"Fruitvale station": quand un jeune black devient un fait divers

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(AFP) - Oscar Grant, jeune noir américain de 22 ans, a été abattu le soir du réveillon 2009 par un policier blanc dans le métro près de San Francisco. Ryan Coogler, gamin comme lui de la Baie, retrace son histoire dans "Fruitvale station", en salles mercredi.

Grand prix du jury du Festival du film indépendant américain de Sundance, "Fruitvale station" a été projeté dans la sélection officielle "Un certain regard" lors du dernier Festival de Cannes.

"Je n'aurais jamais imaginé me retrouver sur la Croisette!", confiait à l'AFP en mai le jeune réalisateur dont ce premier opus, autre rêve éveillé, a été financé au sortir de ses études de cinéma par l'acteur oscarisé Forest Whitaker ("Bird", "Le dernier roi d'Ecosse", "Le Majordome"), rencontré en 2011.

Sa société de production "cherchait des jeunes réalisateurs. Sa compagnie s'intéresse aux sujets sociaux et c'est comme cela que mon nom est arrivé sur le tapis", racontait-il.

"Il m'a demandé quel genre de films j'aimerais faire et je lui ai parlé de mon projet sur Oscar Grant", relatait-il à propos de cette première rencontre de 45 minutes. "Il m'a dit +je vais t'aider à la faire+ et il est sorti de la pièce!"

24 heures avant le drame

Après seulement, il est allé voir la famille d'Oscar Grant pour avoir son accord. Pour Coogler, il fallait en effet que "l'histoire soit racontée du point de vue du même âge et de la même origine sociale qu'Oscar. Et quelqu'un de la baie de San Francisco", raconte-t-il à la presse.

Ryan Coogler, jeune Afro-Américain de 27 ans, n'a pas connu Oscar Grant mais vient du même quartier difficile, élevé par une famille modeste. C'est en rentrant de son école de cinéma pour les vacances de Noël qu'il a appris que quelqu'un s'était fait tirer dessus.

En regardant les images, il explique avoir réalisé que cela aurait pu être lui. "Nous avions le même âge, ses amis ressemblaient aux miens".

Le film raconte les 24 heures précédant le drame. Oscar Grant, petit dealer, ne fait pas grand chose de sa vie. Il a fait de la prison, vient de se faire virer de son petit boulot au supermarché. Mais ce n'est pas un mauvais gars. Il adore sa fille, sa compagne, sa famille. Acculé, il doit décider de son avenir: se ranger ou pas.

Ryan Coogler fait entrer le spectateur dans l'intimité d'Oscar, campé avec brio par Michael B. Jordan, un des acteurs hollywoodiens en pleine ascension.

Son empathie pour le héros ne fait aucun doute, comme pour mieux pointer l'injustice qui va le frapper.

Melonie Diaz, qui interprète sa compagne et Octavia Spencer (oscarisée pour "La couleur des sentiments") la mère, complètent une distribution efficace.

Le cinéaste, qui avait réalisé un court métrage sur le combat d'une prostituée pour protéger sa fille, a choisi la fiction plutôt que le documentaire pour faire revivre ce fait divers qui a ému l'Amérique et interrogé sur un racisme toujours présent.

Pour plus de réalisme, il a tourné sur les lieux du drame. Le téléphone portable et les vidéos jouent aussi un rôle clé dans le film, comme à l'époque. Le jeune homme a été tué sur un quai de métro devant de nombreux témoins immobilisés dans la rame, tous le portable à la main en train d'envoyer des textos, prendre des photos ou des vidéos.

"Sans cette capacité à filmer sur l'instant ce qui se déroulait, la mort d'Oscar n'aurait pas eu autant d'impact", juge le scénariste qui s'est appuyé sur ces mêmes vidéos pour mettre au point le découpage de la scène avec la police et le déroulement de l'action.

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