Gilbert Collard plaide la cause de Marine Le Pen en Camargue

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Gilbert Collard plaide la cause de Marine Le Pen en Camargue
Gilbert Collard plaide la cause de Marine Le Pen en Camargue

par Jean-François Rosnoblet

VAUVERT, Gard (Reuters) - Entre vignes et manades, Gilbert Collard bat la campagne dans le Gard pour les élections législatives sous les couleurs de Marine Le Pen, qui a connu un vrai plébiscite lors de la présidentielle dans ce département du sud de la France.

Depuis une douzaine d'années, ce ténor inscrit au barreau de Marseille depuis 1971 a quitté la cité phocéenne pour s'installer en Petite Camargue, dans un mas de Gallician, hameau d'un millier d'âmes situé sur la commune de Vauvert, à une quarantaine de kilomètres au sud de Nîmes.

Lors du premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen a emporté le plus de suffrages dans ce département avec 25,51% des voix, devant Nicolas Sarkozy (24,86%) et François Hollande (24,11%). A Vauvert, la présidente du FN a obtenu 30,94%.

"C'est un pays de forte tradition, les gens ont du caractère et du courage. Ici, on ne pactise pas sur les idées, on n'a pas peur du terrorisme intellectuel", affirme Gilbert Collard pour expliquer l'importance du vote en faveur FN dans le Gard.

Sur ce terroir écrasé par le soleil, l'ancrage du vote extrémiste est ancien.

A une trentaine de kilomètres à l'est de Gallician, Saint-Gilles a ainsi été la première commune de France de plus de 10.000 habitants à s'offrir au parti fondé par Jean-Marie Le Pen en élisant en 1989 un maire FN, Charles de Chambrun. Bien avant le Sud-Est voisin où Toulon (Var), Orange (Vaucluse) et Marignane (Bouches-du-Rhône) suivront le mouvement en 1995.

Sur ce territoire gardois en souffrance où les emplois se sont raréfiés et où la culture de la vigne s'est mécanisée, la circonscription de Gilbert Collard fait partie de celles identifiées comme "gagnables" par le parti d'extrême droite, handicapé lors de ces législatives par le mode de scrutin.

"Ceux que je croise au quotidien ne me parlent pas des difficultés de la Grèce, ils me parlent du prix du pain et de l'essence. Il y a dans l'air des signes prérévolutionnaires", dit Gilbert Collard.

"J'ASSUME TOUT"

Président du comité de soutien à Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle, il se veut indépendant du FN et se présente sous la bannière du "Rassemblement bleu Marine".

S'il dit respecter Jean-Marie Le Pen "comme on respecte un homme de 80 ans", Gilbert Collard se définit comme "mariniste".

"On ne peut pas demander à Marine de faire un parricide symbolique. Il a été le porte-avions d'où elle a décollé", dit-il dans une des formules dont il raffole.

De ses joutes oratoires peaufinées dans les prétoires, il a gardé ce sens de l'esquive qui lui permet notamment de justifier les écarts qui émaillent son propre parcours politique, de l'avocat de gauche engagé dans le comité de soutien de François Mitterrand au "franc-tireur" assumé de Marine le Pen, en passant par les cercles trotskystes autour de Pierre Lambert qu'il a fréquentés à la fin des années 1980.

"J'assume tout", dit-il. "Mais je n'ai jamais été trotskyste. J'ai simplement participé avec eux à des réunions pour la libération de Nelson Mandela".

Et François Mitterrand ? "Je croyais avoir affaire à la réincarnation de Jaurès, je me suis retrouvé avec Laval", dit-il.

En 1992, Gilbert Collard rompra avec les socialistes pour protester contre l'entrée au gouvernement d'un autre bateleur de talent, Bernard Tapie. De la politique, il en tâtera encore à Vichy, où il sera candidat à la mairie en 2001 et en 2008 sous les couleurs du centre droit.

"J'ai adhéré au parti radical car mon père y avait été", dit-il. "Je me suis rendu compte que c'était une escroquerie et me suis promis que plus aucun parti classique ne me ferait cocu".

Un quart de siècle après son entrée en politique, Gilbert Collard n'a finalement pas résisté l'an dernier aux vents de la polémique et au plaisir de créer de nouveau la sensation médiatique en annonçant sa conversion au "marinisme".

"L'ÂME D'UN TORERO"

Sur les chemins de la préférence nationale, de la diminution drastique des flux migratoires et de la protection des frontières, ces fondamentaux que revendique Marine Le Pen, le chantre des prétoires a mis ses pas dans ceux de la présidente du FN qu'il connaît depuis plus de quinze ans.

Sans prendre sa carte au FN, du moins pour l'instant. "Il n'est pas dit que si Marine me le demande, je n'adhère pas".

A 63 ans, l'avocat des extrêmes n'a cure de ceux qui l'accusent de préférer les coups médiatiques à la sincérité des causes défendues. "Des jaloux", lâche-t-il.

L'odeur du combat et les délices de la provocation lui ont redonné une nouvelle jeunesse. Et dans ce pays de tauromachie, il se rêve en habit de lumière.

"J'ai l'âme d'un torero", dit-il encore. "Dans ce monde de pacotille, c'est rare de trouver un homme qui affronte la mort pour la beauté d'un art".

Dans l'arène des législatives, il prépare soigneusement ses piques pour obtenir, dès dimanche, le droit de porter l'estocade finale, le 17 juin, dans une triangulaire face à ses adversaires de l'UMP et du PS qu'il appelle de ses voeux.

"Dans ce cas de figure, au deuxième tour c'est sûr, on l'emporte", dit-il.

Edité par Patrick Vignal

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