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Quel est votre scénario macroéconomique pour la zone euro en 2012 ?
Frédéric Leroux : Il est acquis que la zone euro a enregistré une croissance négative au dernier trimestre 2011 et devrait faire de même au premier trimestre 2012. Nous sommes donc bien en présence d’une récession technique (deux trimestres consécutifs de décroissance du PIB). La Grèce, le Portugal ou l’Italie sont particulièrement touchés mais l’exemple espagnol est symptomatique des difficultés européennes. Le pays a engagé une cure drastique d’austérité mais cumule un chômage considérable de 23%. Tous ces Etats ne seraient pas en mesure d’affronter une nouvelle phase de stress, ce qui obligerait la BCE à s’affirmer en prêteur en dernier ressort, parce qu’il n’y aurait pas d’autre solution...
La situation paraît se détendre un peu sur les marchés des dettes souveraines même si les négociations actuelles entre les créanciers privés et la Grèce n’ont toujours pas abouti. Redoutez-vous justement une nouvelle phase de stress ?
F.L : Cela dépendra beaucoup de la croissance extérieure. Il y a des bonnes nouvelles outre-Atlantique mais il ne faut pas que les politiques d’austérité menées en Europe cassent complètement la croissance car cela ne permettra, en aucun cas, de remettre en bon ordre les finances publiques. Il faut en revanche que l’euro s’affaiblisse pour que les entreprises retrouvent un peu de dynamisme à l’exportation et que la conjoncture américaine et celle des pays émergents ne déçoivent pas. Cela fait beaucoup de conditions pour sortir de l’ornière. Les marchés ont d’ailleurs intégré ces risques.
L’économie américaine montre des signaux très nets d’amélioration. Le découplage entre les Etats-Unis et la zone euro va-t-il s’accentuer en 2012 ?
F.L : Les nouvelles sont bonnes : le marché de l’immobilier est en voie de stabilisation, le moral des constructeurs s’améliore. Si cela se confirme, le rebond pourrait être majeur vu le poids de l’immobilier dans le budget des ménages américains. La bonne résistance de la consommation est toutefois liée à une baisse du taux d’épargne qui rappelle les excès de la période euphorique entre 2002 et 2006. En cas de remontée de ce taux, cela se répercuterait rapidement sur le PIB. Si le marché de l’emploi s’est amélioré, la croissance devrait être modérée car les facteurs de risque restent trop nombreux.
Carmignac Gestion détient depuis longtemps une expertise reconnue sur les pays émergents. 2011 a été marquée par la désaffection des investisseurs à l’égard de cette zone. Faut-il revenir sur la thématique en 2012 ou bien rester très prudent ?
F.L : Le consensus à l’égard de la Chine est structurellement négatif. L’an dernier, les investisseurs ont en effet vendu massivement la thématique. Cela créé actuellement des opportunités réelles ! Le marché chinois est très largement sous-valorisé, de l’ordre de 35%, ce qui nous ramène aux niveaux les plus bas de 2008. Les dirigeants chinois veulent développer davantage leur marché intérieur en soutenant la consommation au détriment de la production, ce qui a vocation à générer plus d’inflation mais celle-ci est en baisse, les politiques de resserrement monétaire ayant porté leurs fruits. En 2012, le ralentissement se fera en douceur et non brutalement.
Et les marchés européens ? Sont-ils toujours sous-valorisés malgré le rebond entamé depuis le début de l’année ?
F.L : Oui, les marchés européens restent sous-valorisés, ce qui n’est pas le cas des marchés américains dopés par les bonnes nouvelles macroéconomiques déjà intégrées dans les cours. L’évolution de la crise de la dette continuera d’agiter les investisseurs et nous n’excluons pas une nouvelle phase de crise aigue. Ceci dit, compte tenu des mesures prises par la BCE, de la fin des blocages politiques aux Etats-Unis et du pic d’inflation passé dans les pays émergents, cela fait trois bonnes raisons d’être optimistes à court terme.
Dans quels types de valeurs faut-il investir ?
F.L : Nous pensons que l’euro va baisser et que la prime payée pour acheter des valeurs exportatrices reste faible. Il faut donc se tourner de préférence vers ce type de valeurs et éviter les entreprises trop dépendantes des réglementations nationales.
Propos recueillis par Julien Gautier
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