GB-Le "In" et le "Out" jouent leurs dernières cartes

le , mis à jour à 16:40
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 (actualisé avec déclarations de Johnson et Farage) 
    par Guy Faulconbridge et Michael Holden 
    LONDRES, 22 juin (Reuters) - A moins de 24 heures du 
référendum sur l'avenir européen du Royaume-Uni, les deux camps 
ont jeté mercredi leurs dernières forces dans la bataille pour 
tenter de faire basculer les indécis qui détiennent une des 
clefs du scrutin. 
    L'issue de cette consultation, sur fond de montée de 
l'euroscepticisme à l'échelle continentale, déterminera aussi 
l'avenir de la construction européenne. Et une victoire du 
Brexit serait de nature à déclencher une tempête sur les marchés 
financiers, déjà très nerveux. 
    "C'est très serré, nul ne sait ce qui va se passer", déclare 
David Cameron mercredi dans le Financial Times. Le Premier 
ministre britannique, qui a pris le risque de ce référendum face 
à la rébellion d'une partie de son camp conservateur et à la 
montée du parti anti-immigration UKIP, conduit le camp du "In". 
Son avenir politique est aussi en jeu. 
    Mardi, dans une allocution solennelle prononcée devant le 10 
Downing Street, il a appelé les électeurs à la responsabilité, 
les prévenant qu'une sortie de l'UE serait "irréversible". 
    "Brits don't quit!", a-t-il dit, citant Churchill. "Dans 
l'isoloir, vous serez seul. Vous serez seul avec vous-même, pour 
prendre une décision qui affectera votre avenir, l'avenir de vos 
enfants et de vos petits-enfants." 
    En déplacement mercredi à Bristol, dans le centre de 
l'Angleterre, Cameron a sonné le rappel des partisans du "In": 
"Il nous reste une journée pour marteler ce message: plus fort, 
plus sûr, meilleur. Donnez tout ce que vous avez en ces 
dernières heures pour que les gens aillent voter demain." 
     
    "PROJECT FEAR" CONTRE "PROJECT HATE" 
    Nigel Farage, chef de file de l'Ukip, formation 
eurosceptique, a joué la carte du nationalisme pour s'adresser à 
ses partisans. "Ils (L'UE) ont un hymne, ils bâtissent une 
armée, ils ont déjà leur propre force de police et, bien sûr, 
ils ont leur propre drapeau", a-t-il dit. 
    "Et en fin de compte, demain, quand les gens voteront, ils 
devront décider quel est leur drapeau. Je veux vivre avec un 
passeport britannique et sous le drapeau britannique." 
    Chef de file du camp du "Out", Boris Johnson, qui a sillonné 
toute la journée de mercredi le pays en hélicoptère pour un 
ultime appel à la mobilisation, a déclaré pour sa part que ce 
jeudi 23 juin pourrait être "le jour de l'indépendance de notre 
pays". 
    "C'est notre dernière chance d'en finir et de reprendre le 
contrôle (...) Si nous ne votons pas demain pour quitter (l'UE) 
nous serons enfermés dans la voiture, conduits dans une 
direction inconnue vers un lieu où ne voulons pas aller par un 
chauffeur qui ne parle pas le meilleur anglais", a-t-il averti. 
    Son contradicteur, le maire travailliste de Londres Sadiq 
Khan, l'a accusé d'avoir orchestré un "Project Hate", une 
campagne de haine fondée sur l'exploitation des peurs liées à 
l'immigration et véritable pendant du "Project Fear" dénoncé par 
les partisans du Brexit pour évoquer la campagne des partisans 
d'un "Bremain" axée sur les répercussions économiques d'un 
divorce avec l'Europe. 
    Le vote de jeudi se déroulera une semaine jour pour jour 
après le meurtre de la députée travailliste Jo Cox, tuée par 
balles et à l'arme blanche alors qu'elle s'apprêtait à tenir sa 
permanence électorale dans sa circonscription de Birstall, près 
de Leeds. 
    Le meurtre de la députée travailliste qui militait pour le 
maintien a sidéré le Royaume-Uni et entraîné la suspension de la 
campagne jusqu'à dimanche.  
    Depuis sa mort, certains instituts de sondage font état d'un 
progression du "In", mais les intentions de vote restent 
extrêmement serrées et l'écart entre les deux camps est souvent 
proche de la marge d'erreur. 
    Dans une lettre ouverte publiée mercredi par le Times, les 
dirigeants de 51 entreprises cotées au Footsie et 1.285 chefs 
d'entreprise employant 1.75 million de personnes écrivent qu'un 
divorce aurait pour conséquence "davantage d'incertitude pour 
nos entreprises, moins de commerce avec l'Europe et moins 
d'emplois". "Le maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE 
signifierait le contraire: plus de certitude, plus de commerce 
et plus d'emplois", ajoutent-ils. 
     
    LONGUE NUIT     
    La crainte du "Brexit" se manifeste notamment dans les 
bureaux de poste où de nombreux Britanniques viennent changer 
des livres en euros ou en dollars. Depuis le week-end, les 
ventes de devises de la Poste ont bondi de 74% par rapport à la 
même période de 2015. Sur la seule journée de mardi, elles ont 
augmenté de 49% en agence et de 381% en ligne, indique la Royal 
Mail.   
    Jeudi, les bureaux de vote ouvriront à 06h00 GMT et 
fermeront à 21h00 GMT. L'institut de sondage YouGov a prévu de 
livrer immédiatement une première estimation qui sera diffusée 
sur SkyNews, espérant rééditer son succès de 2014 lorsqu'il 
avait prédit le rejet par les Ecossais du projet 
d'indépendance.  
    Les grands diffuseurs n'ont en revanche pas prévu de 
réaliser leur propre sondage sortie des urnes, la marge d'erreur 
étant à leurs yeux trop importante devant un résultat qu'on 
annonce serré. 
    Des premiers résultats partiels et les chiffres de la 
participation seront connus dans la nuit à partir de 01h00 GMT. 
Le résultat officiel sera proclamé vendredi après 06h00 GMT. 
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur le référendum:   
    ENCADRE Les points à surveiller après la clôture du scrutin: 
  
 
 (Eric Faye, Henri-Pierre André et Nicolas Delame pour le 
service français) 
 
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