François Hollande promet aux juges respect et indépendance

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FRANÇOIS HOLLANDE PROMET DE GARANTIR LE RESPECT ET L?INDÉPENDANCE DES JUGES
FRANÇOIS HOLLANDE PROMET DE GARANTIR LE RESPECT ET L?INDÉPENDANCE DES JUGES

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - François Hollande a promis jeudi aux magistrats français qu'il serait le garant de leur indépendance et du respect qui leur est dû, après des menaces de mort et des attaques adressées au juge Jean-Michel Gentil, après la mise en examen de Nicolas Sarkozy.

Dans une intervention sur France 2, le chef de l'Etat est revenu sur les deux affaires politico-judiciaires qui ont fait polémique ces dernier jours: l'ouverture d'une information judiciaire contre son ministre du Budget, Jérôme Cahuzac et la mise en examen de l'ex-président Nicolas Sarkozy.

Soupçonné de blanchiment de fraude fiscale, le premier a démissionné. Le second, accusé d'abus de faiblesse dans l'affaire Bettencourt par le juge bordelais Jean-Michel Gentil, a dénoncé une décision "injuste et infondée".

François Hollande a redit sa confiance en Jérôme Cahuzac mais justifié sa démission au nom de l'exemplarité et de la nécessité d'éviter que son ex-ministre soit sous influence.

Concernant Nicolas Sarkozy, "il est présumé innocent", a poursuivi le chef de l'Etat, qui a en revanche dénoncé les attaques adressées par des proches de l'ex-président, dont son ancien conseiller spécial Henri Guaino, contre le juge Gentil.

"Les juges doivent être respectés pour leur indépendance. Et ça, j'en suis moi-même le garant comme chef de l'Etat", a-t-il déclaré. "Donc chaque fois que quiconque met en cause un magistrat, je suis moi-même (...) obligé d'agir."

"C'est la raison pour laquelle j'ai demandé à la Garde des sceaux de saisir le Conseil supérieur de la magistrature", a-t-il ajouté. "En aucune façon un juge, et ça vaut pour toutes les affaires, ne doit être mis en cause personnellement."

MENACES DE MORT

Il a rappelé que si un juge avait commis une faute, il y avait des voies de recours, voire des procédures disciplinaires mais relevant du seul Conseil supérieur de la magistrature.

Les magistrats attendaient une parole forte du président pour mettre fin à des attaques qu'ils disent incessantes contre leur profession depuis la mise en examen de Nicolas Sarkozy.

Le juge Gentil a reçu mercredi un courrier contenant des menaces de mort et une cartouche à blanc.

Pour les syndicats de magistrats, ces menaces sont la conséquence directe de mises en cause de la justice par des élus de droite, qui ont fait bloc autour de l'ancien chef de l'Etat.

Ils visent en particulier Henri Guaino, qui a accusé le juge d'avoir "déshonoré la justice" et "sali la France".

"C'est parce qu'on a de tels propos par des gens qui sont censés représenter les Français que des gens qui sont moins au fait de la justice se sentent autorisés à envoyer ces courriers", a dit à Reuters Virginie Duval, secrétaire générale de l'Union syndicale des magistrats (USM), majoritaire.

"C'est (Henri Guaino) qui a ouvert le bal et laissé penser qu'on pouvait insulter, injurier, menacer la justice."

"CLIMAT DE SUSPICION"

Une analyse partagée par le Syndicat de la magistrature, classé à gauche, ainsi que par des élus socialistes.

Les menaces de mort adressées au juge Gentil "font écho au climat de suspicion à l'égard de l'institution judiciaire généré par les propos de certains dirigeants de l'UMP et en particulier par Monsieur Guaino", estime ainsi le député Yann Galut.

Dans un communiqué, il demande au président de l'UMP Jean-François Copé de "rappeler sévèrement à l'ordre" les auteurs de "ces graves dérapages".

L'USM a envoyé mardi un courrier au président de la République, lui demandant de profiter de son intervention télévisée pour "renforcer la confiance" des Français dans la justice de leur pays".

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a demandé au Conseil supérieur de la magistrature un avis sur l'impact sur le bon fonctionnement de l'institution judiciaire et "la sérénité de la Justice" des attaques contre le juge Gentil.

Depuis la mise en examen de Nicolas Sarkozy, les syndicats de magistrats disent avoir reçu de nombreux courriers et courriels d'insultes et de menaces.

Plus de 50.000 messages attaquant l'impartialité de la justice ont été postés ces derniers jours sur la page Facebook de l'USM, précise ainsi un responsable.

Pour l'USM, cet épisode rappelle la mise en cause par Nicolas Sarkozy, alors chef de l'Etat, de magistrats lors du meurtre de la jeune Laëtitia Perrais en Loire-Atlantique, près de Pornic. Il s'était attiré les foudres de la profession, qui avait reçu de nombreux messages de défiance et d'injures.

Avec Emmanuel Jarry et Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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