GB-Boris Johnson, roi de la bourde, à la tête de la diplomatie

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    * Son entrée au gouvernement May est une surprise 
    * L'ex-maire de Londres est célèbre pour ses bévues 
    * Il a été un temps donné favori pour le poste de PM 
 
    par Estelle Shirbon 
    LONDRES, 13 juillet (Reuters) - L'ancien maire de Londres 
Boris Johnson, adepte de la bourde et de la provocation, a été 
nommé mercredi à la surprise générale à la tête de la diplomatie 
du Royaume-Uni par sa nouvelle Première ministre Theresa May.  
    L'eurosceptique haut en couleurs et très peu diplomate Boris 
Johnson n'a jamais occupé de poste ministériel, mais le nouveau 
secrétaire au Foreign Office a pris la tête de ceux qui 
prônaient une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne pour 
le référendum du 23 juin dernier et s'est retrouvé dans le camp 
des vainqueurs quand le Brexit a été choisi par les Britanniques 
    Sa nomination risque d'être accueillie avec perplexité, 
voire consternation dans les chancelleries européennes. N'a-t-il 
pas, lors de la campagne référendaire, comparé les buts de l'UE 
avec les visées d'Adolf Hitler et de Napoléon ? 
    L'homme à la tignasse platine ébouriffée s'est aussi vu 
taxer de racisme durant la campagne pour avoir suggéré dans un 
article de presse que le président américain Barack Obama, qu'il 
avait décrit comme "en partie Kényan", avait un préjugé contre 
le Royaume-Uni en raison "d'une aversion ancestrale de l'empire 
britannique." 
    Dès l'annonce de la nomination de Boris Johnson au Foreign 
Office, le département d'Etat américain a fait savoir qu'il 
était impatient de travailler avec lui. 
    Mais ses commentaires sur Barack Obama pourraient lui valoir 
quelques moments de gêne à Washington. D'autant qu'il n'a pas 
été en reste sur Hillary Clinton qu'il a comparée à "une 
infirmière sadique dans un asile d'aliénés". Tout récemment, il 
a dit avoir peur de se rendre à New York en raison du "risque 
réel de rencontrer Donald Trump". 
    Ses nouvelles fonctions ne semblent pas paralyser Boris 
Johnson. Interrogé par la chaîne de télévision Sky News pour 
savoir s'il comptait présenter ses excuses à Barack Obama, 
l'ex-maire de Londres a choisi de plutôt répondre à 
l'intervention remarquée qu'avait faite le président américain 
en faveur d'un maintien du Royaume-Uni dans l'UE pendant la 
campagne référendaire. 
     
    EXCENTRIQUE 
    Barack Obama avait dit fin avril que le Royaume-Uni pourrait 
se retrouver "en queue du peloton" en matière d'accords 
commerciaux s'il décidait de quitter l'UE.   Les 
Etats-Unis, a dit Boris Johnson mercredi sur Sky, seront un 
partenaire "en tête du peloton". 
    Cette accession de l'ancien journaliste à l'un des quatre 
grands ministères du gouvernement est le dernier coup de théâtre 
d'une carrière pleine de rebondissements de celui que l'on 
appelle sans façon "Boris".  
    Agé de 52 ans, Boris Johnson s'est fait un nom quand il 
était journaliste en poste à Bruxelles prompt à critiquer l'UE. 
Il est ensuite entré en politique au Parti conservateur tout en 
se faisant connaître du grand public grâce à une série 
d'apparitions dans une émission comique à la télévision. 
    Jouant de son style excentrique et de son esprit rapide pour 
charmer ses interlocuteurs, il a réussi à survivre à des 
situations délicates, comme quand il a été limogé de l'équipe 
dirigeante du Parti conservateur quand celui-ci était dans 
l'opposition pour avoir menti au sujet d'une relation 
extra-conjugale. 
    Mais quand d'autres se seraient effondrés, Boris Johnson est 
devenu de plus en plus populaire, à tel point qu'il a été élu 
par deux fois maire de Londres, en 2008 et 2012, dans une ville 
qui vote habituellement plutôt travailliste. 
     
    PARI AUDACIEUX 
    La décision de l'ex-maire de Londres de faire campagne pour 
le Brexit et de défier ainsi le Premier ministre David Cameron 
qui prônait un "remain", a été interprétée comme un pari 
audacieux pour remplacer le Premier ministre en cas de victoire 
du camp du Brexit au référendum. 
    Et quand les électeurs ont finalement voté dans ce sens, 
Boris Johnson a été présenté comme le favori pour prendre la 
tête du gouvernement. Mais son triomphe a été de courte durée 
quand son allié très proche, le ministre de la Justice sortant 
Michael Gove, lui a lancé la flèche du Parthe en se 
désolidarisant brutalement de lui pour annoncer sa propre 
candidature.   
    Pour expliquer sa trahison, Michael Gove a dit que "Boris 
n'est pas à même de fournir le leadership ou de constituer 
l'équipe pour la tâche à venir". C'est ainsi que la marche de 
l'ex-maire de Londres vers le 10 Downing Street a été stoppée 
net avant même d'avoir commencé. 
    Ridiculisé pour avoir joué un rôle déterminant dans la 
sortie du Royaume-Uni de l'UE pour ensuite renoncer à l'énorme 
tâche de mettre effectivement en oeuvre ce processus, ses 
perspectives apparaissaient minces. Et sa nomination mercredi a 
été un coup de théâtre. 
    Dans ses précédentes fonctions de ministre de l'Intérieur, 
Theresa May avait humilié Boris Johnson en refusant d'autoriser 
l'utilisation en Angleterre de trois canons à eau d'occasion que 
le maire de Londres s'était procuré en Allemagne. 
    Dans le discours de lancement de sa propre campagne pour 
prendre la tête du Parti conservateur et donc devenir Première 
ministre, Theresa May s'était moquée de lui en comparant sa 
propre expérience des négociations avec ses homologues européens 
avec la sienne. 
    "La dernière fois qu'il a fait affaire avec les Allemands, 
il est revenu avec trois canons à eau presque neufs", a-t-elle 
dit sous les rires. 
    Le rôle de Boris Johnson dans les négociations sur les 
modalités du Brexit devrait être limité, Theresa May ayant nommé 
un "Monsieur Brexit" pour ce faire, en la personne de David 
Davis. 
    Mais le nouveau ministre des Affaires étrangères aura 
toutefois à gérer d'autres dossiers tout aussi complexes, 
notamment ceux des conflits syrien et ukrainien. 
    "A ce moment extrêmement important, il est extraordinaire 
que la nouvelle Première ministre ait choisi quelqu'un dont la 
carrière s'est construite en faisant des blagues", a déclaré Tim 
Farron, chef de file de l'opposition libérale démocrate. 
    Malgré de récents efforts pour donner de lui une image plus 
sérieuse, Boris Johnson risque très vite de se retrouver 
confronté à l'effet retour de ses blagues douteuses anciennes et 
récentes, que ce soit à propos de la Turquie, ou des Etats-Unis. 
 
 (Avec Michael Holden, Kate Holton, Kylie MacLellan et William 
James; Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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