François Hollande fait le dos rond dans la tempête Cahuzac

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FRANÇOIS HOLLANDE JOUE L'APPAISEMENT FACE Á LA TOURMENTE CAHUZAC
FRANÇOIS HOLLANDE JOUE L'APPAISEMENT FACE Á LA TOURMENTE CAHUZAC

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - François Hollande a choisi la stratégie de la tortue sous les flèches décochées, y compris à gauche, après l'éclatement de l'affaire Jérôme Cahuzac, refusant de remanier son gouvernement dans la tempête pour tenter de mieux préparer la suite.

De retour du Maroc, où il a joué la carte de l'apaisement, le chef de l'Etat consultera tout le week-end, interrompu par un rapide aller-retour, samedi, dans son fief de Tulle pour une remise de décorations suivie d'un déjeuner à la préfecture.

La visite se déroulera sans presse, tenue à l'écart pour protéger un président au visage inhabituellement fermé depuis l'explosion de la "bombe Cahuzac", qui ébranle le camp de celui qui avait fait de la finance son "adversaire" de campagne.

Les derniers sondages sont impitoyables, reléguant le président et son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, en deçà des 30% de satisfaits, ceux ayant voté pour le candidat socialiste au printemps dernier n'étant pas les moins sévères.

Après son message télévisé mercredi, François Hollande s'est tu pendant 30 heures sur l'affaire Jérôme Cahuzac, ex-ministre du Budget qui a avoué mardi détenir un compte clandestin à l'étranger, reprenant la parole en conférence de presse à Rabat pour rappeler la ligne tenue depuis le début.

"Ce n'est pas le gouvernement qui est en cause, c'est un homme qui a failli", a-t-il dit, écartant - pour l'instant au moins - un remaniement du gouvernement.

Le ministre du Travail, Michel Sapin, a salué sur France 2 l'attitude "exemplaire" du président, soupçonné par l'opposition d'avoir été informé de l'existence du compte, tandis qu'une part croissance de la classe politique, ténors du PS compris, réclame un remaniement que l'Elysée refuse d'envisager dans l'urgence.

Autre proche du chef de l'Etat envoyé dans les médias, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a appelé sur BFM-TV à "ne pas s'emballer à un moment où ce qui est le c?ur du sujet, c'est la crise économique et sociale".

"PURIFIER L'ATMOSPHÈRE"

"Travaillons d'abord à ce que nous avons à faire avant de spéculer", conseillait Jean-Marc Ayrault jeudi soir.

Le chef du gouvernement, en visite en Allemagne jusqu'à samedi, veut se consacrer à "l'essentiel de (s)a tâche, c'est-à-dire être au service des Françaises et des Français".

Une phrase inaudible face aux "crise de régime" et autres "affaire d'Etat" brandis par certains politiques, signe qu'une crise morale s'ajoute aux difficultés économiques, alimentant la comparaison avec l'ambiance délétère des années 1930.

Comme pour ajouter une touche surréaliste à la crise, Jérôme Cahuzac a fait savoir au président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, qu'il voulait récupérer son siège de député alors qu'il a menti dans l'hémicycle en niant détenir un compte à l'étranger.

Dans ce contexte dépressif, les extrêmes ne lâchent rien.

Pour la présidente du Front national, Marine le Pen, "le président de la République ne pourra pas s'en sortir en disant 'circulez y a rien à voir'".

Le co-président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, s'adresse quant à lui aux déçus du président socialiste dont Le Monde vient de révéler que le trésorier de campagne, Jean-Jacques Augier, avait des intérêts dans des paradis fiscaux.

"C'est bien possible que ces gens considèrent que les questions d'argent, comme c'est souvent le cas chez les grands bourgeois, on n'en parle pas à table", a-t-il dénoncé. "Ce qui est extraordinaire, c'est qu'ils soient tous là-dedans et qu'ils trouvent tout ça normal".

Jean-Luc Mélenchon appelle à manifester le 5 mai, jour anniversaire de l'élection de François Hollande, pour "purifier l'atmosphère politique insupportable".

D'AUTRES RÉVÉLATIONS ?

Henri Guaino annonce, lui, "la mort de la gauche morale".

"On a eu l'affaire Strauss-Kahn et maintenant l'affaire Cahuzac. On se rend compte que la finance, l'argent sont partout autour du Parti socialiste, du président de la République", a dit sur BFM-TV l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy.

Victime collatérale des aveux de son ancien collègue, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, se défend depuis trois jours de Paris à Strasbourg contre les attaques d'une droite qui le soupçonne d'avoir cherché à blanchir Jérôme Cahuzac en déclenchant une demande d'entraide internationale intempestive auprès de la Suisse.

D'autres membres du gouvernement semblent profiter de la tourmente pour afficher leur solidité, voire leur ambition, tel Manuel Valls affirmant qu'il n'aurait pas toléré, à la différence de Jean-Marc Ayrault, les propos insultants tenus face à lui par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, au moment du sauvetage du site de Florange.

La fronde à l'égard du pouvoir s'exprime aussi dans le monde de l'entreprise, où les candidats à la succession de Laurence Parisot à la tête du Medef invitent le gouvernement à changer d'urgence de politique face au risque d'une dégradation de la situation de l'économie et des sociétés.

La France doit aussi présenter mi-avril son "programme de stabilité" contenant ses perspectives économiques et financières pour les prochaines années. Un plan dont vont dépendre toutes les douloureuses réformes que le gouvernement doit engager comme les retraites, la protection familiale et l'assurance-chômage.

Attaqué de toutes parts, François Hollande, dont la capacité à garder son calme dans l'adversité mais aussi la difficulté à trancher sont de notoriété publique, sait qu'il doit retrouver d'ici là au moins une partie de sa légitimité perdue.

Ses plans devront tenir compte de possibles nouvelles révélations.

Sur France Ô, Edwy Plenel, le fondateur de Médiapart, qui par ses révélations à lancé la curée, annonce que son site d'informations sur internet va "avoir d'autres informations" relevant selon lui du "scandale républicain".

Avec Marine Pennetier, Gérard Bon, Jean-Baptiste Vey et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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  • knbskin le vendredi 5 avr 2013 à 18:44

    Hollande est tout sauf naïf ... Il SAVAIT. Comme à son habitude, il ne décide rien et attend pour voir dans quel sens ça va pencher, et "pousser" dans le même sens. Ce type est certainement le plus médiocre de tous les politiciens de sa génération : aucune conviction, aucune capacité à décider. Mais habile, retors, et persévérant.

  • meil le vendredi 5 avr 2013 à 18:35

    ou bien il savait et il est aussi pourri ou bien il ne savait pas et c'est un naïf. dans les 2 cas il doit partir...

  • knbskin le vendredi 5 avr 2013 à 18:22

    Ce que fait Hollande ne marche pas, et ça commence à se voir ... et il le sait. Comme en plus ,dans son gouvernement ceux qui ne sont pas des bras cassés sont des filous, ou encore les deux à la fois, et que lui se présente comme un Père la Pudeur pour flatter ses électeurs (en fait, il s'en fiche complètement, de la "morale" et de la "justice"), eh bien ça fait tache.

  • M7523987 le vendredi 5 avr 2013 à 17:30

    Il a beaucoup de soucis à se faire !!!! no comment !!!!!!!!

  • M2280901 le vendredi 5 avr 2013 à 17:00

    66 : ils planifient une réunion pour décider de la date de la prochaine , et ils sont tous payés à prix d'or pour faire avancer le schmillblic

  • bordo le vendredi 5 avr 2013 à 16:59

    L'embêtant c'est qu'ils ont été élus, tout de même.

  • 66michel le vendredi 5 avr 2013 à 16:57

    "Travaillons d'abord à ce que nous avons...." ca fait longtemps qu'ils disent travailler ces gens, de réunions en commissions et de commissions en réunions.

  • M2280901 le vendredi 5 avr 2013 à 16:56

    on le vire quand ? il est mort !