Gaspillage alimentaire: ces habitudes qui font encore débat

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FOCUS - Chaque année, les Français jettent 140 kilos par habitant de nourriture sur l'ensemble de la chaîne alimentaire. À l'occasion de la journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire, ce vendredi, Le Figaro fait le point sur les solutions engagées par les acteurs concernés pour limiter ce gâchis.

400 euros par an pour une famille du quatre personnes: c'est le coût moyen du gaspillage alimentaire en France. Chacun de nous jette chaque année de 20 à 30 kilos de nourriture, ou 140 kilos par habitant pour l'ensemble de la chaîne alimentaire. Ce qui représente au total entre 12 et 20 milliards d'euros gaspillés! Dans le monde, jusqu'à 50% de la production alimentaire est perdue ou jetée entre le champ et l'assiette, selon la FAO. Producteurs, industriels, distributeurs, restaurateurs et ménages, chaque acteur a des habitudes qui contribuent à ce gâchis. À l'occasion de la journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire, ce vendredi, Le Figaro fait le point sur les comportements qui font débat et sur les initiatives engagées pour y remédier.

• Les invendus alimentaires des supermarchés qui finissent à la poubelle

Le problème: Fruits, légumes, yaourts, produits préemballés, épicerie ... Les produits invendus mais encore comestibles finissent encore en quantité dans les poubelles des supermarchés en 2015. Cet été, pourtant, un article de la loi sur la transition énergétique, adopté à l'unanimité par les députés, a bien failli instaurer une obligation pour les grandes surfaces à donner leurs invendus à des associations caritatives.

Cette disposition a été rejetée par le Conseil constitutionnel. La ministre de l'Écologie Ségolène Royal a convoqué fin août la grande distribution pour trouver pour les faire s'engager par contrat à respecter les mesures initialement prévues dans la loi.

De son côté, la distribution rappelle que bon nombre d'hypermarchés ont déjà depuis plusieurs années des accords avec des associations, à qui sont distribués l'équivalent de 120 millions de repas par an (soit 30% des dons alimentaires en France).

Des solutions: Pointée du doigt, alors qu'elle ne représenterait qu'entre 5 à 10% du gaspillage alimentaire, loin derrière la restauration (15%) ou les ménages (70%), selon différentes estimations, la distribution est passée à l'offensive sur le sujet et communique davantage sur ses différentes initiatives antigaspi. Intermarché vient ainsi de présenter une gamme de biscuits «moches», prolongeant le succès de ses fruits et légumes biscornus vendus 30% moins chers au printemps dernier. D'autres distributeurs, dont Carrefour ou Casino, ont adopté les produits du collectif «Gueules cassées», dont les céréales et autres camemberts vont s'exporter aux Etats-Unis et en Allemagne d'ici à la fin de l'année. Carrefour a par ailleurs allongé la durée de vie de plus de 300 références de sa marque de distributeur depuis le début de l'année. Les enseignes du groupe Casino profitent de cette journée du 16 octobre pour publier un guide pratique de conseils et d'astuces pour faire la chasse au gaspillage, qui sera remis aux clients en magasin. Monoprix, enfin, s'associe à la Mairie de Paris et installe durant la journée nationale un «Cook Truck» sur le parvis de l'Hôtel de Ville , à bord duquel les Parisiens sont invités à cuisiner des fruits et légumes considérés comme mal calibrés pour être mis en rayon. L'enseigne se fend aussi régulièrement de conseils aux consommateurs sur Twitter, en l'informant par exemple qu'il peut «conserver le beurre 3 mois au congélateur».

• Les restes des assiettes qui sont jetés à tour de bras dans les restaurants

Le problème: Selon la Commission européenne, 14% des déchets alimentaires produits chaque année seraient générés par les restaurants (1 million de tonnes de nourriture), notamment à cause de l'absence de choix pour la taille des portions, des difficultés à anticiper la demande ou encore à cause de la faible possibilité pour les clients d'emporter leurs restes. La restauration collective est souvent critiquée sur ce point, surtout les cantines scolaires où 100 kilos de nourriture seraient gaspillés en moyenne dans les cantines de 500 élèves demi-pensionnaires.

Des solutions: Le syndicat Umih vient de publier un guide des bonnes pratiques pour les professionnels de la restauration, élaboré avec l'aide de 400 chefs. Il recommande notamment aux établissements de privilégier les réservations pour mieux anticiper leurs flux de clientèle, d'offrir une carte restreinte, de transformer les produits restants ou encore d'accorder plus souplement aux clients des modifications des plats. Après l'Umih au printemps dernier, le Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs (Synhorcat) vient de signer un partenariat avec la société TakeAway, pour généraliser l'utilisation de «doggy bags» auprès des consommateurs français. Concernant les cantines scolaires, les collectivités se sont lancées dans la chasse au gaspillage, détaille La Gazette des communes: mesures d'optimisation des réservations pour ajuster les quantités commandées, choix entre deux tailles de portions pour les entrées ou les fromages afin de répondre mieux à l'appétit des enfants, travail sur la disposition des plats pour encourager les enfants à se servir - par exemple en pain - selon leur faim, redistribution des invendus dans le cadre de l'aide alimentaire...

• Les aliments qui sont produits pour être finalement perdus ou jetés

Le problème: Avec les progrès techniques, l'agriculture est théoriquement capable de produire assez de denrées alimentaires et végétales pour nourrir la planète. Néanmoins, en France comme ailleurs, «des aléas et facteurs divers impactent la production et sont causes de gaspillage alimentaire», peut-on lire dans le rapport de Guillaume Garot, ancien ministre et député, remis au gouvernement en avril dernier. Aléas climatiques entraînant une suproduction, aléas contractuels ou concurrentiels générateurs d'invendus, productions non récoltées lorsque jugées non rentables, aléas sanitaires causant des pertes... «Il est inacceptable qu'un tiers de la nourriture que nous produisons au total soit gaspillé ou perdu à cause de pratiques inadéquates lorsque 870 millions d'êtres humains sont affamés chaque jour.» D'après la FAO, par exemple, «les agriculteurs jettent entre 20 et 40 % de leurs produits frais car ils ne correspondent pas aux critères esthétiques des commerçants».

Des solutions: La FNSEA, avec d'autres acteurs de l'agroalimentaire, a publié un guide pour encourager les exploitations agricoles à faire des dons. «Les associations caritatives pourront s'approvisionner en produits consommables mais non vendus car non commercialisables (par exemple, écarts de tri) ou organiser le glanage de produits non récoltés, en raison de coût de collecte supérieurs au prix de vente», préconise la publication. Le rapport Garot encourage justement une défiscalisation élargie sur les dons pour les systématiser et pour inclure les produits qui doivent être conditionnés ou transformés (découpés, par exemple) afin d'être écoulés. Il préconise, par ailleurs, une valorisation des écarts de production en alimentation animale.

• Les produits qui sont conditionnés en portions pour «familles nombreuses»

Le problème: Selon l'Ania, la fédération du secteur, les industriels de l'alimentaire (hors amont de la production agricole) représente environ 2% des déchets alimentaires produits en France. Le conditionnement des produits est une étape clé dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Les portions emballées sont souvent inadaptées aux besoins des consommateurs. Ou alors les informations sur l'utilisation du produit, les dates de péremption ou les conseils de stockage ne les aident pas à optimiser leur consommation. Le gaspillage se produit aussi entre les entreprises agroalimentaires et la grande distribution, lorsque, par exemple, une erreur d'étiquetage lors de la fabrication d'un produit sous marque distributeur empêche ce produit d'arriver dans les rayons du distributeur, même s'il est consommable. Certains produits non commercialisés sont donc détruits.

Des solutions: «Dans les pays développés en particulier, il faut encadrer la vente au détail dans un esprit plus soucieux de l'environnement», recommande la FAO «- par exemple, abandonner la pratique d'exposer en rayon de gros volumes de nourriture (sous prétexte que cela contribue à accroître les ventes)». Le rapport Garot suggère ainsi de développer le conditionnement individuel, «un coût acceptable et sans augmentation du volume global des déchets», ou refermable. Les produits destinés à la restauration collective, en outre, devraient être conditionnés de manière «adaptée à l'âge des convives». En clair, «le conditionnement des yaourts classiques (125 grammes) n'est pas adapté à l'appétit d'un élève de maternelle».

• À la maison, les produits jetés à cause de dates de péremption mal comprises

Le problème: Sur les 20 kilos de déchets alimentaires jetés par chaque Français par an, 7 kilos sont des produits encore emballés. Selon Guillaume Garot, «les dates figurant sur les produits alimentaires sont mal comprises des consommateurs». Certains produits finissent donc à la poubelle alors qu'ils sont encore consommables. Deux dates - la date limite de consommation (DLC) et la date de durabilité minimale (DDM) - figurant sur les produits alimentaires créent souvent la confusion. Reste que les aliments les plus gaspillés ne comportent parfois pas de dates limites (fruits et légumes, plats préparés achetés chez le traiteur charcutier, produits de boulangerie), selon l'Agence nationale de sécurité de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). D'autres habitudes du consommateur expliquent ce gaspillage à la maison, par exemple dans la planification des achats, la gestion des stocks ou la préparation des aliments.

Des solutions: Associations de consommateurs, ministères, grandes institutions, agences publiques, chacun y va de ses conseils pour aider les ménages à «changer leurs habitudes de consommation». C'est le cas, par exemple, de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), qui a conçu une fiche pratique pour aider les Français à éviter de jeter la nourriture: de l'étape des courses à celle de l'utilisation des restes, en passant par la conservation des aliments et le rangement du réfrigérateur.

Sinon, les startups non plus ne manquent pas d'idées pour réduire le gaspillage alimentaire. Elles n'ont pas attendu les débats politiques pour se lancer dans ce véritable marché. À l'instar de Zéro-Gâchis ou JustoClic qui permettent aux consommateurs de trouver des produits à date courte ou des surplus à prix cassés. D'autres idées sont plus insolites. L'appli «LeftoverSwap» permet à ses utilisateurs de donner leurs restes, par exemple de pizza à la suite d'une sortie au restaurant, voire de les échanger contre les restes de parfaits inconnus ...

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  • faites_c le vendredi 16 oct 2015 à 12:09

    "Chaque année, les Français jettent 140 kilos par habitant de nourriture sur l'ensemble de la chaîne alimentaire." 1ere ligne je jetterai 140 kg mais à la 5ème ligne les 140 kg ne sont plus que 30 kg! Cela s'appelle embrouiller le lecteur pour essayer de le culpabiliser mais à la fin du compte un lecteur intelligent comprend que tout ce qui est écrit est du pipeau de chez pipeau!