Gabriel Matzneff, Soeur écoute

le
0
Photo d'illustration
Photo d'illustration

Le mot "écoute" est, en général, tenu pour un substantif, mais il est aussi adjectif dans une charmante expression, "soeur écoute". La soeur écoute, nous enseigne Littré, est "la religieuse envoyée au parloir pour y accompagner une jeune novice et ouïr ce que le visiteur lui dit". La soeur écoute est un métier extrêmement prisé de nos jours. Au couvent et en dehors du couvent. Chacun de nous, du chef de l'État au va-nu-pieds, a une soeur écoute dissimulée dans son téléphone portable, son ordinateur, sa baignoire, sa besace, son sac de couchage. Qui et où que nous soyons, une mère supérieure invisible ne perd pas un mot de nos intimes bavardages. Les puissants s'en inquiètent, le vulgum pecus s'en indigne, tous ceux qui ont quelque chose à cacher tremblent. Les seuls qui s'en fichent royalement sont les artistes qui osent être eux-mêmes, mettent leur coeur à nu, ont le courage de confesser leurs passions, leurs péchés, leurs faiblesses. Les services secrets américains, moldovalaques, syldaves peuvent bien nous espionner. Ils n'apprendront rien que nous n'ayons déjà publié, confessé, manifesté dans nos sulfureux ouvrages. Les peintres, les écrivains, les cinéastes qui désirent faire une carrière pensent que celle-ci exige la respectabilité. Surtout, être toujours du côté du manche, ne pas se faire d'ennemis, plaire à tout le monde. Aussi, répugnent-ils à se dévoiler, à s'engager, à prendre parti. L'arrivisme est chez eux un...

Lire la suite sur Le Point.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant