G20 de Pittsburgh : Les trois priorités de Christine Lagarde

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Alors que s'ouvre jeudi à Pittsburgh le troisième sommet du G20 depuis le début de la crise financière, trois questions prioritaires seront mises en avant par la France : les bonus des opérateurs de marché, les paradis fiscaux et l'harmonisation des systèmes comptables a rappelé Christine Lagarde, la ministre de l'économie, lors d'une conférence de presse organisée par l'AJEF.

En apparence, l'économie mondiale respire à nouveau. Mieux en tout cas que lors du premier G20 de Washington en novembre 2008 quand il s'agissait d'éviter une implosion du système financier mondial deux mois après la faillite de Lehman Brothers. Depuis, on ne parle plus de crise systémique et le plus dur de la récession semble derrière nous. Bercy attend même une progression du PIB l'an prochain (+0,75%), ce qui ne suffira pas toutefois à relancer significativement le rythme des créations d'emplois (il faut au moins 1-1,5% de croissance). De leur côté, les marchés financiers très déprimés jusqu'à début mars ont repris du poil de la bête. Pour le Cac 40, la hausse atteint même plus de 55% par rapport à son point bas du 9 mars. Pour autant, rien n'est réglé sur le front de la régulation financière. « Il faut éviter à tout prix de repartir comme avant, comme s'il ne s'était rien passé. Le temps n'est plus au business as usual » a insisté Christine Lagarde, la ministre de l'économie, lors d'une rencontre organisée mardi par l'Association des journalistes économiques et financiers (AJEF). A Pittsburgh (Pennsylvannie) où se retrouvent pendant deux jours les dirigeants des vingt pays les plus riches du monde, la partie s'annonce donc très serrée tant les vues restent divergentes, entre Américains, Européens et pays émergents.

« Nous partons à Pittsburgh avec trois marqueurs en tête : la limitation des bonus des opérateurs financiers, le renforcement de la lutte contre les paradis fiscaux et l'harmonisation des systèmes comptables » résume la ministre qui reconnaît que cette liste de priorités est largement partagée par les autres pays européens mais « pas forcément dans le même ordre ». Si l'idée d'un plafonnement des bonus est désormais jugée « irréaliste » par Christine Lagarde, on devrait s'acheminer vers leur simple « limitation » (interdiction des bonus garantis, répartition des primes sur trois ans et distribution d'une part de la rémunération en actions parmi les pistes explorées). Et il faudra convaincre les Américains. Concernant les paradis fiscaux, si des avancées substantielles sont visibles depuis le dernier sommet du G20 de Londres sur la question du secret bancaire, l'UE souhaite aller beaucoup plus loin. « Nous voulons qu'au-delà de la date retenue de mars 2010, des sanctions puissent être effectivement appliquées à l'égard des paradis fiscaux ou des acteurs économiques qui continueraient de travailler avec eux » précise Christine Lagarde.

Forces de résistance

Reste la troisième priorité, l'harmonisation des règles comptables, visant principalement à une convergence des normes US GAAP et IFRS. Dossier complexe qui passe notamment par la mise en place d'une supervision coordonnée au niveau mondial. Il s'agira également de renforcer les fonds propres des banques. La France souhaite l'application à l'échelle mondiale des accords de Bâle II. Le sujet devrait être âprement discuté lors du sommet. Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor de l'administration Obama, est désormais favorable à leur mise en oeuvre selon Christine Lagarde. Un motif de satisfaction pour les Européens sachant que l'élaboration de ces accords remonte à 2004 et qu'ils ne sont toujours pas appliqués outre-Atlantique ! La patronne de Bercy verrait également d'un oeil favorable l'instauration d'une taxe sur les transactions financières (dans l'esprit de la taxe Tobin), « une très bonne idée mais qui n'a d'intérêt que si elle est appliquée par tout le monde ». Une façon d'expliquer que cette taxe a très peu de chances de voir le jour dans un avenir proche. « Pittsburgh constitue un défi important et difficile à relever car les places financières sont en concurrence entre elles et des forces de résistance très fortes existent à Wall Street et à la City » admet Christine Lagarde. Si des avancées sont donc possibles, il n'y a pas non plus de big-bang du système financier international à attendre à l'issue de ce sommet dont chaque mot du communiqué final fera l'objet d'une intense négociation.

Julien Gautier

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