François Hollande, un président pour "raccommoder la France"

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François Hollande, un président pour "raccommoder la France"
François Hollande, un président pour "raccommoder la France"

par Elizabeth Pineau

TULLE, Corrèze (Reuters) - Jusqu'au bout il aura cru en ses chances : la victoire de François Hollande à l'élection présidentielle, qui fait de lui le successeur d'un François Mitterrand cité en référence tout au long de la campagne, est celle de la persévérance.

Inimaginable il y a un an, ce choix des Français couronne un long parcours politique jalonné d'écueils et de traversées du désert qui ont conduit le député de Corrèze, ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, à se remettre en question jusqu'à la victoire.

Dimanche soir, c'est devant des milliers de personnes rassemblées sur le parvis de la cathédrale de Tulle, rénovée quand il était maire de la ville, que le patron du Conseil général a fait sa première déclaration de deuxième président socialiste de la Ve République.

"Ce soir, il n'y a pas deux France qui se font face, il n'y a qu'une seule France, qu'un seul destin", a-t-il déclaré.

"Trop de fractures, trop de blessures, trop de coupures ont pu séparer nos concitoyens, c'en est fini. Le premier devoir du président de la République, c'est de rassembler"', a-t-il dit.

La Corrèze, une évidence pour le nouveau chef de l'Etat qui a fait de ce département rural la base de sa carrière politique, au point de s'y sentir chez lui et de revenir sur la scène après son discours de président pour lui dire "au revoir".

"Je ne vois pas où j'aurais pu être ailleurs qu'ici", confiait-il samedi lors de la visite d'un marché où les Tullistes se disaient fiers de lui mais tristes de savoir leur député sur le point d'endosser une fonction lointaine.

"J'espère que vous reviendrez nous voir", "Ne nous oubliez pas", lui ont-ils lancé lors de sa promenade ponctuée de demandes d'autographes, de photographies et d'embrassades.

"I'M CONFIDENT"

Après une courte nuit, François Hollande avait le sourire un peu crispé et l'air soucieux au moment de voter dimanche matin. Les heures passant, la confiance est revenue crescendo.

"I'm confident and I'm sure" ("Je suis confiant et sûr de moi"), déclarait-il en anglais à Reuters TV à la mi-journée avant un petit bain de foule sous les "Allez François" et les "François président, Sarkozy à l'abattoir'.

Constant dans son ambition, François Hollande a soigné sa stature présidentielle après sa première place obtenue au premier tour de scrutin (28,6% des voix), du jamais vu pour un challenger sous la Ve République.

"Moi, président de la République", a-t-il répété 16 fois dans une longue tirade qui a constitué l'un des moments forts du débat contre Nicolas Sarkozy mercredi dernier.

Le lendemain, place du Capitole à Toulouse, celui qui "aime les gens plus que l'argent" se présentait en "candidat normal pour une présidence normale, au service de la République", un thème qu'il a longuement repris dimanche soir.

Samedi devant la presse venue à sa rencontre dans les rues de Tulle, il envisageait pour lundi matin deux hypothèses : "Le repos, mais pas éternel, ou les responsabilités immédiates".

"VICTOIRE RÉPARATRICE"

Ce sera donc le deuxième scénario, au terme d'un quinquennat marqué par la crise et une campagne électorale caractérisée par une montée des extrêmes, notamment du Front national de Marine Le Pen (17,9% au premier tour).

"On voit bien qu'au-delà de cette élection présidentielle il va falloir raccommoder le pays", confiait François Hollande vendredi soir à la presse à la mairie de Périgueux (Dordogne) au terme d'un ultime meeting de campagne.

"Ce sera mon premier devoir, faire qu''aucun électorat ne se sente humilié, abandonné, mis en cause", expliquait-il. "La victoire doit être belle au sens où elle doit être réparatrice et pas dominatrice".

Les choses vont aller très vite pour le président élu, qui devrait réserver à la chancelière allemande Angela Merkel l'un de ses premiers entretiens téléphonique, comme l'a rappelé dimanche Jean-Marc Ayrault, possible futur Premier ministre.

Berlin sera d'ailleurs son premier déplacement hors frontières après la passation de pouvoir, attendue autour du 15 mai, après la proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel.

D'ici là, sa compagne Valérie Trierweiler espérait "un break d'au moins 36 heures, une journée et une nuit". François Hollande repoussait vendredi l'idée d'une retraite dans un monastère "pour des raisons laïques". "Nicolas Sarkozy va penser que je vais à la Mecque, j'imagine!", plaisantait-il.

François Hollande a dit n'avoir "rien demandé" et ne vouloir "rien faire qui puisse changer les usages" pour la célébration du 8 mai 1945, mardi, ou la date de la passation de pouvoirs.

Le nouveau président est attendu dès le 18 mai aux Etats-Unis pour une réunion du G8 à Camp David qui sera suivie par un sommet de l'Otan à Chicago.

Du côté du gouvernement, l'analyse du score final doit déterminer le nom du Premier ministre et la composition de son équipe dirigeante, annoncée comme diverse et paritaire.

Edité par Yves Clarisse

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