Front syndical désuni sur la réforme des retraites

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FRONT SYNDICAL DÉSUNI SUR LA RÉFORME DES RETRAITES
FRONT SYNDICAL DÉSUNI SUR LA RÉFORME DES RETRAITES

PARIS (Reuters) - Les représentants des salariés français ont présenté lundi un front syndical désuni sur la réforme des retraites, un dossier potentiellement explosif qui s'annonce déjà comme le sujet majeur de la rentrée sociale en septembre.

Reçus à tour de rôle toute la journée par le Premier ministre pour préparer la conférence sociale de juin, les chefs des centrales syndicales ont exposé des priorités ou des lignes rouges différentes sur des sujets tels que l'allongement de la durée de cotisation ou les revalorisations des pensions.

Jean-Marc Ayrault s'est évertué à calmer les inquiétudes et a promis de prendre le temps de la concertation et du dialogue.

"Certains pensent que le gouvernement voudrait aller vite, à la hussarde. Il n'en est absolument pas question", a dit le Premier ministre dans une courte déclaration à la presse.

La concertation sociale doit commencer début juin sur la base du rapport-bilan piloté par Yannick Moreau, une ancienne présidente du Conseil d'orientation des retraites (COR), et se poursuivre lors de la conférence les 20 et 21 juin.

Le gouvernement souhaite présenter un projet de loi avant la fin de l'année mais comme pour la réforme du marché du travail, il est douteux que les syndicats atteignent un accord unanime.

Premier reçu lundi matin à Matignon, le Medef, principale organisation patronale, a d'emblée fait monter la pression en plaidant pour un âge légal de départ à la retraite porté à au moins 65 ans en 2040 et pur 43 années de cotisations dès 2020 pour une retraite pleine.

Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, a répondu sur un ton tout aussi offensif à la présidente du Medef, Laurence Parisot : "On n'acceptera pas de bouger l'âge ou de rallonger la durée de cotisation, on ne l'acceptera pas, c'est une évidence", a-t-il lancé devant la presse.

"LUTTE DES CLASSES"

"Nous, on défend des droits. Le patronat est dans une autre logique, il défend les droits du patronat. Que voulez-vous que je vous dise, moi ? Cela s'appelle la lutte des classes."

Prenant FO quelque peu à contre-pied, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a dit que si le recul de l'âge de la retraite n'était pas négociable, l'allongement de la durée de cotisation ne constituait pas un tabou.

"La CFDT a toujours dit qu'entre âge de départ (à la retraite) et durée de cotisation, le paramètre le plus juste était la durée de cotisation", a rappelé le leader syndical, prévenant néanmoins que son organisation n'avait pris aucune position officielle sur le dossier.

Il a été rejoint de façon aussi prudente par la CFE-CGC.

"Dans un dispositif où il faudrait, et je prends bien des précautions en disant cela, travailler un peu plus longtemps, nous demandons nous CFE-CGC, que les années d'étude des jeunes post-bac soient prise en compte", a déclaré la présidente de l'organisation, Carole Couvert.

"PAS 36 SOLUTIONS"

Bien qu'alliée à la CFDT et la CFE-CGC sur le marché du travail du 11 janvier dernier, la CFTC a jugé que la réforme devrait plutôt passer par une augmentation des cotisations, voire une minoration temporaire des pensions.

"On refuse de repousser l'âge de la retraite ou même de rallonger les durées de cotisations", a déclaré Philippe Louis, son secrétaire général. "Pour le financement, il n'y a pas 36 solutions, il faut effectivement passer par une augmentation, soit des cotisations, soit de la CSG (contribution sociale généralisée), soit par une minoration (des pensions)."

L'option d'une augmentation des cotisations a été rejetée en bloc par les organisations patronales.

"On ne peut pas réfléchir à des augmentations des cotisations puisque celles-ci sont déjà aujourd'hui trop lourdes pour faire face à la compétitivité", a ainsi jugé le président de l'Union professionnelle artisanale, Jean-Pierre Crouzet.

Le président François Hollande a exclu par avance un relèvement de l'âge légal de départ à la retraite, qui est passé à 62 ans lors de la dernière réforme menée par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, en 2010.

Mais il a publiquement admis que l'allongement de la durée de cotisation était une option envisagée.

Selon Europe 1, parmi les pistes envisagées par l'Elysée, figurent un alignement de la CSG des retraités sur celle des actifs et une désindexation des pensions par rapport à la hausse des prix, comme celle conclue pour deux ans par les partenaires sociaux pour sauver les régimes de retraite complémentaire.

La durée de cotisations pourrait être portée à 44 ans à l'horizon 2035, contre 41,5 ans aujourd'hui, selon la radio.

L'exercice s'annonce délicat pour le chef de l'Etat qui subit les pressions de la Commission européenne.

Celle-ci a cité les retraites comme exemple de réformes qu'elle souhaite voir la France mener en échange du délai de deux ans concédé pour réduire son déficit public.

Yann Le Guernigou, Julien Ponthus et Jean-Baptiste Vey, édité par Emmanuel Jarry

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