GB-Theresa May tourne la page Cameron

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    par Elizabeth Piper, William James et Kylie MacLellan 
    BIRMINGHAM, Angleterre, 5 octobre (Reuters) - La Première 
ministre britannique Theresa May a conclu mercredi le congrès du 
Parti conservateur en marquant une rupture avec son prédécesseur 
David Cameron et en promettant une nouvelle politique plus 
favorable à la classe ouvrière qui s'est prononcée en faveur du 
Brexit lors du référendum du 23 juin. 
    Arrivée au pouvoir il y a trois mois, Theresa May a mis à 
profit ce rassemblement annuel pour asseoir son autorité sur le 
parti et pour tenter de donner des gages à ceux qui souhaitent 
rétablir la souveraineté de la Grande-Bretagne par un divorce 
d'avec l'Union européenne et un contrôle de l'immigration. 
    Ayant précisé son calendrier, avec un déclenchement de la 
procédure de l'article 50 du Traité européen avant la fin mars, 
Theresa May a paru pencher en faveur d'un "Brexit dur" (hard 
Brexit) qui placerait la question migratoire au-dessus des 
avantages commerciaux et de l'accès au marché unique européen. 
    Dans son discours de clôture, elle a également exhorté les 
délégués réunis à Birmingham à se défaire de cette mauvaise 
image d'un parti conservateur protégeant les riches et les 
puissants au détriment des catégories sociales défavorisées. 
    May entend attirer dans son camp ces électeurs populaires, 
partisans d'une sortie de l'UE déçus par les travaillistes et 
par leur position pro-européenne lors de la campagne. 
    "Si vous êtes un patron qui gagne une fortune mais ne se 
préoccupe pas de ses employés, une entreprise internationale qui 
considère le droit fiscal comme une option, un directeur qui 
ramasse d'énorme dividendes tout en sachant que l'entreprise est 
près de tomber en faillite, je vous préviens. Cela ne peut plus 
durer", a-t-elle lancé. 
    La chef du gouvernement faisait certainement allusion au 
magnat Philip Green, jugé responsable de la chute de la chaîne 
de magasins BHS cette année après avoir vendu son entreprise en 
2015 à un repreneur de mauvaise réputation. 
    Pour Theresa May, ce discours de fin de congrès marque une 
rupture claire avec l'époque David Cameron, souvent critiqué 
pour sa proximité avec les élites ayant fréquenté comme lui 
l'université huppée d'Eton. 
    "Nous avons un projet audacieux pour rassembler la 
Grande-Bretagne, pour construire une nouvelle Grande-Bretagne 
unie et ancrée au centre, un programme pour un nouveau 
conservatisme moderne qui comprend ce qu'un bon gouvernement 
peut faire, qui n'hésitera jamais à faire plier les puissants 
lorsqu'ils abusent de leur position de privilégiés, qui agira 
toujours dans l'intérêt des gens ordinaires de la classe 
ouvrière", a-t-elle dit. 
     
    PROFITER DE LA FAIBLESSE DU LABOUR 
    Ovationnée à plusieurs reprises lors de son discours, 
Theresa May a paru convaincre une partie de son auditoire, 
plusieurs délégués saluant son appel en faveur d'un changement 
de ligne politique. D'autres, plus sceptiques, se sont 
interrogés sur la capacité de l'ancienne ministre de l'Intérieur 
à respecter un tel programme. 
    "Le gros problème va être de traduire cela dans les faits. 
La proposition est brillante mais réaliser cette proposition va 
être vraiment difficile", a commenté Roy Hewlett, électeur 
conservateur de longue date. 
    Selon ses conseillers, Theresa May entend s'attaquer aux 
causes qui ont conduit des millions de Britanniques, vivant 
principalement dans le nord de l'Angleterre, à voter contre les 
élites et à choisir le Brexit lors du référendum de juin. 
    Les profondes divisions, qui agitent le Parti travailliste 
avec la réélection de son leader contesté Jeremy Corbyn, sont 
perçues comme une opportunité à saisir par les conservateurs 
pour lui ravir l'étendard de "parti des travailleurs". 
    "Ne laissons plus au Labour la conviction absurde qu'il a le 
monopole de la compassion. Montrons qu'il a perdu le droit de se 
proclamer le parti de la NHS (sécurité sociale), le parti des 
travailleurs, le parti des fonctionnaires", a-t-elle ajouté. 
    Depuis la nomination de Theresa May à la tête des Tories, 
les sondages créditent les conservateurs d'une avance moyenne de 
huit points sur les travaillistes. 
    Une enquête d'opinion réalisée le mois dernier montrait que 
seuls 16% des personnes interrogées pensaient que le Labour 
version Corbyn pouvait remporter les prochaines législatives. 
Elles étaient 65% à estimer que May pouvait conduire les 
conservateurs à la victoire. 
    "Si nous ne saisissons pas cette occasion pour apporter le 
changement que demandent les gens, le ressentiment va grandir. 
Les divisions vont se renforcer. Et ce sera un désastre pour la 
Grande-Bretagne", a-t-elle affirmé. 
     
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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