GB-Le Parti travailliste pris dans une guerre de succession

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    par Kylie MacLellan et William James 
    LONDRES, 1er août (Reuters) - Moins d'un an après avoir 
porté à sa tête Jeremy Corbyn sur la promesse d'une "politique 
plus généreuse", le Parti travailliste britannique est au bord 
d'une guerre fratricide de nature à menacer son statut de 
formation politique majeure pour la première fois en 116 années 
d'existence. 
    Le référendum du 23 juin, qui a entériné la décision d'un 
Brexit, a ouvert une crise d'une ampleur inédite au sein du 
Labour, créant un fossé grandissant entre les militants et les 
élus du parti. 
    Plusieurs centaines de milliers d'adhérents du Parti 
travailliste soutiennent ouvertement leur chef de file, Jeremy 
Corbyn, tandis que la majeure partie des parlementaires lui 
reprochent de ne pas avoir suffisamment défendu le "Remain" 
(maintien) et de ne pas avoir l'étoffe d'un chef. 
    Après un vote de défiance des députés travaillistes, Corbyn 
doit désormais défendre son poste face à son rival déclaré, Owen 
Smith, qui entend prendre la tête du Labour. 
    Le président en place devrait probablement être confirmé 
dans ses fonctions lors de l'annonce du résultat prévu le 24 
septembre mais cette élection risque de provoquer une fracture 
profonde au sein du parti. 
    L'ambiance est si délétère que la plupart des réunions 
électorales locales ont été annulées et des élus travaillistes 
ont affirmé avoir reçu des menaces de viol ou ont vu leur 
voiture vandalisée. 
    L'assassinat en juin de la députée travailliste Jo Cox alors 
qu'elle se rendait à sa permanence de sa circonscription a 
encore accentué l'atmosphère de paranoïa. 
    "J'ai renforcé la sécurité dans ma maison et à mon bureau. 
Il y aura une pièce de sécurité dans mon bureau. Je porte en 
permanence un truc avec un bouton afin que la police puisse me 
retrouver", a expliqué la députée Jess Phillips. 
    "Quelqu'un a mis mon visage sur (la photo) d'une personne 
avec une flèche dans le coeur, une lance dans le côté. Il y a 
des gens qui veulent me voir morte pour protéger Corbyn", 
a-t-elle ajouté. 
    Angela Eagle, qui avait la première envisagé de contester la 
présidence de Corbyn avant de s'effacer devant la candidature 
d'Owen Smith, a renoncé à toutes rencontres publiques avec ses 
administrés suivant les conseils de la police. 
    Une brique a été lancée contre une des fenêtres de son 
bureau à Wallasey, dans le nord-ouest de l'Angleterre, et la 
police a interpellé un homme de 44 ans soupçonné d'avoir proféré 
des menaces de mort dans un courriel reçue par l'élue. 
     
    BLESSURES PROFONDES 
    Eagle, qui est homosexuelle, a également été la cible 
d'injures homophobes tandis que d'autres ont été visés par des 
remarques antisémites. Des partisans de Corbyn, appartenant au 
mouvement Momentum, ont eu recours à des intimidations de 
responsables et d'adhérents. 
    Jeremy Corbyn, que ses adversaires décrivent comme un homme 
"bien", a condamné ces abus et a appelé ses partisans à faire 
preuve de calme, de respect et de dignité. 
    Plusieurs parlementaires travaillistes estiment toutefois 
que leur chef de file ne fait pas ce qu'il faut pour ramener la 
sérénité nécessaire au sein du parti. 
    "Jeremy, tout cela est commis en ton nom", écrivent 44 
députées dans une lettre adressée à Corbyn. "La culture de la 
haine et de la division qui est menée ne profite à personne", 
ajoutent-elles. 
    Paula Sherriff, élue à l'origine de la lettre, a expliqué à 
Reuters que les abus ont augmenté de manière significative 
depuis que la contestation a été lancée. 
    L'homme d'affaires Assem Allam, un important donateur du 
parti, aurait proposé aux frondeurs de les financer pour qu'ils 
fassent sécession et qu'ils fondent un nouveau mouvement 
politique. 
    Pour l'instant, les parlementaires travaillistes affirment 
chercher à sauver le Labour plutôt qu'à provoquer son explosion, 
tout en reconnaissant que l'entreprise s'annonce difficile. 
    "Il faut panser des blessures profondes. A moins que quelque 
chose soit fait, que quelque chose se produise directement, je 
ne vois pas comment je vais pouvoir rester", a commenté Paula 
Sherriff. "Je ne dis pas que l'on ne pourra pas sortir de ça, 
j'espère désespérément qu'il n'y aura pas de rupture. (...) Ce 
sera vraiment dur", résume-t-elle. 
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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