François Hollande juge possible une rupture avec les écologistes

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FRANCOIS HOLLANDE ESTIME POSSIBLE UNE RUPTURE AVEC LES ÉCOLOGISTES
FRANCOIS HOLLANDE ESTIME POSSIBLE UNE RUPTURE AVEC LES ÉCOLOGISTES

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Trois jours après la présentation par le gouvernement d'un pacte de compétitivité dénoncé par une partie de la gauche, la majorité accumule les fissures au point que François Hollande juge "possible" un départ des écologistes au gouvernement.

Après les votes négatifs des communistes sur plusieurs projets de loi du gouvernement, c'est le sénateur d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Jean-Vincent Placé, qui a lancé la fronde côté écologistes en affirmant vendredi que ces derniers s'interrogeaient sur leur maintien au gouvernement.

Coutumier des charges contre l'exécutif, considéré comme un "franc-tireur" au sein de la majorité, l'élu a dénoncé sur Radio Classique le "bilan bien maigre" de l'exécutif six mois après l'élection de François Hollande, critiquant notamment le report à 2016 de l'instauration d'une fiscalité écologique.

Ministres et responsables socialistes, mais aussi écologistes, ont aussitôt minimisé ses propos, les réduisant à une "remarque personnelle". La droite y a vu pour sa part une nouvelle illustration de la "très grande fragilité" de la coalition au pouvoir en France.

Interrogé à ce sujet dans une interview à paraître samedi dans Marianne, le chef de l'Etat, ambigu, n'exclut pas une rupture tout en précisant ne pas le souhaiter.

"Nous nous posons la question de savoir ce que nous faisons au sein du gouvernement", a dit Jean-Vincent Placé. "De plus en plus, les écologistes s'interrogent", a-t-il souligné.

"Depuis (...) les annonces très en faveur des entreprises sans contreparties et sans conversion écologique, je suis moi-même de plus en plus perplexe quant à cette participation gouvernementale", a-t-il ajouté en référence au pacte de compétitivité de 20 milliards d'euros présenté mardi.

"UN PEU TROUBLÉ"

"Heureusement que nos ministres (Cécile Duflot, ministre du Logement et Pascal Canfin, ministre délégué au Développement, NDLR) sont bons et qu'ils font le boulot. Parce qu'il est vrai que la tournure et le virage, quelque part sinon idéologique, du moins d'une politique économique, fait depuis trois jours, nous laissent très perplexes", a-t-il ajouté.

Les écologistes reprochent au Premier ministre d'avoir repoussé à 2016 la question d'une fiscalité écologique, même si le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a depuis évoqué la possibilité d'"aller plus vite". "2016 c'est trop tard!", déclare cette semaine Pascal Canfin dans Le Nouvel Observateur.

Jean-Vincent Placé a précisé sur Radio Classique que Cécile Duflot, "tenue à un devoir de réserve", était à la fois "très solidaire" du gouvernement et "loyale" à l'égard d'EELV.

François de Rugy, président du groupe écologiste à l'Assemblée, s'est dissocié de son homologue du Sénat tout en concédant un trouble dans les rangs écologistes.

"Le moment n'est pas venu de dire 'nous allons peut-être quitter le gouvernement demain matin', parce que je crois que quand on s'engage dans une majorité, dans un gouvernement, on ne le fait pas pour le remettre en cause tous les quatre matins", a-t-il commenté sur France Info.

"Le mouvement écologiste en France, c'est vrai, depuis quelques semaines, peut avoir été un peu troublé", a-t-il toutefois ajouté.

Le député EELV Noël Mamère a ainsi abondé dans le sens de Jean-Vincent Placé en assurant sur BFM TV qu'il ne se voyait pas "tenir cinq ans à avaler des couleuvres une fois par semaine". Il a notamment jugé que la fiscalité écologique avait subi "un enterrement de première classe" dans le pacte de compétitivité.

HOLLANDE "NE SOUHAITE PAS" LE DÉPART DES VERTS

"Les écolos ne vont-ils pas vous quitter?" demande Marianne à François Hollande. Réponse : "C'est possible. Je ne le souhaite pas. J'ai été élu avec une marge assez faible, 51,6 %. Il est vrai qu'Obama lui-même...Enfin, nous verrons bien...Dans tous les cas, pas de panique!"

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, s'est efforcé sur BFM TV et RMC Info de relativiser "une remarque personnelle", "décalée", "qui ne réflète pas l'état d'esprit du partenariat que nous avons avec Europe Ecologie-Les Verts".

"Il n'y a que lui qui s'interroge", a lancé pour sa part sur France Info le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls.

Le sénateur socialiste David Assouline, porte-parole du PS, a déclaré sur LCI que les ministres écologistes n'avaient "pas l'air de se poser des questions. Ils ont l'air épanoui, ils sont utiles". "Peut-être que Jean-Vincent Placé se poserait d'autant moins la question s'il était ministre lui-même", a-t-il ajouté.

Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l'Innovation et à l'Economie numérique, a pris acte d'"une impatience vis-à-vis de la fiscalité écologique" tout en prévenant que "ça ne s'improvise pas dans la hâte, comme ça".

A droite, la députée UMP des Yvelines, Valérie Pécresse, a jugé que la "sortie" de Jean-Vincent Placé illustrait le manque de cohérence de la majorité. "Ça montre que la majorité continue de se fissurer et qu'il y a une très grande fragilité de la majorité hétéroclite que François Hollande a soudée uniquement sur l'anti-sarkozysme", a-t-elle dit sur France 2.

Edité par Yves Clarisse

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