Galop d'essai pour les candidats à la présidence de l'UMP

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - A trois jours du dépôt des parrainages pour l'élection à la présidence de l'UMP, le principal parti de droite français organisait samedi en Haute-Savoie une confrontation entre les candidats mais deux des principaux prétendants, Jean-François Copé et Xavier Bertrand, étaient absents.

Si le secrétaire général adjoint de l'UMP fait d'ores et déjà figure de finaliste avec l'ex-Premier ministre François Fillon, l'ancien ministre du Travail doit annoncer dimanche s'il va jusqu'au bout ou se rallie.

Selon un sondage Ifop réalisé auprès de 428 sympathisants UMP du 11 au 14 septembre pour le site internet Atlantico, François Fillon est à ce jour largement favori, avec 59% d'avis favorables, devant Jean-François Copé (20%).

Xavier Bertrand ne recueille que 3% d'opinions favorables et pourrait in fine se rallier à François Fillon, ses relations avec Jean-François Copé, son successeur au secrétariat général de l'UMP, étant notoirement exécrables.

Les anciens ministres Nathalie Kosciusko-Morizet (6%) et Bruno Le Maire (4%) et le conseiller spécial de l'ex-président Nicolas Sarkozy Henri Guaino (1%) sont aussi largement distancés mais leur candidature relève plus du témoignage.

Ils ont néanmoins joué le jeu, ainsi que François Fillon, dans le village de Samoëns, où l'ex-président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, les avaient invités à s'exprimer devant des militants de Haute-Savoie.

Cette succession de monologues a donné l'occasion aux candidats de critiquer François Hollande, tombeur socialiste de Nicolas Sarkozy en mai dernier, et son gouvernement.

FIDÉLITÉ AFFICHÉE À SARKOZY

Quatre mois après la présidentielle, "la France connaît le doute et même la désillusion", a ainsi dit Nathalie Kosciusko-Morizet. "Il y a un risque, c'est qu'après la désillusion vienne la résignation (...) La résignation, c'est mortel (mais) ce n'est pas notre truc, nous nous devons d'être l'antidote."

Chacun y est allé de ses propositions pour enrayer le "déclin" qui menace selon eux la France.

"Je veux vous proposer un rassemblement le plus large possible de tous les Français de bonne volonté autour d'un projet de redressement national", a ainsi dit François Fillon, qui a jugé le gouvernement actuel "disqualifié".

Mais les quatre candidats présents et les représentants dépêchés par Jean-François Copé et Xavier Bertrand - l'ex-ministre de l'Education Luc Chatel et le député Damien Meslot - ont aussi longuement évoqué leur vision du fonctionnement d'une UMP aujourd'hui dans l'opposition.

Tous ont certes affiché leur fidélité à Nicolas Sarkozy et protesté de leur volonté de préserver l'unité du parti.

Henri Guaino a cependant mis les pieds dans le plat : "Cet exercice de démocratie, je trouve qu'il est raté", a lancé l'ex-plume de Nicolas Sarkozy à propos de cette primaire.

Il a réclamé le droit d'exprimer des désaccords - "On n'est pas constructif quand on ne se dit rien, quand on ne se dit pas les choses" - et contesté à la fois la nature de cette élection interne et la nécessité d'élaborer un nouveau programme.

Il a ainsi affirmé qu'il n'avait pas "fait le deuil de Nicolas Sarkozy" et n'était donc pas "dans l'état d'esprit de lui trouver un remplaçant comme candidat ou comme chef".

Il ne s'agit pas non plus de "choisir un projet politique", car ce projet est celui qui a été défendu par Nicolas Sarkozy pendant la présidentielle, même s'il devra évoluer, a-t-il dit.

LA RECONQUÊTE PAR LES ÉLECTIONS LOCALES

"La cohérence et la morale nous imposent à tous d'être fidèles à ce que nous avons défendu", a-t-il ajouté. "Le moment n'est pas venu de prendre des distances."

Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire ont insisté sur la nécessité de penser d'abord aux élections locales de 2014 avant de se projeter vers la présidentielle de 2017.

"La reconquête passe par 2014", a dit la première. "La droite a perdu le pouvoir national par les territoires; elle ne reprendra le pouvoir national que par les territoires en 2014", a renchéri le second.

Bruno Le Maire a invité les militants et cadres de l'UMP à faire un "constat lucide" de l'état de la droite :

"La droite a tout perdu, les pouvoirs locaux, régionaux et, en 2012, les pouvoirs nationaux. Tout est à reconstruire (...) et nous ne ferons pas l'économie du renouveau nécessaire" de l'UMP, notamment de ses pratiques et procédures, a-t-il dit.

Un avis semble-t-il partagé par Xavier Bertrand et son représentant à Samoëns, dont l'autocritique sonnait comme une attaque indirecte contre Jean-François Copé.

"Nous avons perdu le contact avec un certain nombre de nos concitoyens", a déploré Damien Meslot, qui plaide comme d'autres responsables de l'UMP pour une meilleure préparation des élus dans la perspective des élections municipales de 2014. "Il ne suffira pas d'attendre l'échec de la gauche pour gagner."

"Si on veut faire fonctionner la démocratie en France il faut commencer par la faire fonctionner entre nous", a renchéri François Fillon, tout en disant "non à des courants comme au PS", avant de lancer un appel à une campagne "digne, sans agressivité, transparente et exemplaire".

Les militants de l'UMP seront amenés à voter en novembre pour les candidats qui resteront en lice.

Edité par Danielle Rouquié

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