Gerry Adams entendu par la police pour un meurtre commis en 1972

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LE DIRIGEANT DU SINN FÉIN GERRY ADAMS ENTENDU PAR LA POLICE NORD-IRLANDAISE POUR UN MEURTRE EN 1972
LE DIRIGEANT DU SINN FÉIN GERRY ADAMS ENTENDU PAR LA POLICE NORD-IRLANDAISE POUR UN MEURTRE EN 1972

par Maurice Neill et Conor Humphries

BELFAST (Reuters) - Le dirigeant nationaliste nord-irlandais et ancien chef de la branche politique de l'Ira Gerry Adams a été arrêté mercredi soir par la police dans le cadre d'une enquête sur un meurtre commis en 1972.

Sa formation politique le Sinn Féin, principal parti nationaliste d'Irlande du Nord, a déclaré que Gerry Adams était entendu dans le cadre de l'enquête sur l'enlèvement et la mort de Jean McConville, que l'Ira (Armée républicaine irlandaise) reconnaît avoir tuée en 1972.

La police a seulement indiqué qu'un homme de 65 ans - l'âge du dirigeant catholique - avait été arrêté dans la soirée par les enquêteurs chargés de l'affaire.

Dans un communiqué, le leader du Sinn Féin, qui a toujours nié avoir appartenu à l'organisation clandestine armée, se dit "totalement innocent".

"Je crois que le meurtre de Jean McConville et l'inhumation de son corps dans un endroit tenu secret ont constitué une erreur et une grave injustice à son encontre et à l'encontre de sa famille", ajoute Gerry Adams.

"Des allégations malveillantes et bien médiatisées ont été portées contre moi. Je les rejette."

La mort de Jean McConville, une mère de dix enfants, est l'un des crimes prêtant le plus à controverse commis durant les "troubles" qui ont marqué la province nord-irlandaise pendant trente ans, jusqu'aux accords de paix de 1998.

Son corps n'a été retrouvé qu'en 2003 sur une plage d'Irlande du Nord, dans le comté de Louth, qu'Adams représente aujourd'hui au parlement irlandais. Jean McConville était soupçonnée par l'Ira d'être une informatrice de la police britannique, ce que sa famille a toujours démenti.

ENQUÊTES SENSIBLES

L'enquête sur le meurtre a été relancée par la publication d'une série d'interviews d'anciens combattants du conflit nord-irlandais au Boston College. La police nord-irlandaise a demandé à l'université privée américaine de lui fournir le témoignage d'une ancienne membre de l'Ira, Dolours Price, à la suite de son décès l'an dernier.

En tant que chef du Sinn Féin, vitrine politique de l'Ira, Gerry Adams était un paria dans la Grande-Bretagne des années 1980, où il était banni d'antenne.

Il a été ensuite l'un des artisans des accords de paix du Vendredi-Saint de 1998 qui ont mis fin pour l'essentiel à trente années de violence entre les républicains catholiques favorables au rattachement à l'Irlande et les unionistes protestants, partisans du maintien de l'Irlande du Nord dans le giron britannique.

Depuis, Gerry Adams a vu grandir sa stature de responsable politique. Il se rend régulièrement à la Maison blanche et faisait partie des invités d'honneur aux funérailles de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela.

La fragile paix nord-irlandaise a été secouée par plusieurs enquêtes sur des crimes anciens ces dernières années. Certaines d'entre elles, visant des militants pro-britanniques, sont largement considérées comme l'élément déclencheur des violences de rue qui ont eu lieu en 2013 dans la province, les pires depuis des années.

Les implications de l'arrestation de Gerry Adams pour l'accord de partage du pouvoir en Irlande du Nord et le Sinn Féin en Irlande, où il s'oppose à la politique d'austérité de Dublin, restent difficiles à prédire.

Gerry Adams fait campagne pour les candidats du Sinn Féin aux élections européennes du 23 mai et laisse entendre que on arrestation pourrait avoir des arrière-pensées politiques.

"J'ai des questions sur le moment (de cette arrestation) en plein milieu d'une élection", a-t-il dit à la chaîne de télévision irlandaise RTE avant son audition par la police.

(Maurice Neill avec Conor Humphries à Dublin; Henri-Pierre André pour le service français)

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  • M3182284 le jeudi 1 mai 2014 à 11:48

    Il sera défendu par l'IRA et condamné par les loyalistes. la vérité n'intéresse pas les hommes, leurs croyances dictent leurs convictions.