Gabon-Ali Bongo sous pression, l'UE met en doute sa victoire

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 (Actualisé avec déclarations de Jean Ping, précisions) 
    par Gerauds Wilfried Obangome 
    LIBREVILLE, 7 septembre (Reuters) - Réélu à la tête du 
Gabon, Ali Bongo concentre l'attention internationale, une 
mission de l'UE interrogeant la validité de sa victoire tandis 
que l'Union africaine annonce mardi son intention d'envoyer une 
délégation pour aider à résoudre la crise dans le pays. 
     Le président sortant Ali Bongo et son opposant Jean Ping 
revendiquent tous deux la victoire à l'élection présidentielle 
du 27 août.  
    Le Premier ministre français, Manuel Valls, a estimé mardi 
qu'il serait sage d'organiser un nouveau décompte et a également 
demandé à Libreville de retrouver une quinzaine de 
ressortissants français dont Paris est sans nouvelle. 
  
    Le chef de file de l'opposition Jean Ping, qui juge la 
victoire "volée", a appelé mardi "la communauté internationale à 
aider le peuple gabonais". "Tout le monde connaît le résultat et 
tout le monde sait que Bongo fait tout pour ne pas l'accepter", 
a dit le candidat à Reuters. 
    Selon Jean Ping, la participation dans la province du 
Haut-Ogooué, dans le sud-est du pays, a été gonflée pour assurer 
la victoire d'Ali Bongo, dont la famille dirige le pays depuis 
près de cinquante ans. 
    Les résultats officiels publiés mercredi ont donné à ce 
dernier une très courte victoire, de quelque 5.000 voix, le 
reconduisant pour un nouveau mandat de sept ans. De violentes 
émeutes ont éclaté dans le pays, faisant six morts, selon un 
bilan officiel. 
    Jean Ping estime que 50 à 100 personnes ont trouvé la mort 
depuis la semaine dernière, un bilan qui n'a pour l'heure pas pu 
être vérifié de manière indépendante.  
    Malgré les appels à la grève générale, le calme semblait 
être revenu mardi à Libreville où les commerces ont rouvert 
tandis que les fonctionnaires regagnaient leurs postes de 
travail. 
     
    NOUS ACCEPTONS TOUTES LES MÉDIATIONS  
    Les observateurs concentrent leurs regards sur la province 
du Haut-Ogooué, bastion électoral d'Ali Bongo où les chiffres 
officiels comptabilisent 95,46% de votes en sa faveur, et une 
participation de 99,9%. 
    La mission d'observation de l'Union européenne rapporte que 
le nombre de non-votants et de bulletins blancs ou invalides ne 
correspond pas à la participation annoncée dans cette région, 
ajoutant qu'elle est ailleurs dans le pays d'environ 48%. 
    "L'intégrité des résultats provisoires de cette province est 
en conséquence mise en cause", a déclaré Mariya Gabriel, chef de 
la mission de l'UE, annonçant ces anomalies. 
    Le gouvernement a refusé de commenter ces annonces avant 
mercredi, a annoncé un porte-parole. 
    L'Union africaine (UA) s'est proposée mardi pour une 
médiation. "C'est une question urgente et je pense que la 
délégation de haut niveau sera envoyée très bientôt", a déclaré 
Jacob Enoh Eben, porte-parole de l'UA. 
    Ce sera vraisemblablement le président tchadien Idriss Déby, 
qui assure actuellement la présidence de l'UA, qui dirigera les 
discussions, a ajouté le porte-parole. 
    "Nous acceptons toutes les médiations parce que nous voulons 
que la démocratie et la paix triomphent", a déclaré Jean Ping à 
la chaîne de télévision France 24. La délégation de l'UA doit 
arriver jeudi, a déclaré en outre l'ancien diplomate et 
président de la Commission de l'Union africaine. 
    Jean Ping dit en outre n'avoir aucune confiance dans la cour 
constitutionnelle susceptible de recevoir les appels contestant 
le scrutin. La jugeant trop proche d'Ali Bongo, il réclame un 
nouveau décompte effectué sous supervision internationale avant 
tout appel. 
    Les autorités gabonaises refusent pour l'instant de 
recompter les bulletins de vote comme le suggèrent les autorités 
occidentales et comme l'exige l'opposition. Elles ont également 
refusé de publier des résultats plus détaillés, déclenchant la 
démission du ministre de la Justice. 
    Jusqu'à 1.100 personnes ont été interpellées pendant les 
troubles de la semaine dernière, selon le ministère gabonais de 
l'Intérieur, la plupart ont été libérées depuis. 
    Les Nations unies suivent la situation au Gabon avec une 
"inquiétude croissante", a annoncé mardi la porte-parole en 
matière de droits de l'homme de l'organisation, Ravina 
Shamdasani. 
 
 
 (Aaron Maasho à Addis-Abeba, Stephanie Nebehay à Genève et 
Matthew Mpoke Bigg à Accra; Nicolas Delame, Danielle Rouquié et 
Julie Carriat pour le service français) 
 
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