GB-Cameron sur un siège éjectable en cas de victoire du "oui"

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par Kylie MacLellan LONDRES, 15 septembre (Reuters) - Si les Ecossais prennent la voie de l'indépendance jeudi, le Premier ministre britannique David Cameron risque de se retrouver sur un siège éjectable à moins de huit mois des élections législatives, déclarent certains députés de son propre parti conservateur. Les membres du "1922 Committee", commission d'élus conservateurs qui passe pour être un baromètre de l'état d'humeur du parti, se consultent pour savoir si David Cameron conservera leur confiance en cas de vote en faveur de l'indépendance écossaise. "Il portera la responsabilité d'une victoire du 'oui'", dit un député à Reuters, sous le couvert de l'anonymat. Selon lui, plusieurs députés conservateurs devraient appeler publiquement le chef du gouvernement à démissionner dans ce cas de figure. Le soutien des parlementaires conservateurs au Premier ministre sera plus entamé encore si le parti europhobe UKIP fait son entrée aux Communes en octobre à la faveur d'une élection législative partielle organisée après la défection vers cette formation d'un des leurs. Les conservateurs sont connus pour avoir à plusieurs reprises, par le passé, congédié leurs dirigeants lorsque les députés du parti craignaient pour leur réélection. Nombre d'entre eux craignent aujourd'hui que leur électorat ne soit séduit par l'UKIP, notamment après les élections européennes de mai dernier, lors desquelles cette formation est arrivée en tête. C'est David Cameron qui a donné son aval au référendum écossais et qui s'est opposé à ce qu'un troisième choix soit proposé sur les bulletins de vote - en faveur d'une plus grande décentralisation. Prié début septembre de dire s'il pourrait démissionner, le Premier ministre a écarté catégoriquement cette hypothèse. Plusieurs ténors du gouvernement, dont le chancelier de l'Echiquier George Osborne, lui ont fait écho. Passer à la postérité comme l'homme qui a présidé à la dislocation du Royaume-Uni pourrait cependant s'avérer fatal à celui qui dirige une formation dont le nom officiel est "Parti conservateur et unioniste". Le parti a adopté ce nom en 1912 pour souligner alors sa détermination à maintenir l'union face à la montée du nationalisme irlandais. Pour l'ancien Premier ministre conservateur John Major, qui a dû son ascension à une fronde contre le Premier ministre Margaret Thatcher en 1990, la Grande-Bretagne sortira considérablement amoindrie d'une sécession de l'Ecosse. PLUSIEURS PRÉTENDANTS AU TRÔNE "Notre rôle au sein de l'Otan sera amoindri, et par conséquent nos relations avec les Etats-Unis en pâtiront. Le Royaume-Uni sera affaibli dans chaque instance internationale dont il est membre, et sa position le sera à coup sûr aussi au sein de l'Union européenne lors des négociations à venir", a-t-il dit à la BBC-radio, sans se prononcer sur l'avenir politique de David Cameron. Il faudrait que se mobilisent au moins 46 des 304 députés conservateurs de la Chambre des Communes pour que David Cameron soit contraint à un vote de confiance. Certains adversaires du Premier ministre, opposés à ses positions sur l'Europe, le mariage homosexuel et la Syrie, pourraient profiter du référendum écossais pour l'écarter du pouvoir, déclarent à Reuters plusieurs députés conservateurs. "Je ne suis pas sûr que cela serait particulièrement utile, et pas certain non plus que cela aboutirait", dit à propos de ces manoeuvres un autre élu des Tories. "C'est très déstabilisant", ajoute-t-il. Une majorité d'élus conservateurs interrogés par Reuters ont déclaré penser que David Cameron devrait rester en fonctions quel que soit le résultat en Ecosse. Position qu'on ne partage semble-t-il pas à l'UKIP. Pour David Coburn, élu européen UKIP qui représente l'Ecosse à Strasbourg, "Cameron serait cuit" en cas de "oui" au référendum. "Il y aurait une nuit des longs couteaux". Si Cameron était abandonné par les siens, certains s'attendent à ce que son parti se cherche un chef plus "eurosceptique". Le secrétaire au Foreign Office, Philip Hammond, pourrait être l'homme de la situation, à moins que ce soit la ministre de l'Intérieur Theresa May ou encore le maire de Londres, Boris Johnson, même si celui-ci devrait d'abord remporter un siège de député. Un "oui" écossais à l'indépendance ne serait pas non plus une bonne affaire pour le Labour, car cette partie du Royaume-Uni est l'un de ses bastions. Peter Kellner, président de l'institut de sondages YouGov, souligne le danger à long terme qui guetterait l'opposition travailliste. "Si on exclut l'Ecosse, les espoirs d'Ed Miliband (chef du Parti travailliste) s'envoleront", estime-t-il. "Le scrutin (écossais) ne changera pas seulement l'Ecosse. Il pourrait aussi modifier en profondeur ce qui se passe à Westminster", poursuit le sondeur. (Eric Faye pour le service français)

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