François Hollande hué et sifflé dans la ville de Martine Aubry

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HOLLANDE HUÉ À LILLE, LA VILLE DE MARTINE AUBRY
HOLLANDE HUÉ À LILLE, LA VILLE DE MARTINE AUBRY

LILLE (Reuters) - François Hollande a été hué et sifflé samedi à Lille, la ville de son ancienne adversaire de la primaire socialiste Martine Aubry, avec qui il a déjeuné avant d'aller assister au match en double de la finale France-Suisse de la Coupe Davis de tennis.

Le chef de l'Etat a rejoint la maire de Lille, bastion de longue date de la gauche, devant un célèbre restaurant de la vieille ville. Il a fendu la foule massée à proximité sous les sifflets et les cris "démission", pour aller embrasser Martine Aubry, qui l'attendait devant l'établissement.

Ils ont écourté le bain de foule et se sont presque tout de suite engouffrés dans le restaurant.

Un peu plus tôt, en marge de l'inauguration du traditionnel marché de Noël de Lille, Martine Aubry avait déclaré à la presse avoir "beaucoup de choses à dire" au chef de l'Etat.

L'ancienne patronne du PS est une des critiques les plus virulentes de François Hollande et plusieurs de ses proches font partie des députés socialistes "frondeurs" qui se sont abstenus sur plusieurs projets de loi à l'Assemblée nationale.

"Je demande une inflexion de la politique entre la réduction des déficits et la croissance. Je demande qu'on réoriente la politique économique", déclarait ainsi Martine Aubry dans une interview au Journal du Dimanche publiée le' octobre.

Selon des indiscrétions publiées par la presse, elle aurait en privé la dent encore plus dure contre le chef de l'Etat. Mais elle s'est efforcée samedi de faire mentir les rumeurs sur l'état de ses relations avec François Hollande.

"Moi je ne hais pas, parce que quand on hait ou quand on n'aime pas quelqu'un on se rend malade soi-même", a-t-elle dit à des journalistes peu avant d'accueillir le chef de l'Etat.

"J'ai tout fait pour que François Hollande gagne. J'ai des désaccords, évidemment. J'ai des accords, aussi, et nous parlons de tout cela de manière extrêmement conviviale, n'en déplaise aux journalistes", a-t-elle poursuivi. "Il reste deux ans et demi et je ferai tout pour que ces deux ans et demi conduisent à la réussite (...) et c'est ce que je dirai aussi au président."

LE DÉSAVEU DES ÉLECTEURS DE GAUCHE

A la sortie du déjeuner, François Hollande, souriant, a serré quelques mains, signé des autographes et s'est laissé prendre en photo avec Martine Aubry, malgré encore quelques sifflets, avant de filer la métaphore sportive.

"Nous jouons collectif. Là on a formé une équipe de double", a-t-il dit à des journalistes sur le ton de la plaisanterie.

Prié de dire si ce serait un double gagnant, il a répondu sur le même ton : "On va voir, on va voir. Il ne faut jamais prévoir une victoire avant qu'elle n'arrive."

François Hollande accumule les déboires sur les fronts économiques et politiques depuis la rentrée et reste au plus bas dans les sondages, au point que la possibilité pour lui de se représenter en 2017 est mise en doute.

Selon un sondage OpinionWay publié samedi par Le Figaro, 86% des Français ne souhaitent pas qu'il se représente et 73% des sympathisants de gauche -- le socle de son électorat de 2012 --partagent cette opinion.

En tout état de cause, même s'il se représentait, 81% de ces sympathisants voudraient que le PS organise, comme pour la présidentielle de 2012, une primaire pour désigner son candidat.

Dans ce cas, ils ne seraient que 10% à choisir l'actuel chef de l'Etat, alors que 31% lui préfèreraient le Premier ministre, Manuel Valls, et 28% Martine Aubry.

Si Manuel Valls n'était pas candidat, la maire de Lille l'emporterait avec 32% à 39% des suffrages, selon que l'ex-ministre de l'Economie Arnaud Montebourg est ou non en lice.

Le dernier déjeuner en tête-à-tête de François Hollande et Martine Aubry remontait au 12 novembre 2013, à l'Elysée.

La maire de Lille avait déjeuné début octobre dans sa ville avec Manuel Valls, à l'encontre de qui elle ne ménage pas non plus les critiques. Certains de ses amis la verraient bien terminer le quinquennat à Matignon à sa place, avec le risque que cela tourne à la "cohabitation" tendue au sommet de l'Etat.

(Philippe Wojazer, édité par Emmanuel Jarry)

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