GDF Suez cible jusqu'à 20 milliards de dollars d'acquisitions

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GDF SUEZ CIBLE JUSQU'À 20 MILLIARDS DE DOLLARS D'ACQUISITIONS
GDF SUEZ CIBLE JUSQU'À 20 MILLIARDS DE DOLLARS D'ACQUISITIONS

par Sophie Sassard et Anjuli Davies

LONDRES (Reuters) - GDF Suez étudie la possibilité de réaliser entre 10 et 20 milliards de dollars d'acquisitions hors d'Europe, ont déclaré à Reuters des sources bancaires et industrielles selon lesquelles le groupe a approché en vain le pétrolier canadien Talisman Energy.

Les conseils financiers de la société ont passé en revue un certain nombre de dossiers de taille conséquente, parmi lesquels celui de l'électricien américain AES, selon deux sources directement au fait du dossier, alors que son PDG, Gérard Mestrallet, aurait pour ambition de réaliser une opération structurante avant sa retraite, en 2016.

Le rachat de Talisman dans le cadre d'une offre de 17 milliards de dollars (12,5 milliards d'euros) aurait permis à GDF de changer de dimension dans l'amont en renforçant sa présence dans des régions en croissance en Amérique du Sud et en Asie.

Mais les deux parties ne sont pas parvenues à s'entendre et la dernière tentative de GDF, sous la forme d'une offre écrite pour un rachat partiel début décembre, a été rejetée par le conseil d'administration de Talisman. Les deux groupes ne se sont pas reparlé depuis, ont dit les sources.

"GDF a offert un prix peu élevé pour les meilleurs actifs de Talisman donc il y avait peu de chances que ça marche", a dit l'une des sources.

"C'est mort", a dit une seconde source directement au fait des discussions.

GDF Suez, Talisman Energy et AES n'ont pas souhaité faire de commentaire.

L'américain AES est, lui, toujours dans le viseur de GDF en raison de sa présence dans des pays, comme la Colombie, où le français n'est pas présent, ont dit les sources.

Son deuxième actionnaire avec 8% du capital, le chinois CIC , par ailleurs partenaire de GDF, pourrait faciliter le financement de l'opération ainsi que le soutien des autres propriétaires du groupe américain, ont expliqué des banquiers.

GDF Suez a déjà par le passé envisagé d'acquérir AES avant d'opter pour une opération avec son concurrent britannique International Power, en 2010.

UNE IDÉE FOLLE ?

"GDF Suez adorerait mettre la main sur AES Gener, la filiale d'AES en Amérique latine, mais elle n'a pas été mise en vente pour le moment", a dit un banquier du secteur. "GDF est cependant moins intéressé par les actifs régulés d'AES aux Etats-Unis".

Même avec le soutien de CIC, un rachat d'AES ou de Talisman pourrait nécessiter un effort financier considérable pour GDF, estiment certaines sources bancaires, alors que le groupe doit faire face à la pression des agences de notation pour réduire sa dette, proche de 30 milliards d'euros à fin septembre 2013.

"Ce serait de la folie aujourd'hui d'un point de vue financier", estime un banquier. "AES est une très bonne opération sur le papier et GDF Suez la réalisera très probablement au cours des cinq prochaines années, mais en temps de crise et avec leur endettement actuel, ce n'est simplement pas faisable."

D'autres sources estiment cependant que l'obstacle financier pourrait être surmonté, par exemple par le biais d'offres en actions ou de levées de dette en monnaies locales dans les pays d'implantation des actifs d'AES.

"Une opération à 15 milliards de dollars est tout à fait faisable pour GDF Suez. Les banques ont très faim car il y a eu très peu d'opérations dans le secteur cette année, elles seraient donc tout à fait disposées à soutenir un nom comme GDF Suez", selon un banquier proche du groupe français.

"Et elles savent qu'elles récupèreront leur argent. GDF est bon pour vendre des actifs".

L'AMÉRIQUE LATINE AUSSI DANS LE VISEUR

Outre Talisman et AES, GDF pourrait aussi convoiter des portefeuilles d'actifs en Amérique latine pour une valeur de cinq à 10 milliards de dollars.

Les actifs de Duke Energy en Amérique latine (pour une valeur de six milliards de dollars environ), de même que ceux de l'italien Enel dans la même zone géographique pourraient ainsi intéresser le groupe français.

Duke Energy et Enel n'ont pas souhaité faire de commentaire.

Certains banquiers estiment que GDF Suez pourrait lancer une augmentation de capital pour financer une opération d'envergure.

Mais une telle opération risquerait de diluer la participation d'environ 37% de l'Etat français et pourrait nécessiter une modification de la loi qui prévoit que l'Etat détient au minimum un tiers de GDF Suez, ce qui semble improbable avant les élections municipales de mars.

Une acquisition importante serait par ailleurs l'occasion pour GDF Suez de réduire un dividende qui pèse de plus en plus sur ses finances, estiment les banquiers.

Avec un retour aux actionnaires de 8,7% en moyenne contre une médiane à 4,9% pour son secteur selon les données Thomson Reuters, GDF Suez compte parmi les groupes du CAC 40 les plus généreux en la matière.

Benjamin Mallet, Gwénaëlle Barzic et Dominique Rodriguez pour le service français, édité par Marc Angrand

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