François Rollin appelle ses collègues humoristes à « réenchanter le monde »

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Paris, le 5 mai.
Paris, le 5 mai.

Dans une tribune adressée à tous ses « amis humoristes », François Rollin estime qu’après les attentats de 2015, « le cynisme rigolard ou, à l’autre extrémité, l’indifférenciation consensuelle », ne sont plus « à la hauteur de l’enjeu ».

Cela fait six mois que j’ai enterré Victor, 25 ans, au cimetière du Père Lachaise. Victor Munoz, abattu comme un chien, le 13 novembre 2015, à la terrasse de la Belle Equipe. C’était le meilleur ami de mes deux grands, il venait souvent à la maison, je ne l’oublierai jamais : un beau gamin, dynamique, joyeux, inventif, courageux, tolérant et doux. Un parangon de jeune, pour utiliser un mot venu d’Espagne, comme la famille de Victor.

Certes, je n’en étais pas à mon premier enterrement. Mais d’habitude, et fort opportunément, ce sont plutôt des vieux qui meurent, alors on se retrouve au cimetière entouré de vieux, et on se réconforte avec philosophie. On dit : « C’est trop tôt, bien sûr, c’est toujours trop tôt, mais il ou elle aura fait un beau parcours ; il ou elle va bien nous manquer, mais que veux-tu, c’est comme ça, c’est la vie, c’est la roue qui tourne », et on va s’en jeter un petit pour se consoler, avenue Gambetta ou rue Froidevaux.

Pour Victor, il n’y avait quasiment pas de vieux, à part moi : il y avait trois ou quatre cents jeunes, garçons et filles de 20 à 30 ans, la France de demain, en somme… des centaines de jeunes effondrés, anéantis, inondés de larmes, serrant leurs pauvres fleurs contre leurs cœurs terrassés… et chaque fois que je croisais leurs yeux mouillés, il me semblait lire dans leur regard incrédule cette question : « C’est donc ça, le monde que vous nous proposez ? Un monde où les copains meurent pour avoir eu l’audace de boire un café en terras...

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