Gabon-Heurts à Libreville, Ping veut que Bongo admette sa défaite

le , mis à jour à 20:39
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 (actualisé avec déclarations de Ping) 
    par Gerauds Wilfried Obangome 
    LIBREVILLE, 1er septembre (Reuters) - Des heurts se sont 
produits jeudi à Libreville, la capitale gabonaise, pour le 
deuxième jour consécutif, faisant au moins trois morts et 
provoquant l'arrestation de centaines de personnes au lendemain 
de l'officialisation de la victoire d'Ali Bongo à la 
présidentielle de samedi dernier. 
    Son opposant, Jean Ping, conteste ces résultats et a demandé 
jeudi au président sortant d'admettre sa défaite. "La seule 
solution c'est qu'il reconnaisse sa défaite parce qu'il sait 
qu'il a été battu", a-t-il déclaré sur BFM TV.   
    A la question de savoir si le dépôt d'un recours devant la 
Cour constitutionnelle pouvait permettre d'éviter le chaos, il a 
répondu sur cette chaîne : "La Cour constitutionnelle, tout 
comme la Cénap (la commission électorale nationale 
autonome-NDLR), sont des instruments aux mains du pouvoir, ça ne 
change rien" 
    "La Cénap a accepté de publier des résultats bidons 
préfabriqués par le ministre de l'Intérieur", a-t-il dit par 
ailleurs au Monde. 
    Le ministre de l'Intérieur Pacôme Moubelet Boubeya a dressé 
un bilan de trois morts et annoncé 1.100 arrestations. Les 
manifestants ont selon lui fait usage de grenades et la police a 
saisi des AK-47. 
    "Nous avons voulu que tout le monde voit, que tout le monde 
circule dans la ville, que tout le monde se rend compte du 
niveau des ravages, du niveau de destruction, du niveau de 
violence organisé par certains hommes politiques qui ne veulent 
pas reconnaitre leur défaite", a dit le ministre. 
    Intervenant à la télévision, Ali Bongo a rejeté la 
responsabilité des troubles sur l'opposition.  
    "La démocratie s'accorde mal des succès auto-proclamés, des 
groupuscules formés à la destruction", a-t-il déclaré. "La 
démocratie s'accorde mal de la prise d'assaut d'un parlement et 
de la télévision nationale", a-t-il poursuivi. "Toutes les 
décisions pour garantir la sécurité dans le pays sont et seront 
prises." 
    Son porte-parole, Alain-Claude Bilie-By-Nze, a de son côté 
mis en cause l'attitude de la Côte d'Ivoire. 
    "Aujourd'hui, nous avons une preuve tangible et irréfutable 
mettant en cause Jean Ping et Mamadi Diané, conseiller du 
président de la République de Côte d'Ivoire, dans un complot 
visant à faire démissionner ce jour des membres de la Cénap) par 
corruption", a déclaré Alain-Claude Bilie-By-Nze. 
         
    "LE SCENARIO SE RÉPÈTE DEPUIS 50 ANS" 
    Estimant qu'un "doute" s'était installé, le ministre 
français des Affaires étrangères a de son côté demandé la 
publication bureau par bureau des résultats du scrutin. 
    "Les résultats de ce vote doivent être parfaitement clairs 
et transparents", a déclaré Jean-Marc Ayrault, qui a lancé un 
appel "à l'arrêt des violences, quelles qu'elles soient". 
    Les services de la présidence française ont eux diffusé un 
communiqué faisant "part de sa profonde inquiétude et de sa 
grande préoccupation" 
    "Le président appelle toutes les parties à la retenue et à 
l'apaisement, ce qui suppose un processus garantissant la 
transparence sur les résultats du scrutin", poursuivent-ils. 
    Les heurts qui ont éclaté mercredi à Libreville, où des 
manifestants ont mis le feu à une partie de l'Assemblée 
nationale après l'annonce de la réélection d'Ali Bongo, se sont 
étendus jeudi à neuf faubourgs de la capitale, rapportent des 
témoins.  
    Explosions et coups de feu ont notamment retenti dans le 
quartier Nkembo, théâtre de heurts entre forces de l'ordre et 
manifestants qui contestent cette réélection, précisent-ils.  
    "Ceci est juste une conséquence de la situation actuelle. 
C'est à cause de la victoire de Bongo face à Jean Ping, notre 
président, que nous considérons comme étant l'élu", a déclaré 
l'un d'eux.  
    Au pouvoir depuis la mort de son père Omar Bongo en 2009 
après 42 ans à la tête du pays, le chef de l'Etat sortant a été 
déclaré réélu avec 49,80% des voix contre 48,23% pour Jean Ping, 
selon les résultats définitifs du scrutin annoncés par le 
ministre de l'Intérieur, Pacôme Moubelet Boubeya, qui a fait 
état d'un taux de participation de 59,46%. 
 
 (Avec Marine Pennetier à Paris, Jean-Philippe Lefief et Nicolas 
Delame pour le service français) 
 
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