Gaël Monfils sort du désert

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Gaël Monfils sort du désert
Gaël Monfils sort du désert

« Je n?ai rien dit pendant deux mois parce que c?était trop dur de parler. » Dans un long entretien accordé à L?Equipe, Gaël Monfils rompt enfin le silence. Quasiment deux mois après sa dernière apparition sur le circuit, à Nice le 23 mai lors d?une défaite au deuxième tour contre Brian Baker (6-3, 7-6), le Français se confie sur sa longue traversée du désert. Son genou droit, fragile en raison d?une rotule bipartite, le faisait souffrir le martyr au printemps lors de la saison sur terre battue. Après des semaines à serrer les dents, il a touché le fond lors du tournoi de Rome. « Le matin de mon premier tour, c?est hyper violent. Je n?arrive pas à courir. Je gagne contre (Alex) Bogomolov mais ensuite, quand je perds contre (Juan Carlos) Ferrero, dans le vestiaire, je sens une douleur maximale. J?essaie de ne pas trop le montrer, mais j?ai le genou en feu. » Une semaine plus tard, il a annoncé son forfait pour Roland-Garros dans un communiqué laconique. Depuis ses débuts chez les professionnels, le Parisien n?avait jamais manqué « son » Grand Chelem. « C?est la première fois que je ne pouvais pas faire Roland et je l?ai très mal vécu. (?) Se retirer de certains tournois, c?est chiant. Mais Roland, C?est mille fois pire. »

Meurtri dans son âme, d?autant que sa famille avait déjà fait le voyage depuis les Antilles pour le soutenir, « La Monf » entre dans une spirale négative dont il peine alors à sortir. « Je ne dormais plus. Je m?en voulais. Et pourquoi j?y suis pas ? Pourquoi, merde ! Je n?avais envie de rien. Pas envie de me lever le matin. Je me cassais la tête tout seul à force de réfléchir. Ouais, je déprimais. Mais finalement, toute cette histoire m?a montré à quel point j?aimais jouer au tennis, à quel point j?aimais ce sport. Putain, qu?est-ce que je l?aime, ce sport ! » Durant la quinzaine dans la Capitale, l?ancien septième joueur mondial, le meilleur classement de sa carrière, prend du recul. Dans une envie de se retrouver et de se mettre face à ses responsabilités, Monfils s?en va au bout du monde. « J?ai suivi Roland-Garros mais j?étais loin. J?ai commencé par me raser la tête et puis je suis parti très, très loin. Tout seul. J?ai bougé dans plusieurs endroits. Certains où je n?étais jamais allé. A un moment, j?ai débarqué sur une île que je ne connaissais même pas. J?avais besoin de ça pour me poser les bonnes questions. » Confronté à lui-même, il se lance dans une quête quasiment spirituelle.

Il rêve des JO

Il évoque notamment des échanges avec Phillipe Manicom, son ancien kiné, décédé l?an dernier. « J?ai terriblement pensé à lui, à ce qu?il me dirait s?il était encore là. C?est parti loin? Je me suis souvenu aussi des paroles de tous mes anciens entraîneurs. (?) J?ai repensé à mes années de cadet, à mes années juniors. Je me suis fait une synthèse : à un moment, j?ai été prêt et préparé pour gagner. Je n?étais pas là pour bien jouer, j?étais là pour gagner. Dernièrement, j?avais perdu cette hargne. Faut que je laisse s?exprimer ce fighting spirit. » Régulièrement pointé du doigt pour son manque de rigueur dans sa préparation, sa nonchalance et ses retards à l?entraînement ou en match, l?homme aux quatre titres sur le circuit ATP assure avoir changé. « Le forfait à Roland, ça m?a mis une bonne gifle. Je ne veux plus que ça m?arrive. J?avais besoin de tout remettre à plat. De me recadrer. De faire de nouveaux efforts. Et aussi de plus m?écouter. J?arrive à un moment de ma carrière où on ne m?impose plus les choses. Je dois me les imposer à moi-même. » Habituellement réfractaire à ces pratiques, il a consenti à subir une injection de plasma dans le genou pour le soulager.

Il a aussi fait appel à Marc Raquil, ancien médaillé de bronze mondial du 400 mètres reconverti dans le coaching. Il a consulté une nutritionniste, un podologue. « Peut-être que je ne gagnerai jamais un Grand Chelem. Mais je veux me donner la chance, en être sûr au plus profond de moi. Pourquoi avoir autant attendu ? Manque de maturité, besoin de prendre une bonne gifle. D?avoir eu ce temps mort où je n?étais pas bien m?a permis de faire le point et de me dire : « Merde mec, c?est ta vie ! Bats-toi ! » » Redescendu à la 17eme place mondiale, Monfils pourrait prochainement sortir du Top 20. Ce serait une première depuis octobre 2008. Mais avant de songer à défendre ses points acquis à Washington, Montréal et Cincinnati l?année passée, il rêve des Jeux Olympiques. Encore forfait à Hambourg cette semaine, il n?aura pas disputé le moindre match depuis plus de deux mois avant de se rendre à Londres. Mais il ose y croire. « Reprendre aux Jeux, ce serait magique. J?y pense tous les jours ! Mais imaginez si je me pète : pfff, ça pourrait m?achever. Et puis c?est l?équipe de France. Je ne peux pas arriver en touriste. » L?heure de la sagesse est peut-être venue pour le Français. Même s?il ne devra pas éteindre complètement ce feu qui brûle en lui. Et ce grain de folie qui a toujours fait sa force.

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