GB-Une vidéo de l'EI braque les projecteurs sur un groupe interdit

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    par Michael Holden 
    LONDRES, 6 janvier (Reuters) - L'hypothèse selon laquelle 
l'homme qui menace David Cameron dans une récente vidéo du 
groupe Etat islamique (EI) est Siddhartha Dhar, un Londonien 
parti en Syrie alors qu'il était en liberté sous caution, braque 
une nouvelle fois les projecteurs sur le groupe interdit Al 
Muhajiroun, considéré comme une matrice du djihadisme en 
Grande-Bretagne. 
    L'identification de Siddhartha Dhar, au visage masqué dans 
la vidéo diffusée ce week-end dans laquelle il profère des 
menaces contre la Grande-Bretagne et assassine un captif, n'a 
pas encore été confirmée par les services du renseignement 
britannique mais est présentée comme quasi certaine par les 
médias. (voir   
    Ce converti à l'islam, issu de la communauté hindoue, est 
considéré comme l'une des figures du djihadisme en 
Grande-Bretagne et a été pendant des années l'un des 
porte-parole d'Al Muhajiroun. 
    Le groupe désormais interdit avait été fondé à la fin des 
années 1990 par l'imam d'origine syrienne Omar Bakri, à une 
époque où la capitale britannique était réputée héberger le 
"Londonistan" en raison de la tolérance des autorités envers les 
idées extrémistes. 
    Al Muhajiroun s'était particulièrement fait connaître après 
les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, publiant des 
brochures présentant les membres des commandos d'Al Qaïda comme 
"Les 19 magnifiques". Le groupe se réunissait dans des centres 
communautaires de l'est de Londres, manifestait régulièrement 
devant le 10, Downing Street, qui abrite les bureaux du Premier 
ministre. 
    Interdit en 2010 en vertu des lois antiterroristes, il s'est 
réinventé sous d'autres noms, comme Islam4UK, Al Ghurabaa ou 
Muslims Against Crusades, qui ont tous été dissous par les 
autorités. 
    Omar Bakri a pour sa part été expulsé de Grande-Bretagne dès 
2005, à la suite des attentats suicide de Londres qui ont fait 
52 morts dans les transports publics. Il est aujourd'hui détenu 
au Liban. 
     
    INSTRUMENTALISER LA COLÈRE 
    Des spécialistes de la sécurité relèvent qu'Al Muhajiroun et 
ses avatars ont servi de matrice au djihadisme britannique. Abu 
Hamza al Masri, condamné l'an dernier à la prison à vie aux 
Etats-Unis, ou bien encore Michael Adebolajo, qui a assassiné un 
soldat britannique en 2013 dans une rue de Londres, ont été liés 
à ce groupe. 
    "Si on observe tous ceux qui sont passés à l'acte, ont tenté 
de faire exploser des bombes ou se sont engagés dans des 
activités terroristes, on s'aperçoit pour un nombre incroyable 
d'entre eux qu'ils ont été à un moment ou un autre de leur vie 
mêlés à ce groupe", dit à Reuters Raffaelo Pantucci, directeur 
des études sur la sécurité internationale au centre de 
recherches RUSI de Londres. 
    En tout, 23 des 51 islamistes impliqués dans des actes 
terroristes commis ou déjoués en Grande-Bretagne de la fin des 
années 1990 à 2013 ont été liés de près ou de loin à ce groupe, 
note le chercheur, auteur d'un essai sur les "moudjahidine des 
banlieues britanniques", "We Love Death As You Love Life" ("Nous 
aimons autant la mort que vous la vie", non traduit en France). 
    Nombre d'entre eux l'avaient cependant quitté au moment de 
passer à l'acte, en lui reprochant de privilégier les 
manifestations à la lutte armée, ajoute-t-il. 
    Pour Adam Deen, un ancien membre du groupe -- jusqu'en 2003 
-- qui travaille désormais pour un centre de recherche contre 
l'extrémisme, Al Muhajiroun savait exploiter la colère et le 
sentiment de marginalisation des jeunes musulmans pour les 
radicaliser. 
    "Ce qu'ils font, c'est qu'ils écoutent leur amertume, lui 
donnent un habillage religieux et ensuite l'instrumentalisent 
dans une visée islamiste ou wahhabite, si bien que ces jeunes 
pensent agir au nom de Dieu quand ils commettent un acte 
terroriste", explique-t-il, ajoutant que le groupe s'est 
lui-même radicalisé au fil des années. 
    Raffaelo Pantucci note aussi que l'influence d'Al Muhajiroun 
s'est étendue au-delà des frontières du pays, avec l'apparition 
de mouvements Shariah4Belgium, Shariah4Holland ou Shariah4Italy 
qui donnent une dimension européenne au djihadisme. 
 
 (Tangi Salaün pour le service français) 
 
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