"Gabrielle", le droit à l'amour de gens pas ordinaires

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Venu du Canada, "Gabrielle" arrive le 16 octobre en France. All Rights Reserved.
Venu du Canada, "Gabrielle" arrive le 16 octobre en France. All Rights Reserved.

(AFP) - Gabrielle et Martin sont déficients intellectuels. Cela doit-il les empêcher de pouvoir s'aimer? La réalisatrice québécoise Louise Archambault pose la question dans "Gabrielle", en salles mercredi, un film solaire, comme son héroïne.

"J'avais envie de parler du bonheur chez des personnes en marge", explique à l'AFP Louise Archambault, de passage récemment à Paris.

"Je souhaitais parler du besoin de liberté et d'autonomie des handicapés intellectuels dont le quotidien est géré par d'autres (familles, encadrement, etc.)", dit encore la jeune femme.

Raconter qu'ils ont "les mêmes désirs et émotions que tout le monde, qu'ils sont des gens ordinaires", poursuit-elle, comme dans la célèbre chanson de Robert Charlebois, "Ordinaire". Et le lien n'est pas artificiel.

Gabrielle et Martin font partie d'une chorale composée d'autres handicapés intellectuels, autistes et trisomiques qui répètent cette chanson et d'autres en vue d'un spectacle avec la participation de Charlebois lui-même.

Au fil des jours, Gabrielle et Martin se découvrent des affinités. La simple joie d'être ensemble va devenir un besoin, au point de vouloir avoir leur propre appartement.

Les gestes hésitants laissent la place progressivement à d'autres moins innocents au grand dam de la mère de Martin, horrifiée, qui y met fin. Comme si son fils ne pouvait avoir une vie d'homme.

Le visage de l'héroïne, habituellement si joyeux, devient triste et sa voix angélique se tait. Les cris et les pleurs prennent le dessus.

"Je veux décider de ma vie, je veux vivre une vie normale comme toi. Je veux vivre dans un appartement", hurle Gabrielle. "Prouve-le", lui répond sa soeur paniquée, elle, à l'idée que Gabrielle ne puisse gérer le quotidien.

"Je ne voulais pas donner de leçon", assure la réalisatrice. "C'est comme pour nous. Ce n'est pas du jour au lendemain qu'on peut prendre son autonomie. On fait des essais, des erreurs, il y a des défis qu'on relève ou pas".

Lâcher prise

La force de ce film tient à la performance de ses acteurs, essentiellement des non professionnels comme Gabrielle (Gabrielle Marion-Rivard), qui souffre du syndrome de Williams et vit chez sa mère avec ses frères.

"J'ai adoré sa lumière, son rire, sa voix", confie encore Louise Archambault.

La jeune femme fait partie avec d'autres figurants du film du centre des arts de la scène "Les muses", une école à Montréal qui offre une formation professionnelle en théâtre, danse et chant à des artistes vivant une situation de handicap.

La cinéaste a passé beaucoup de temps avec ces artistes particuliers, réécrivant son scénario. Elle reconnaît "du lâcher prise sur sa façon habituelle de travailler", ayant accepté par exemple que le film soit "imparfait".

Les apprentis acteurs, par exemple, avaient tendance à regarder tout le temps la caméra. La préparation du tournage a donc été longue, tout comme les répétitions, mais pour ne pas perdre en spontanéité l'improvisation n'a pas été bannie.

Quand les choristes voient pour la première fois Robert Charlebois arriver pour répéter avec eux, la caméra tourne sans qu'ils le sachent. Les regards ébahis et les sauts de joie sont vrais.

La scène où Martin (Alexandre Landry, acteur professionnel, touchant) et Gabrielle font l'amour pour la première fois a en revanche été longuement préparée... une fois obtenu le feu vert de la vraie mère de la jeune femme.

Le film, primé lors des derniers festivals de Locarno, Namur et Angoulême, a été retenu par le Canada pour concourir à l'Oscar du meilleur film étranger.

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