François Hollande juge prématuré un débat sur l'Union politique

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FRANÇOIS HOLLANDE JUGE PRÉMATURÉ UN DÉBAT SUR L'UNION POLITIQUE EN EUROPE
FRANÇOIS HOLLANDE JUGE PRÉMATURÉ UN DÉBAT SUR L'UNION POLITIQUE EN EUROPE

par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - François Hollande juge prématuré le lancement en Europe d'un nouveau débat sur l'union politique, qui doit suivre pour lui l'unification budgétaire, bancaire et sociale. Une position qui, malgré les apparences, est proche de celle de l'Allemagne.

Le président français a donné dans une interview publiée mercredi par six journaux européens, dont Le Monde en France, sa vision de l'avenir de l'Union européenne, honorée vendredi dernier par un très inattendu prix Nobel de la paix.

Est-il prêt à suivre Angela Merkel, qui entend obtenir la convocation rapide d'une convention chargée de réviser les traités européens dans le cadre des tractations en cours sous l'égide du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ou le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui évoque la création d'une "fédération d'Etats-nations" ?

La réponse de François Hollande montre toute la méfiance que lui inspire un tel exercice et le souvenir cuisant, particulièrement au Parti socialiste, du "non" français au projet de Constitution européenne en 2005.

"Je crois me souvenir qu'en 2005 nous avons essayé cette formule et qu'elle n'a pas donné les résultats escomptés !", explique-t-il dans l'interview.

"L'enjeu institutionnel est souvent évoqué pour ne pas faire de choix. Les plus empressés à parler de l'union politique sont parfois les plus réticents à prendre les décisions urgentes qui la rendraient pourtant incontournable", dit-il.

Même s'il se défend de penser à l'Allemagne, l'allusion est limpide: les responsables français n'ont de cesse depuis le début de la crise de l'euro de fustiger l'attitude de Berlin.

"L'UNION POLITIQUE, C'EST APRÈS"

Pour eux, la tragédie grecque n'aurait pas eu lieu si l'Allemagne avait accepté que des décisions soient prises à temps. La chancelière allemande refuse que les petites banques régionales soient soumises à une supervision européenne, ce qui freine la création de l'union bancaire et son opposition aux euro-obligations empêche de réduire les taux d'intérêt.

Plutôt que de se lancer dans une nouvelle introspection institutionnelle, François Hollande prône donc l'application de ce qui a été décidé au niveau européen, comme l'union bancaire, ainsi qu'un renforcement du pilotage de la zone euro, par exemple par des réunions mensuelles de l'Eurogroupe au sommet.

"L'union politique c'est après, c'est l'étape qui suivra l'union budgétaire, l'union bancaire, l'union sociale. Elle viendra donner un cadre démocratique à ce que nous aurons réussi de l'intégration solidaire", ajoute le président français, qui suggère d'y revenir après les élections européennes de 2014.

Les visions d'avenir de la France et de l'Allemagne semblent donc contradictoires, la chancelière ayant à plusieurs reprises évoqué un schéma fédéraliste accompli dans lequel la Commission européenne serait le gouvernement de l'Union et le Conseil des ministres un "Sénat" aux côtés du Parlement.

De source diplomatique allemande, on souligne que la divergence est surtout apparente. "Ce que nous voulons vraiment, c'est une gouvernance améliorée de l'euro, on ne demande pas à ce stade-ci une véritable union politique", dit un responsable allemand.

DIVERGENCES SUR LE PROCESSUS

Les propositions formulées mardi par le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, confirment ce jugement.

Le grand argentier allemand a notamment parlé de la création d'un poste de "commissaire aux Affaires monétaires" pour la zone euro, qui disposerait de vastes pouvoirs sur les budgets nationaux, mais on n'y voit pas de grand dessein politique.

Les deux pays se retrouvent également sur le modèle d'une Europe à plusieurs vitesses, longtemps rejetée par l'Allemagne: le "noyau dur" sera constitué des pays de la zone euro, qui aura ses propres institutions, tous les pays de l'actuelle Union partageant un marché unique.

La véritable divergence réside dans le processus.

Si l'Allemagne estime que ces réformes ne peuvent se faire que par un nouveau traité, la France juge que beaucoup peut-être réalisé dans le cadre des textes actuels.

Les autorités françaises ont encore à l'esprit le cataclysme de 2005 et un sondage Ifop publié en septembre montre que 64% des Français voteraient aujourd'hui contre le traité de Maastricht, approuvé de justesse en 1992 par référendum.

"Il ne faudrait pas entrer dans une démarche qui consisterait à proposer un grand soir institutionnel", a récemment déclaré à des journalistes le ministre français des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve. "Il faut nous montrer capables dans l'urgence de répondre à la crise."

Pour autant, la porte n'est pas totalement fermée à une éventuelle révision des traités actuels à terme.

"S'il faut aller au-delà de cela (...), alors la France est prête à faire ce saut", avait expliqué Bernard Cazeneuve en reconnaissant des "différences" avec l'Allemagne.

Edité par Gilles Trequesser

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