Grandes manoeuvres à deux jours du référendum en Crimée

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GRANDES MANOEUVRES À L'APPROCHE DU RÉFÉRENDUM EN CRIMÉE
GRANDES MANOEUVRES À L'APPROCHE DU RÉFÉRENDUM EN CRIMÉE

par Lesley Wroughton et Katya Golubkova

LONDRES/SEBASTOPOL Ukraine (Reuters) - A l'avant-veille du référendum en Crimée sur un rattachement à la Russie, et tandis que de nouvelles troupes russes débarquaient dans la presqu'île ukrainienne de la mer Noire, John Kerry et Sergueï Lavrov, chefs de la diplomatie des Etats-Unis et de la Russie, ont eu six heures de discussions vendredi à Londres qualifiées de "directes et sincères" par l'Américain.

Mais sur le fond, les lignes n'ont pas bougé.

A Washington, la Maison blanche a jugé "regrettable" que la Russie n'ait pas opté pour une "désescalade" des tensions en Crimée.

Vladimir Poutine a réaffirmé pour sa part que le référendum de dimanche était parfaitement conforme au droit international et son ministre des Affaires étrangères a déclaré, à Londres, que la Crimée signifiait plus pour la Russie que les îles Malouines pour la Grande-Bretagne.

Sergueï Lavrov a assuré d'autre part que la Russie, dont les troupes ont pris le contrôle des points stratégiques de Crimée après la destitution, le 22 février à Kiev, du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, n'avait pas l'intention d'envahir le sud-est de l'Ukraine, dont la population est majoritairement russophone. Pour sa part, John Kerry a réaffirmé que "ni les Etats-Unis, ni la communauté internationale ne reconnaîtr(aient) l'issue du référendum" et a prévenu la Russie qu'elle aurait à supporter le coût d'une aggravation des tensions.

Il a ajouté ne pas savoir avec certitude ce que ferait Poutine une fois connus les résultats de la consultation, mais a noté que si le Parlement russe ratifiait ce rattachement, cela équivaudrait à une annexion de la Crimée par des moyens détournés.

Les Etats-Unis ont fait circuler au sein du Conseil de sécurité de l'Onu une résolution qui déclarerait illégal le référendum mais la Russie a fait savoir qu'elle opposerait son veto à ce texte "inacceptable".

L'Union européenne, dont les ministres des Affaires étrangères seront réunis dès lundi à Bruxelles, a dressé une liste de 120 à 130 personnalités russes susceptibles d'être touchées par des sanctions comme le refus de délivrance de visas ou le gel d'avoirs.

Le quotidien allemand Bild croit savoir pour sa part que treize personnalités russes, dont plusieurs appartiennent à l'entourage de Vladimir Poutine, sont concernées et parmi elles, Alexeï Miller, PDG de Gazprom et Igor Setchine, patron de Rosneft, deux des plus puissantes entreprises russes. L'information de Bild a été démentie par des diplomates européens.

BLINDÉS ET MISSILES RUSSES EN CRIMÉE

Sur le terrain, les Russes ne semblent guère impressionnés par les menaces de sanctions de leurs partenaires américains et européens. Un navire de guerre russe a débarqué des camions, des soldats et au moins un véhicule blindé de transport de troupes (VTT) près e Sébastopol.

Un journaliste de Reuters a vu ces renforts descendre du Yamal 156, un navire de débarquement, dans la baie de Kazatchaïa, au sud-ouest de Sébastopol, port d'attache de la Flotte russe de la mer Noire.

Lundi, une colonne d'une centaine de véhicules, dont des VTT et des canons automoteurs, avait été aperçue sur une route dans le même secteur, à une quinzaine de kilomètres de Sébastopol.

Selon Vladislav Selezniov, un fonctionnaire du ministère ukrainien de la Défense en Crimée, des témoins ont rapporté l'arrivée de blindés russes à Kertch, ville portuaire du sud-est de la Crimée, située sur le petit détroit qui sépare la péninsule de la Fédération de Russie.

Un train transportant 14 missiles sol-air S-300 se trouve en gare de Kertch, a-t-il précisé. Citant une autre source, il ajoute qu'une colonne d'une centaine de véhicules - des camions et des blindés de transport de troupes notamment - se dirige vers Djankoï, dans le nord de la péninsule.

La marine russe a par ailleurs annoncé que des avions et des hélicoptères de ses forces aéronavales avaient entamé des manoeuvres en Méditerranée.

Des avions de chasse Soukhoï SU-33 et des hélicoptères de lutte anti-sous-marine Kamov Ka-27 ont décollé dans la matinée du porte-avions "Amiral Kouznetsov", qui avait fait escale le mois dernier à Chypre, a précisé le porte-parole de la marine, Vadim Serga, à l'agence de presse Interfax.

L'"Amiral Kouznetsov", unique porte-avions de la marine russe, appartient à la flotte du Nord.

(Avec Andrew Osborn, Tatyana Ustinova, Lidia Kelly; Guy Kerivel, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français)

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