étend jusqu'à l'été 2008, elle progresse à un rythme de 4,5% en taux annualisé. La deuxième correspond à la rupture liée à la récession mondiale provoquée par la crise financière de 2007-2008. Il y a ensuite une période de reprise jusqu'en janvier 2011, la croissance moyenne est alors de 8,3%. Depuis le début de l'année 2011, la dernière phase est caractérisée par une croissance lente de 2,8% qui s'est encore affaiblie depuis la fin de l'année dernière. Graphique sur les différentes phases d'évolution de la production industrielle mondiale en volume depuis le début des années 2000: http://bit.ly/1roNGI1 Evoquant un "changement de régime", Philippe Waechter note que ce nouveau profil de la production industrielle ne permet pas de créer un courant fort d'échanges internationaux. Le commerce mondial en volume peine d'ailleurs à retrouver depuis le rythme de croissance qui prévalait avant la crise financière. Graphique sur l'évolution du commerce mondiale en volume depuis le début des années 90: http://bit.ly/1qyxQJe SINO-DEPENDANCE Tal Shapsa, économiste de Barclays, souligne que les deux principales explications de cet affaiblissement se trouvent dans le ralentissement de la production européenne du fait d'une demande interne déprimée et d'un premier semestre très faible au Japon. En dépit d'un début d'année poussif, les deux principaux contributeurs à la production industrielle mondiale - les Etats-Unis et la Chine - ont enregistré une impressionnante amélioration de leur climat des affaires qui devrait se poursuivre au moins jusqu'à la fin de l'année, ajoute-t-elle. "A eux seuls, les Etats-Unis et la Chine, et surtout la Chine, ont été à l'origine de plus de 60% de la croissance de la production industrielle aux cours des trois dernières années et demi, compensant les reflux temporaires au Japon, en Allemagne, en Corée du Sud et dans d'autres parties du monde." Cette sino-dépendance accrue combinée à la fragilité de la reprise chinoise n'est pas une situation très saine pour les marchés financiers internationaux, particulièrement pour les marchés directement liés à la Chine, prévient-elle. Mais, pour elle, un autre sujet d'inquiétude vient de la place de la Chine dans la chaîne de production industrielle mondiale. "Quand nous en venons à évaluer le rôle des pays dans les chaînes de valeur globales, se référer aux mesures traditionnelles de la production et des échanges internationaux à l'échelle nationale peut s'avérer trompeur" et conduire à surestimer le rôle de pays assembleurs comme la Chine et à sous-estimer celui des principaux pays producteurs des pièces détachées, parfois à forte valeur ajoutée, situés en amont. Ce statut d'assembleur de la Chine fait qu'il n'est pas possible de s'en remettre durablement à elle seule pour soutenir la production industrielle mondiale, en conclut Tal Shapsa. D'autant que la hausse très rapide des coûts salariaux en Chine comme dans d'autres pays émergents assembleurs leur fait perdre leur avantage en termes de compétitivité-coûts par rapport aux pays plus avancés, note Patrick Artus de Natixis. "Ceci favorise la ré-industrialisation des pays avancés, pénalise les pays émergents qui ne parviennent pas à monter en gamme et réduit la taille du commerce mondial", résume-t-il. Sources: *Comment fonctionne la mondialisation si les pays émergents n'ont plus d'avantage compétitivité-coût ? Flash Problèmes Structurels. Natixis. 1er septembre 2014. * Sluggish global production could turn worrisome. Focus. Global Macro Daily. Barclays. 29 août 2014 * Quatre graphes sur la dynamique de l'économie mondiale. Natixis AM. 25 août 2014 : http://bit.ly/1pIdVcZ (Marc Joanny, édité par Jean-Michel Bélot)

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