Frédéric Buzaré (Dexia AM) : « Privilégiez les valeurs peu endettées »

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Les marchés voient une récession sévère en 2009 mais pas une dépression. En 2009, il faudra privilégier les valeurs de rendement et peu endettées selon Frédéric Buzaré, responsable de la gestion actions chez Dexia AM.

Le Cac 40 abandonne plus de 45% depuis le début de l’année. Quel scénario les marchés actions intègrent-ils pour 2009 ?

Frédéric Buzaré : Les marchés anticipent actuellement une récession sévère des profits suivi d’une reprise économique très molle. En revanche, ils n’intègrent pas un scénario noir de dépression du type années 1930 après le krach d’octobre 1929. Si ce dernier scénario devait survenir, les marchés auraient encore un potentiel de baisse de 30 à 40%. Pour autant, ce n’est pas l’option que nous retenons. A cette époque, la sphère publique était quasiment inexistante. Il n’y avait pas de systèmes sociaux pour amortir les effets de la crise et les banques centrales n’étaient pas conscientes du rôle de la monnaie dans l’économie. Le taux de chômage était alors monté à 25%. Une crise est forcément structurante. Cette crise entraîne un rééquilibrage entre le marché et les pouvoirs publics. De ce fait le nouvel environnement sera moins favorable à la rentabilité des entreprises et il existe un risque d'accentuer encore l'aversion pour le risque, à voir des interventions publiques déstabilisantes. Si certaines erreurs passées ont été retenues, d’autres sont cependant commises. Par ailleurs, il faut avoir à l'esprit que les récessions associées à des crises bancaires et immobilières sont plus longues à se résorber que les récessions ordinaires.

Certes mais les marchés anticipent avec environ six mois d’avance l’évolution de la conjoncture. Dans ce contexte incertain, comment prévoir le meilleur point d’entrée possible ?

F.B : Pour le moment, la crise de confiance n’est pas résorbée. Il est toutefois difficile d’imaginer une accélération de la diffusion des mauvaises nouvelles. Les indicateurs concernant le climat des affaires (comme l’indice IFO en Allemagne) ont atteint des points bas historiques et le quatrième trimestre va être très négatif aux Etats-Unis. Dans ce contexte, difficile de prévoir un point d’inflexion. Il faudrait déjà que la situation se stabilise, en particulier sur le marché du crédit. Pour le moment, il n’y a pas eu de rebond durable et convaincant par rapport aux points bas atteints. La phase de stabilisation prendra plusieurs mois et il est probable que les indices aillent tester à nouveau des point bas dans les prochaines semaines.

Les marchés sont confrontés à un phénomène de « deleveraging ». Comme cela se manifeste t-il ?

F.B : Le « deleveraging » intervient après un excès sur la bulle du crédit et se traduit par des ventes d’actifs forcées sur toutes les classes d’actifs rendant les critères de valorisation non pertinents, une montée du taux d’épargne et une augmentation des remboursements d’emprunts. La conjugaison de ces trois facteurs réduit l’effet de levier à l’oeuvre dans l’économie.

Quels types de valeurs faudra t-il privilégier l’an prochain ? Quels secteurs devraient tirer leur épingle du jeu ?

F.B : Il faudra privilégier l’investissement sur les sociétés de qualité pas endettées, générant une rentabilité de leur capital supérieure au coût du capital et qui autofinancent leur croissance par leur génération de cash flow interne. Je regarderais plutôt les secteurs disposant d’une bonne visibilité : l’agroalimentaire, la distribution, les télécoms, les pharmaceutiques qui ont du « pricing power ». Les sociétés qui vont distribuer des dividendes seront également à privilégier. En revanche, j’éviterais les valeurs cycliques, les bancaires, les constructeurs automobiles et les pays émergents au niveau géographique.

Propos recueillis par Julien Gautier


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