GB-Le principal syndicat menace de rompre avec le Labour

le , mis à jour à 17:13
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par Kylie MacLellan LONDRES, 18 mai (Reuters) - Le principal syndicat britannique menace de rompre ses liens avec le Parti travailliste, ce qui priverait la formation d'opposition de millions de livres de financements, s'il se rapproche trop du centre de l'échiquier politique britannique. Encore sous le choc de la cuisante défaite essuyée le 7 mai face aux conservateurs conduits par le Premier ministre britannique, le Parti travailliste se cherche un nouveau chef et s'interroge sur sa ligne politique après une campagne électorale jugée par certains observateurs comme trop à gauche. Mais Unite, qui compte 1,42 million de membres, a appelé le Labour à la plus grande prudence, son secrétaire général, Len McCluskey, parfois appelé "Len le rouge", exigeant des travaillistes qu'ils ne se trompent pas dans le choix de leur dirigeant. "Il est primordial que ce soit le bon dirigeant qui émerge et qu'il y ait un véritable débat sur la direction que nous allons prendre", a dit Len McCluskey dimanche à la BBC. "C'est le défi auquel le Parti travailliste doit faire face pour démontrer qu'il est la voix du peuple ouvrier. (...) S'ils ne le font pas, ils rajouteront de la désillusion dans le parti, alors nos membres seront de plus en plus enclins à revoir leur position." La menace brandie par Len McCluskey souligne l'influence qu'exercent traditionnellement les syndicats sur le Labour et alimente le débat au sein d'un parti qui s'interroge sur sa dépendance aux financements en provenance des syndicats. Son précédent chef de file, Ed Miliband, démissionnaire depuis son échec aux législatives, avait pris la tête du Labour grâce au soutien syndical, ce que n'a pas manqué de dénoncer David Cameron qui accuse les travaillistes de laisser les centrales syndicales dicter leur agenda. Spectaculaire, la défaite des travaillistes s'est avérée cuisante en Ecosse, tombée entre les mains du Scottish National Party. Le Labour y a perdu la totalité de ses 41 sièges, sauf un. Samedi, le dirigeant du Parti travailliste écossais, Jim Murphy, a démissionné après avoir été visé par les attaques de Len McCluskey qu'il a accusé de comportement destructeur. Len McCluskey a menacé de prêter allégeance au SNP s'il était en désaccord avec la future ligne politique des travaillistes. D'autres syndicats ont prévenu que le Labour serait confronté à d'importantes difficultés faute du financement syndical. "Si nous nous retirons, le Parti travailliste fera faillite", a déclaré lundi Paul Kenny, secrétaire général du syndicat GMB, à la BBC. "Si vous retirez le financement des syndicats affiliés, je ne vois pas comment le Labour sera en mesure de concourir à une élection nationale." SOURCES DE FINANCEMENT Au Labour, beaucoup estiment que l'heure du recentrage est venue après la parenthèse Miliband et qu'il faut s'inspirer de la trajectoire de Tony Blair, vainqueur de trois élections législatives successives. Pour Steven Fielding, directeur d'un centre d'études politique à l'Université de Nottingham University, le Parti travailliste pourrait attirer de nouvelles sources de financement s'il se montrait plus favorable au monde de l'entreprise. "Le Parti travailliste a plus que jamais besoin de l'argent des syndicats, mais c'est entre autres parce que depuis 2010, le monde des affaires lui a tourné le dos, et que les autres sources de financement se sont asséchées." "Comment résoudre cette équation ? Il faut cesser d'être perçu comme l'adversaire du monde des affaires." La défaite a provoqué chez les travaillistes une profonde crise existentielle qui devra être résolue lorsqu'ils se choisiront un nouveau chef. Andy Burnham, présenté comme le favori, est celui qui a les plus grandes chances d'obtenir le soutien des syndicats, mais il devra affronter d'autres adversaires, dont Yvette Cooper, porte-parole des travaillistes à l'Intérieur, Liz Kendall, spécialiste de la santé, et Mary Creagh, porte-parole pour le développement international. Depuis la victoire d'Ed Miliband en 2010, contre son frère David, plus centriste, le Labour a revu les règles de désignation de son dirigeant de manière à atténuer l'influence des syndicats dans le processus. Harriet Harman, dirigeante par intérim, a minimisé le risque d'une rupture avec les syndicats, disant qu'elle ne souhaitait pas les voir soutenir une autre formation politique et qu'elle ne pensait pas que les liens seraient rompus. (Nicolas Delame pour le service français)

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