Gérer son argent sur la toile

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Soigner son image sur Facebook ou Twitter est devenu commun. Y gérer son patrimoine est plus inattendu. Mais encore faut-il s'assurer du sérieux des interlocuteurs qui se cachent derrière les murs Facebook et autres volées de tweets...

Sur Twitter, un certain Titibonsplans interroge : «Sur quelles banques en ligne peut-on avoir un compte en actions?» ou encore «Le moment est-il propice pour placer son argent en Bourse?». Belle-demoiselle lui suggère de le cacher «sous l'oreiller», et Fiesteur, «sous le matelas», tandis qu'un utilisateur de Twitter plus avisé l'incite à «consulter un spécialiste»... Afin d'éviter ce type de tweets très « Café du Commerce », mieux vaut se diriger vers les pages Facebook et les comptes Twitter des banques et gestionnaires traditionnels. En plus de sites internet sécurisés de gestion de comptes, bien des établissements proposent en effet d'actives communautés d'échanges sur les réseaux sociaux. Une habile stratégie relationnelle qui donne un peu l'impression aux clients, en particulier en ces temps de crise, que leur banque reste leur « amie ».

Mise en ligne le 1er avril par la caisse régionale du Crédit agricole Pyrénées-Gascogne, Tookam n'a rien d'un poisson d'avril... C'est la première banque qui ne se contente pas de communiquer sur Facebook et les réseaux sociaux, mais y propose toutes les transactions d'une agence réelle. «L'idée novatrice est d'apporter du conseil bancaire, avec une efficace relation client multicanal, sur Facebook tout d'abord, mais aussi sur Twitter et via un site, résume David Oddos, responsable communication de Tookam. Nous avons mis en place un chat sécurisé sur notre site internet et sur notre page Facebook qui nous permet d'échanger avec nos clients de manière spontanée.» Les frais sont réduits par rapport à une banque classique. En six mois, Tookam a déjà conquis 500 clients, séduits également par un programme de fidélisation original où le social n'est pas qu'une mode numérique : les points distribués aux clients, les tookets, servent à financer des associations de leur choix.

Rares sont les banques à oser muter ainsi vers les réseaux sociaux, pour des raisons de sécurité. «Une banque turque a toutefois lancé une interface visant à connecter les comptes Twitter des clients à leurs comptes en banque, raconte David Réguer, auteur de E-réputation (à paraître le 3 novembre chez Dunod). Sur le plan de son e-réputation, une banque, ou une entreprise cotée, a en revanche tout intérêt à démentir par tweets et chats toute rumeur infondée à son sujet.» Crédit agricole ou Société générale ont chacune environ 2.000 abonnés sur Twitter ; BNP Paribas, plus de 1.500, ainsi que 130.000 fans sur Facebook, même si la banque ne propose pas encore de transactions par réseaux sociaux interposés. En partie parce que les clients fortunés de la banque privée ne sont pas les plus accros au web. Si des cabinets de gestion de patrimoine commencent à se positionner sur Twitter ou Facebook, ce serait donc plutôt pour aller vers un nouveau type de clients, un peu moins fortunés, mais tellement plus geeks (accros aux nouvelles technologies numériques) !

Entre rumeurs et réalité

Les internautes peuvent néanmoins ouvrir d'un simple tweet un compte sur internet, par exemple sur BNP Paribas.net, agence en ligne à part, étoffée d'un espace dédié à l'épargne : NETépargne. Les followers - les internautes qui suivent BNP Paribas sur Twitter - peuvent compter sur un service après-vente (SAV) BNP Paribas sur Twitter. Ils sont déjà plus de 1 500 à y recueillir réponses pratiques et conseils d'investissement. «Les discussions peuvent être accessibles à tous, ou restreintes à un conseiller et un client, par échange de tweets en mode DM (direct message)», rassure Frank Desvignes, chez BNP Paribas. C'est un exemple d'usage «détourné, encore expérimental des réseaux sociaux, reconnaît Philippe Torres, directeur du conseil et de la stratégie numérique de l'Atelier BNP Paribas. Twitter n'a pas été conçu pour réaliser des transactions bancaires.»

Professionnels de la finance et de la gestion de patrimoine utilisent en revanche énormément les réseaux sociaux pour communiquer, à la fois entre eux et auprès d'internautes. Il existe même des Pages jaunes de Twitter (twellows) qui répertorient des centaines de professionnels, surtout anglo-saxons, de la gestion de fortune (wealth management), explique encore Philippe Torres. Mais mieux vaut maîtriser la langue de Wall Street pour gérer son patrimoine en ligne, et être à l'affût des informations qui foisonnent, chaque jour, sur les réseaux sociaux mondiaux. Un gourou de la finance peut être intéressant à suivre sur Twitter. Bien des geeks s'adonnent au shadowing (filature) en douce, des propos du PDG de leur entreprise favorite, ou de leur banque... Des centaines d'abonnés s'abreuvent chaque jour des analyses du très sombre économiste Nouriel Roubini, qui avait prévu la crise américaine des subprimes et qui prédit aujourd'hui l'éclatement de la zone euro. A force de butiner ainsi, on court toutefois le risque de se laisser tromper par les rumeurs diffusées sur le web, au hasard de tweets et conversations à clics rompus. Les banques en ont fait les frais. Un site anglais, Zerohedge.com, friand de rumeurs de marchés, a évoqué le 22 septembre des retraits massifs de dépôts dangereux pour les banques françaises. L'info, fausse, mais retweettée en cascade, a pu déstabiliser lesdites banques en Bourse, causant de réelles frayeurs à leurs actionnaires.

Twitter, boule de cristal de l'humeur des marchés?

Et si Twitter pouvait lui-même vous révéler, comme par magie, où investir votre argent ? Certains spécialistes férus de prévisions comportementalistes sondent l'état d'esprit des internautes. Pour prévoir les hauts et les bas du CAC 40 ou du Dow Jones, le mieux serait, selon cette théorie, de prêter attention à Twitter. Une étude publiée par l'université d'Indiana, aux Etats-Unis, désigne l'ambiance générale du réseau social comme un bon baromètre des fluctuations à venir des marchés. Des universitaires, Johan Bollen, Huina Mao et Xia-Jun Zeng, ont passé au crible près de 10 millions de tweets et découvert que leur teneur permettait d'anticiper les variations quotidiennes des valeurs de clôture du Dow Jones, avec 87,6 % de fiabilité. A la Pace University de New York, un étudiant, Arthur O'Connor, a même comparé les données échangées via Twitter, Facebook et YouTube avec les cours des actions de marques très populaires comme Starbucks, Coca-Cola et Nike des mois durant... Il est arrivé lui aussi à la conclusion que les médias sociaux pouvaient être utilisés comme des moyens fiables d'anticiper le mouvement des actions. Un trader britannique, Paul Hawtin, a élaboré un algorithme pour analyser le moral ambiant à travers les centaines de millions de tweets échangés quotidiennement et en déduire de futures variations boursières. Il a lancé au printemps dernier, à Londres, un hedge fund (fonds spéculatif) centré sur sa théorie, au sein de sa société, Derwent Capital Markets. Le moral, bon ou chagrin, de la twittosphère, inspire les choix d'investissement de cet atypique gestionnaire.

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