GRAPHES-Excès d'engouement nippon pour la dette française ?

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17 novembre (Reuters) - La France célèbre le Japon au fil des saisons et de l'oeuvre du "vieux fou de dessin"* et le Japon le lui rend bien, achetant sa dette publique avec enthousiasme même si un tel engouement n'est pas sans risque, comme l'Italie l'a appris à ses dépens. La France bénéficie d'une base large et diversifiée d'investisseurs internationaux comprenant des banques centrales, des fonds souverains et de gros investisseurs d'Asie émergente, du Japon et du Moyen-Orient, détenant au 30 juin dernier 64,2% de l'encours de sa dette publique à long terme, selon le site internet de l'Agence France Trésor. Parmi ceux-ci, seul le Japon publie des données complètes et à jour montrant que la dette française est perçue comme identique à de la dette allemande avec une prime bienvenue dans un contexte de faibles rendements qui a poussé les investisseurs nippons à substituer la première à la seconde au cours des derniers mois, relève Axa Investment Managers dans une récente note de recherche. Graphique des achats/ventes nets de dettes souveraines allemande, française et italienne par les investisseurs nippons : http://bit.ly/11iJ0JC L'annonce, le mois dernier, par la Banque du Japon d'une augmentation de son programme d'assouplissement qualitatif et quantitatif ainsi que d'une diversification internationale de l'allocation d'actifs par le GPIF, le fonds de pension de la fonction publique japonaise et le plus important au monde avec 1.200 milliards de dollars d'actifs, pourraient encore amplifier ce mouvement. L'augmentation des rachats d'actifs de la BoJ se traduira par un accroissement de la liquidité mondiale qui continue à circuler entre les pays grâce à la diversification internationale de portefeuille des banques et des investisseurs nippons. Ainsi, le GPIF va certes réduire la part des obligations d'Etat japonaises dans son portefeuille, qui reviendra à 35% contre 60% actuellement pour renforcer le poids des actions japonaises et internationales, mais dans le même temps il portera la pondération des obligations étrangères à 15% de ses actifs. Selon les analystes de Natixis, les investisseurs américains ont une exposition aux pays émergents beaucoup plus importante que les investisseurs japonais qui privilégient les placements dans les pays de l'OCDE, en particulier la zone euro. Le basculement de la création monétaire des Etats-Unis, où la Réserve fédérale a progressivement diminué puis arrêté ses achats d'actifs vers le Japon à partir de 2013, a ainsi entraîné un ralentissement des flux de capitaux vers les émergents et une augmentation vers les pays de l'OCDE. EFFET DE SEUIL Cet engouement nippon, et des autres investisseurs internationaux, contribue à maintenir la prime de risque sur la dette française, mesurée par l'écart de rendement avec la dette allemande, stable et basse en dépit de la détérioration de la qualité de crédit de la France illustrée par le maintien sous surveillance négative de sa note par deux des trois principales agences et par le passage dans le courant de l'été des taux belges à 10 ans sous leurs équivalents français. ID:nL6N0S31E1 Graphique de l'évolution de l'écart de rendement à 10 ans France-Belgique : http://bit.ly/1EU2xPK Les banques centrales, les fonds souverains et de pension investissent toutefois en respectant des critères stricts de notation, rappelle Maxime Alimi, d'Axa IM. "Le risque principal serait une érosion continue de la notation de la dette souveraine de la France, qui la ferait soudainement sortir de la liste des actifs éligibles pour un grand nombre d'investisseurs en même temps", prévient-il en prenant l'exemple de l'Italie. "Si l'on utilise encore le Japon comme indicateur, on constate qu'alors que les détentions de dette souveraine italienne par le Japon étaient restées à peu près stables entre 2014 et 2010, les investisseurs nippons en ont vendu pour près de 1.500 milliards de yens entre août 2011 et mars 2012 (en pleine crise des dettes souveraines de la zone euro, NDLR), et ne sont quasiment pas revenus depuis." Graphique des achats/ventes cumulés de dette souveraine italienne par les investisseurs nippons : http://bit.ly/1EU2Aej Pour Maxime Alimi, "se sentir rassuré par le fait que le spread français ne se soit pas élargi jusqu'à présent atteste d'une méconnaissance du fonctionnement de ce marché : rien ne se produira jusqu'à ce que, éventuellement, quelque chose d'énorme se produise". Selon Axa IM, qui estime qu'il y a une forte probabilité que le ratio dette publique sur PIB de la France franchisse le cap des 100% en 2017, la sortie de la France de la catégorie AA pourrait servir de catalyseur. "Si, comme c'est probable, la France reste au niveau AA- ou au-dessus, une grande crise n'interviendra pas au cours des prochains mois ou trimestres (...) Mais la résilience macroéconomique et budgétaire de la France a fortement diminué depuis 2007 (...) Ceci signifie qu'elle va rester, et toute la zone euro avec elle, extrêmement vulnérable au cours des prochaines années." Sources : - France; le déficit, la dette et le spread. Investment Research. Axa Investment Managers. 13 novembre 2014. - Le rôle central de la politique monétaire du Japon, Flash Marchés, et The message from equities prices, Macro Research. Natixis. 12 et 13 novembre 2014. * "Hokusai". Grand Palais. Galeries Nationales. 1er octobre 2014 - 18 janvier 2015 "Le Japon au fil des saisons". Musée Cernuschi - Musée des Arts de l'Asie de la Ville de Paris. 19 septembre 2014 - 11 janvier 2015. "Tisser les couleurs". Maison de la Culture du Japon. 5 novembre 2014 - 17 janvier 2015 et "La danse des formes" - Textiles de Samiro Yunoki. Musée Guimet. 8 octobre 2014 - 12 janvier 2015. (Marc Joanny, édité par Dominique Rodriguez)

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